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L'art de l'herbier, entre science et esthétique

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Fabaceae-Papilionoideae
Fabaceae-Papilionoideae
© Radio France

**Plantes à fleurs, à graines, fougères, algues, lichens, mousses… Avec ses huit millions de spécimens récoltés au cours d'expéditions ayant eu lieu ces cinq derniers siècles, l'herbier du Muséum national d'Histoire naturelle est le plus riche de la planète. Et il vient de faire l'objet d'un vaste chantier de reconditionnement. ** Alors que seuls les spécialistes ont le privilège d'accéder aux planches de cet herbier, le public pourra dorénavant bénéficier d'un aperçu des collections grâce à une nouvelle exposition temporaire accessible depuis le 27 novembre, à l'occasion de la réouverture de la Galerie de Botanique du musée. Découverte de l'herbier en compagnie d'Odile Poncy, botaniste au MNHN et de Sarah Sellam, paysagiste, qui nous parlent de l'art et de l'utilité de collecter et conserver les végétaux.
Le plus grand herbier du monde Si l'herbier du Muséum n'est pas le plus ancien (le plus vieil herbier rattaché aux collections nationales est celui de Jean Giraud et date de la fin du XVIème siècle), il est aujourd'hui le plus grand de la planète : l'échantillon floral compte en effet plus de huit millions de spécimens.

Ce dernier s'est constitué petit à petit à partir de la fin du XVIème siècle, un peu partout en Europe - de manière concomitante, à quelques dizaines d'années près. Puis l'herbier s'est développé au cours du XVIIIème et XIXème siècles, jusqu'à inventorier plus d'un million de spécimens.A l'origine, quelles sont les motivations qui ont engendré la réalisation de cette gigantesque collection de plantes ?Odile Poncy, botaniste au MNHN , s’est occupée des collections de l’herbier national lors du chantier de rénovation - qui a duré sept ans :

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Les plantes prélevées il y a très longtemps sont conservées parce que ce sont les témoins du début de la description des espèces. Le spécimen étudié lors de la description d'une espèce s'appelle le type, et il s'agit de le conserver comme référence de l'acte de description et comme référence du nom. Il est extrêmement important de le conserver afin de pouvoir s'y rapporter pour des raisons d'identification ou à l'occasion de travaux liés à la révision des classifications. Les classifications évoluent en fonction des materiels nouveaux, des études moléculaires etc. Mais cette accumulation ne permet pas d'annuler les anciens spécimens. L'histoire de la botanique est la révision permanente des travaux antérieurs. Odile Poncy

Le chantier de rénovation de l'herbier a commencé vers 2007-2008, alors que les collections du Muséum se trouvaient "dans un état de sursaturation " : "On manquait de bonnes conditions de travail. Ça devenait difficile de gérer les collections, qui n’étaient pas en bonnes conditions de conservation. ", témoigne Odile Poncy. Il s'est agi d'intégrer véritablement dans l'herbier, toutes les collections qui n’étaient pas disponibles et consultables par la communauté scientifique : "Il a fallu réaliser des nouvelles planches d’herbier avec des spécimens toujours séchés entre leurs papiers journaux depuis plusieurs dizaines d’années. " Un travail qui a duré quatre ans, et à l'occasion duquel une nouvelle classification des végétaux a été établie :

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Certaines espèces ont disparu, mais il est totalement impossible de dire s’il y en a beaucoup. Prouver une disparition, c’est compliqué. On peut éventuellement constater l’absence d’une plante à l’endroit où elle a été prélevée des années plus tôt. Prouver qu’elle n’existe plus du tout ça veut dire explorer au mètre carré près toute une région, c’est impossible. Par contre, ce qu’on constate, ce sont des dégradations de milieux dans lesquels la plante a été prélevée.

Odile Poncy

Le chantier de reconditionnement des collections a été accompagné de la numérisation des spécimens de la plus grosse partie de l’herbier, soit 5 millions et demi de planches d'herbier scannées. Il s'est achevé fin novembre, avec l'ouverture d'une exposition permanente de petite taille, mais contenant de précieuses pièces extraites des collections de végétaux du Muséum.

Petite visite commentée de l'exposition
Réaliser un herbier

Des vitrines emplies artistiquement de spécimens rares, de dessins scientifiques, de planches d'herbier, de matériels de botaniste...

Faire le tour de cette exposition permet au visiteur d'appréhender l'art de l'herbier, depuis le prélèvement des espèces dans leurs milieux [voir le diaporama sonore ci-contre] , jusqu'à leur utilisation à des fins multiples - alimentaires, médicales...

La pédagogie par la représentation

Dans le parcours, Odile Poncy s'arrête devant une vitrine contenant quatre objets représentant des fruits, extraits d’une collection de moulages en cire (avec armatures métalliques) comportant plus de cent spécimens : "Les gens qui visitent, j’en ai déjà entendu un ou deux, se demandent ce que c’est. Ils pensent que c’est du plastique !"

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Les plantes et la médecine

Que ferions-nous sans les plantes ? On les retrouve dans 80% des produits utilisés par les hommes. Une partie du parcours s'attarde sur leur usage en médecine (médicaments, compléments, colorants - plantes tinctoriales -...) en présentant notamment des illustrations peintes : "Ce sont de vraies oeuvres d'art qui représentent les plantes, soit vivantes, soit en herbier, avec des détails très intéressants sur le plan botanique qu'une photo ne rendrait pas si bien ."

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Les plantes dans le domaine alimentaire

Une section de l'exposition consacrée aux plantes alimentaires est étroitement reliée aux collections d’ethnobotanique.

Cette spécialité botanique consiste à étudier l’usage des plantes par les humains, et l’origine des plantes cultivées :

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Les impressions d'une paysagiste, passionnée d'herbier

Sarah Sellam
Sarah Sellam
© Radio France

Sarah Sellam est architecte paysagiste. Par loisir, elle tient un herbier, ("Et même plusieurs ! Ma collection n’est pas très organisée ") depuis qu’elle a démarré ses études, passionnée qu'elle était par ses cours de reconnaissance des végétaux. Mais c'est petite fille qu'elle s'est entichée des plantes, qui l'ont séduite par leur aspect esthétique : "J’aimais beaucoup, pendant mes vacances avec ma grand-mère, aller aux champignons, ramasser des graines, des échantillons de feuilles à l’automne, faire sécher des fleurs… "

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*Les scientifiques ont un souci du détail anatomique de la plante, de la précision dans la classification, de la famille... Pour les passionnés de botanique, dont je suis, il est important de retrouver un minimum de ces éléments liés à la famille, au genre, à l'espèce etc. Cependant, c'est vrai qu'il y a cet aspect pratique, ludique, agréable et aussi esthétique de * l'herbier qui fait qu'on l'a aussi à la maison comme un objet un peu précieux, mais pas forcément pour son aspect scientifique. Sarah Sellam

Une page de l'herbier de Sarah Sellam
Une page de l'herbier de Sarah Sellam
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Sarah Sellam a visité la nouvelle exposition de la galerie de botanique en notre compagnie. Elle a notamment été interpellée par une magnifique presse, visible dans le parcours et évoque, amusée, sa propre technique de réalisation d'herbier, "simple et artisanale " :* "J’ai fait des tentatives de fabrication de presse avec des planches de bois et des systèmes de vis, mais en fait la plupart du temps, après la phase de récolte, je mets mes herbiers entre les pages d’un bottin et je laisse sécher. J’y retourne une semaine après pour décoller parfois car quand les plantes sont un peu humides, ça vaut le coup d’y revenir !* "

La jeune femme dit avoir apprécié l'exposition, "même si ..." :

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A réécouter : * La Marche des sciences du 28 novembre, qui s'intéressait aux nouveaux atours de la Galerie de Botanique du Muséum *