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L'artiste Christo, connu pour avoir emballé le Pont-Neuf, est mort

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Christo en 2019
Christo en 2019
© AFP - BRITTA PEDERSEN / DPA

Christo, qui a signé ses oeuvres toute sa vie avec sa femme Jeanne-Claude, a emballé le Pont-neuf (1985), le Reichstag (1995) et a installé 7500 portiques tendus de tissus dans Central Park (2005).

Il était un artiste monumental, au sens propre : de ceux qui concoivent des oeuvres imposantes, destinées à marquer les esprit et à entretenir le souvenir, même après leur disparition. Christo, qui a signé ses oeuvres toute sa vie avec sa femme Jeanne-Claude, décédée en 2009, a emballé le Pont-neuf (1985), le Reichstag (1995) et a installé 7500 portiques tendus de tissus dans Central Park (2005). Décédé dimanche 31 mai à l'âge de 84 ans, il devait emballer l'Arc de triomphe en septembre : un projet reporté d'un an en raison de la pandémie de covid-19, et toujours programmé pour septembre 2021, selon son entourage et ses équipes.

L'artiste, naturalisé américain, est né Christo Vladimirov Javacheff en Bulgarie le 13 juin 1935. Il étudie aux Beaux-Arts de Sofia, avant de quitter son pays en opposition au parti communiste au pouvoir.  Arrivé à Paris, en 1958, il fréquente le groupe des Nouveaux réalistes, artistes qui privilégient les « actions-spectacles » et œuvrent avec les éléments de la société de consommation qui émerge (plastique, détritus, voitures…). C'est aussi à Paris qu'il rencontre celle qui deviendra sa compagne et sa collaboratrice, Jeanne-Claude Denat de Guillebon. Ils entament une carrière conjointe où ils ont marqué l'art contemporain de leur démesure : des enveloppements gigantesques de monuments célèbres, exigeant des sommes importantes et souvent plusieurs années de préparation pour voir le jour... de façon éphémère. 

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Le Pont-Neuf emballé à Paris en 1985.
Le Pont-Neuf emballé à Paris en 1985.
© AFP - Pierre Guillaud

L'emballage du Pont-Neuf

A Paris, c'est l'empaquetage du Pont-Neuf en 1985 qui a marqué les esprits. Ce projet gigantesque, en gestation depuis 1976, a nécessité 40 000 m2 de toile et l'intervention de 300 professionnels sur place (ingénieurs, charpentiers, alpinistes, hommes-grenouilles, élagueurs...). Au moment de présenter l'oeuvre, le public se l'appropriait en commentant ce qu'il voyait, comme on l'entend au micro de France Culture.

L'urgence de voir

En 1989, il donnait une interview à France Culture à l'occasion d'une rétrospective de son oeuvre à Nice, où il revenait sur son intérêt pour "a_pprivoiser l'espace public", où "manipuler les ressources de cet espace public devient une partie intégrante de l'expression de l'oeuvre d'art._"

Il insiste sur le fait qu'il ne répond à aucune commande, ses projets sont initiés par lui-même, ils sont "inspirés par quelque chose de très personnel" : "Ce sont des projets liés profondément à la liberté."

Les projets sont réalisés pour questionner notre notion de l'art. Ce sont des projets qu'on ne peut pas acheter, qu'on ne peut pas commercialiser, on ne peut pas les contrôler et qui sont éphémères : c'est une partie sincère de mon projet, qui crée un dynamisme, une force d'urgence d'être vu. 

Les matériaux qu'il choisit "traduisent ce côté nomade" de ses œuvres qui se veulent être "sensuelles" grâce à la toile utilisée. Il reconnaît que les gens sont en général "désorientés" par ses œuvres car ses "projets, de plus en plus, vont au-delà de la notion de la sculpture traditionnelle ou classique". Pour lui, chaque témoin de son oeuvre, comme c'est le cas pour l'empaquetage du Pont-Neuf, chaque passant devient comme "le propriétaire" de sa création.

Une fois le projet réalisé, il a un rayonnement incommensurable_._ On ne peut pas le comparer avec un dessin, une description. Il y a un côté d'une autre dimension [...] C'est une chose faite qui est impossible d'oublier.

Le Reichstag emballé par Christo en 1995.
Le Reichstag emballé par Christo en 1995.
© AFP - Wolfang Kumm / DPA