Romain Gary et Jean Seberg, l'art passionnel
Romain Gary et Jean Seberg, l'art passionnel

L'art passionnel, destructeur et sauveur de Romain Gary et Jean Seberg - #CulturePrime

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L'art passionnel, destructeur et sauveur de Romain Gary et Jean Seberg

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Il a reçu deux fois le prix Goncourt, elle était une icône de la Nouvelle Vague. Romain Gary et Jean Seberg ont vécu une passion folle, s'enrichissant mutuellement de leurs talents respectifs et plaçant l'art au centre de leurs vies, jusqu'à en mourir.

"Tant qu’il n’y a pas de couple, il n’y a rien", disait Romain Gary. Et pour cause, le couple peu banal qu'il formait avec Jean Seberg a marqué les années 1960 et représente toujours la rencontre passionnelle et destructrice de deux mondes : celui du cinéma et de la littérature.

Romain Gary, 45 ans, consul et écrivain et Jean Seberg, 21 ans, qui vient de terminer À bout de souffle, se rencontrent en 1959 lors d’un dîner à Los Angeles. C’est le coup de foudre malgré, la présence de leurs époux respectifs et leur différence d’âge. Au début Romain Gary ne croyait pas à leur histoire :

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J’adore Jean, comprenez-le bien, mais j’ai 90 ans. J’ai beaucoup vécu et c’est cuit. J’espère rester avec elle le temps de quelques sourires. (Lettre de Romain Gary à son amie Sylvia Agid, 1960)

De moins en moins discrets, ils finissent par divorcer et les amants deviennent un couple mythique. Malgré leur célébrité, ils arrivent à cacher la grossesse de Jean en 1962 et même leur mariage, un an plus tard, dans un petit village corse.

Jean Seberg et Romain Gary à Venise au début de leur relation
Jean Seberg et Romain Gary à Venise au début de leur relation
© Getty

L’art comme mode de vie

Romain se plaint de sacrifier trop de temps à sa passion amoureuse aux dépens de son écriture. Jaloux, il accompagne Jean sur les plateaux de tournage, la jalousie l’empêchant souvent d’écrire. Mais Jean l’inspire aussi :  

- Vous n’intervenez pas du tout dans son métier d’écrivain ?                          
- Oh, de temps en temps je lui donne un coup de main.                          
- Mais vous le laissez libre d’écrire tranquillement ses ouvrages ?                          
- Oui, s’il m’écoute, oui.                          
Extrait d'une interview de Jean Seberg diffusée en 1965 (ORTF)

Dans Les Mangeurs d’étoiles, on reconnaît Jean Seberg sous les traits d’une jeune Américaine naïve et déterminée à sauver le monde.

L’art passionnel

Les deux artistes ont une vie tumultueuse : alcool, amants et tendances suicidaires défraient souvent la chronique. En 1964, Romain Gary publie une nouvelle dans Playboy intitulée Les Oiseaux vont mourir au Pérou, où il raconte la nymphomanie et la frigidité d’une jeune femme. Déçu par les adaptations cinématographiques de ses précédents romans, il décide de réaliser lui-même le film pour offrir le rôle de l’épouse infidèle à Jean.

Je crois qu’il y a peut-être un peu la frustration d’un mari parce qu’il trouvait que je faisais beaucoup de choses qui n’étaient peut-être pas le genre de choses que je devrais faire et il voulait que j’aie un bon rôle.                          
Jean Seberg en 1967

Romain Gary fait jouer ses relations pour que son film passe la censure. Interdit aux moins de 18 ans, jugé pornographique, les critiques sont unanimes : le film est mauvais.

Jean Seberg et Romain Gary
Jean Seberg et Romain Gary
© Getty

L’art destructeur

L’échec des Oiseaux fragilise le couple. Romain accompagne moins Jean sur les tournages et se consacre davantage à l’écriture :

Au départ, il y a un problème insoluble. L’un ou l’autre doit se supprimer en tant qu’activité sociale professionnelle. Les vocations, qu’il est criminel de vouloir abandonner, étaient par certains moments, au point de vue vie commune, irréconciliables.                          
Romain Gary en 1970

Jean Seberg passe beaucoup de temps aux États-Unis et s’investit dans la lutte aux côtés des Black Panthers. D’après Romain Gary, son amant, un activiste reconnu, profite d’elle et de son argent. Chien Blanc, écrit en 1969 et en grande partie autobiographique, retrace cette problématique au sein du couple dont le divorce est prononcé en 1970.

L’art sauveur

Parce qu’elle finançait les Black Panthers, le FBI entame une campagne de diffamation sur Jean. Elle perd une petite fille morte née et sombre dans une profonde dépression. Alors qu’ils sont divorcés et que l’enfant n’était pas de lui, Romain Gary tente tout pour la sauver et se lance dans un nouveau film anti-drogue :  Kill. 

Jean Seberg interprète encore une femme infidèle, cette fois en plein divorce. C’est un échec, les critiques sont encore pires que pour Oiseaux. Mais qu’importe pour Jean :

Romain mon amour,                          
Quand tu as réalisé ce film (...) c’était en partie dans le but de sauver ma vie. Personne ne pensait que je serai même capable de travailler à nouveau (...) C’était un acte d’amour.                          
Lettre de Jean Seberg à Romain Gary, 22 janvier 1972

En 1979 Jean Seberg est retrouvée morte dans sa voiture, l’autopsie révèle de fortes quantités d’alcool et de médicaments. Un an plus tard, Romain Gary se tire une balle dans la tête, en laissant ce mot derrière lui : "Aucun rapport avec Jean Seberg".