Anthropomorphes (dont une femme et deux archers), et antilopes - Brandberg (Namibie) - Holocene, non date
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Les styles artistiques à la préhistoire

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Pourquoi sont nés différents styles artistiques à la préhistoire ?

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Il y a 30 ans, les préhistoriens pensaient encore que l’art s'était complexifié au rythme de l’évolution de Sapiens. C’est faux, il s’agit en fait de différences de styles artistiques. Mais comment sont nés ces différents styles sur la planète ?

À l'occasion de l'exposition  Arts et préhistoire au musée de l'Homme à Paris, nous nous sommes intéréssés aux différences de styles artistiques de nos ancêtres. Le préhistorien et commissaire scientifique de l'exposition, Patrick Paillet, nous aide à mieux les comprendre.

Des milliers de façon de dessiner un cheval

On a découvert une multitude de façons de représenter le cheval, l’animal le plus populaire de l’iconographie préhistorique. Pour Patrick Paillet, "parmi les styles caractéristiques importants du paléolithique supérieur, on ne peut pas ne pas citer les chevaux à tête en bec de canard. Ce sont des têtes particulières avec le museau lourd projeté vers l’avant, des animaux qui sont reconnaissables entre tous."

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Ce cheval semble avoir un museau difforme, il s'agit en fait d'une représentation idéalisée du cheval.
Ce cheval semble avoir un museau difforme, il s'agit en fait d'une représentation idéalisée du cheval.
- Musée de l'Homme

Ces chevaux vieux de 40 000 ans ne sont pas représentés ainsi à cause d’un manque de savoir-faire. Il s'agit en fait d’une représentation idéalisée du cheval. Puis, les becs de canards ont été abandonnés au profit de chevaux macrocéphales. "Ils ont une très très grosse tête et des corps tout petits, détaille le préhistorien, c’est un trait de style tout à fait singulier qui apparaît autour de -15 000 , -16 000 ans, et qui donne à cet animal une disproportion, une disharmonie tout à fait particulière qui est un trait de style des Magdaléniens."

Panneau des chevaux Salle Hillaire Grotte Chauvet
Panneau des chevaux Salle Hillaire Grotte Chauvet
- © J. Clottes - Centre National de la Préhistoire - Ministère de la Culture

Pourquoi de telles différences ?

Mais pourquoi représenter des sabots en croix ? Ou en boule comme les chevaux de la grotte de Lascaux ?
Pour Patrick Paillet, "le style c’est quelque chose qui relève d’une convention, de conventions parfois symboliques, de conventions dictées par le groupe lui-même qui impose une manière de faire, une manière de représenter le vivant. Qu’est-ce qu’il y a comme signification derrière le style ? Nous n’en savons strictement rien." Ces représentations variées se faisaient à partir de croyances qui nous échappent. Des croyances qui probablement, n’étaient pas les mêmes d’une communauté à l’autre.

Troisième cheval chinois, représenté avec des sabots ronds - Lascaux
Troisième cheval chinois, représenté avec des sabots ronds - Lascaux
- © N. Aujoulat - Centre national de la préhistoire - Ministère de la culture

"Très vraisemblablement, le mammouth dont le pelage est souligné par des séries d'incisions est un caractère de représentation propre à un groupe qui ne supporte pas l’idée que son pelage, qui est un pelage de longs poils, soit figuré par des points ou ne soit pas figuré du tout. Donc, je pense qu’il y a quelque chose qui relève de la doctrine d’un groupe particulier, et quelque chose qui peut aussi relever, parfois, de la propre liberté ou du soupçon de liberté de l’artiste", ajoute le spécialiste. Pourtant, il y a bien quelques invariants artistiques, en particulier dans le choix des sujets :

  • principalement de grands animaux,
  • parfois des humains ou des êtres mythologiques,
  • pas d’arbre, de fleur ni de paysage.

Un style artistique qui se transmet

Mais ces quelques sujets sont représentés de milliers de façons. "L’art préhistorique à évolué d’une manière buissonnante, dans toutes les directions, vers le figuratif tout autant que que vers le schématique ou l’abstrait ou le géométrique. Il y a des éléments de style qui apparaissent à des époques en particulier plutôt qu'à des endroits spécifiques. Parce qu’à partir du moment où un style rencontre du succès, il va se diffuser très largement et occuper des territoires assez vastes," détaille Patrick Paillet. Tout le monde n’est pas artiste au paléolithique. Sculpter l’ivoire ou la pierre nécessite un apprentissage long et minutieux. Ce savoir-faire se transmet en même temps que le style artistique et les concepts associés

Venus de Lespugue 105
Venus de Lespugue 105
- © MNHN - J.-C. DOMENECH.

"Entre -27 000 et - 31 000 ans, c’est l’époque des Vénus, de ces représentations féminines particulièrement en chair avec des fesses très prononcées, des seins lourds, pendants, etc. C’est un trait de style tout à fait singulier de l’iconographie gravettienne. Et au Magdalénien, 15 à 20 000 ans plus tard, ces représentations vont petit à petit se simplifier pour devenir des représentations féminines schématiques, réduites simplement à un corps sans tête sans membres et avec un fessier assez prononcé. L’intérêt de l’artiste, des artistes, va être porté sur un détail du corps particulier et c’est ça aussi le style. Ces images ne sont pas que des œuvres d’art, elles sont des œuvres d’art pour nous, mais elles sont des œuvres utiles, des œuvres qui transmettent des messages, qui transmettent des mythes, qui transmettent des récits. Et ça c’est probablement quelque chose qu’on a tendance un petit peu à négliger mais qui est fondamental. D’où justement ces multitudes de manières de faire, au travers de la préhistoire"**, insiste le préhistorien.

La scène du puit, célèbre représentation de la grotte de Lascaux, a suscité plus plus de 60 hypothèses d'explication.
La scène du puit, célèbre représentation de la grotte de Lascaux, a suscité plus plus de 60 hypothèses d'explication.
© Getty

D'où le mystère entourant des oeuvres, comme cette scène de la grotte de Lascaux, peinte il y a 19 000 ans. Une scène de chasse avec un bison aux entrailles apparentes ? L’homme au sexe dressé et à tête d’oiseau, est-il mort ? En transe ? Plus d'une soixantaine d'hypothèses d'explication ont été imaginées par l’homme moderne.