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L'Arménie, nouvelle pomme de discorde entre Moscou et Bruxelles

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Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian (à gauche) accueilli par le président du Conseil européen Charles Michel lors d'une rencontre à Bruxelles le 9 mars 2020.
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian (à gauche) accueilli par le président du Conseil européen Charles Michel lors d'une rencontre à Bruxelles le 9 mars 2020.
© AFP - François Walschaerts

Europe orientale. Une réunion se tenait le 18 juin entre l'Union européenne et les pays du Partenariat oriental. Certains très pro-européens, comme l'Ukraine, la Géorgie ou la Moldavie, d'autres sous l'emprise de la Russie, comme le Bélarus, l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Mais Erevan pourrait bien changer de camp.

Comment se porte le Partenariat oriental ? C'est la question que se pose l'Union européenne, et en particulier sa présidence croate, les Pays baltes et la Pologne. Car si la plupart des membres du partenariat ont des positions claires – une proximité affirmée avec l'Europe pour l'Ukraine, la Géorgie, la Moldavie, un lien solide avec la Russie pour le Bélarus et l'Azerbaïdjan –, l'Arménie, jusqu'ici proche de Moscou, commence à bouger sur sa chaise.

À Erevan, tout a commencé il y a deux ans. L'homme fort de l'Arménie, aux affaires depuis treize ans, se serait bien vu conserver son poste. Serge Sarkissian, 65 ans, jonglait en effet depuis 2007 entre les fonctions de Premier ministre et de président pour conserver le pouvoir. Mais après dix ans à la tête de l'État – la constitution est catégorique – il devait laisser sa place. Difficile à accepter pour ce président autoritaire, grand allié de Vladimir Poutine. D'autant que pour Sarkissian, tout se présentait très bien, avec, en plus du soutien de Moscou, un mouvement politique très efficace et discipliné, le Parti Républicain d'Arménie.

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Une vague démocratique

Pourtant, l'opposition n'a pas flanché. C'est pour rappeler au chef de l'État qu'après deux mandats présidentiels, on cède le pouvoir, que "la Révolution de Velours" a été déclenchée. Un mouvement emmené par Nikol Pachinian, un journaliste de 45 ans, membre du Contrat Civil, un parti libéral, et favorable à l'Union européenne. Pachinian à parcouru tout le pays trois mois durant, entre mars et mai 2018, et sa "révolution" a tout balayé.

Aux élections qui ont suivi, le régime de Serge Sarkissian s'est effondré. Le Parti républicain a obtenu 4 % et… aucun siège, tandis que la coalition rassemblée derrière Nikol Pachinian, l'Alliance Mon pas, a capté 70 % des voix et 88 sièges. Un raz-de-marée, renforcé par l'arrivée d'un nouveau parti jeune et pro-européen, l'Arménie lumineuse, qui décroche 6 % et 18 sièges.

Autant dire que ce ne sont pas les 8 % et 26 sièges d'Arménie prospère, parti proche de l'ancien régime, conservateur, libéral économiquement et surtout pro-russe, qui vont suffire à maintenir le lien avec le Kremlin.

Des intérêts stratégiques

La Russie impériale et orthodoxe qui protège l'Arménie de la Turquie et de l'Azerbaïdjan, c'est une vieille histoire, à laquelle une génération qui a fait des études en Europe est au mieux indifférente. Par ailleurs, la proximité de la Russie avec la Turquie d'Erdogan n'est pour la plupart des Arméniens pas acceptable.

Pour l'Union européenne et ses partenaires, l'occasion est unique. Début juin, l'Arménie a reçu de la part des Pays baltes et de la Géorgie, notamment, des moyens de lutte contre la Covid-19 : du personnel médical, du matériel, des masques… Avec, notamment, un petit discours de la présidente de la République estonienne, Kersti Kaljulaid, qui rappelle que les Baltes ont eux aussi été soviétiques, et qu'ils ont des amis dans l'est de l'UE.

Pour autant, le basculement vers l'ouest ne sera pas facile. Moscou, en tout cas, ne manquera pas de rappeler qu'il possède des bases militaires en Arménie, et qu'Erevan est membre de l'Union économique eurasiatique.