L'Artivisme un art sans imites - #CulturePrime

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L'artivisme, un art sans limite

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Dans l'affaire qui oppose Benjamin Griveaux à Piotr Pavlenski, le plus intéressant ne serait-il pas notre réaction, face à ce que l'artiste russe qualifie d'"oeuvre d'art" ? Car n'est-ce pas le propre de l'artivisme que de nous choquer, de nous pousser à nous questionner, à réagir ? Mais jusqu'où ?

Le 14 février 2020, l'artiste russe Piotr Pavlenski réalise une action "pornopolitique" et diffuse des images privées à caractère sexuel de l'homme politique, Benjamin Griveaux, entraînant la chute de ce dernier. Une action revendiquée comme artistique, posant ainsi la question des limites de l'artivisme. Pour comprendre ces limites voici un entretien avec l'écrivain et critique d'art, Paul Ardenne

En savoir plus : L'"artivisme", un art sans limite ?

Quand l'art défend un message 

Dans ce cas-là, cet artiste décide qu’il s’agit d’une action artistique qui s’inscrit dans la continuité de ce qu’est son travail. C’est-à-dire un travail sur la vérité, un travail sur la liberté d’expression.                              
Paul Ardenne, écrivain et critique d'art

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Habitué aux actions violentes pour dénoncer l’autoritarisme russe, Piotr Pavlenski se pose ici en défenseur de l’honnêteté dans la sphère publique et privée.

Est-ce qu’on a atteint ici une sorte de nouvelle limite ? Oui, incontestablement. Mais ce qu’on a atteint aussi c’est un pic dans ce qu’on peut appeler la réprobation. C’est-à-dire que toute une partie de la société française, très majoritairement, face à cette œuvre, s’est sentie offensée.                              
Paul Ardenne, écrivain et critique d'art

Défendre un message politique, quitte à choquer la société est le propre de l’artivisme. Ces performances visuelles utilisent souvent le corps et ses tabous et jouent en permanence avec les limites, des limites liées à une époque, donc flexibles.

"Piss Christ" l'œuvre d'Andres Serrano provoque un tollé de l'Église en 1997
"Piss Christ" l'œuvre d'Andres Serrano provoque un tollé de l'Église en 1997
© Getty

Des limites immuables

Si en 1920, André Breton apparaît dans un festival avec un revolver maintenu sur sa tempe, en 1964 l’artiste Serge III franchit une nouvelle limite et se tire dessus devant un public en pratiquant une roulette russe. Il ne sera pas blessé. 

Les sociétés changent, les contextes changent, les situations changent. Donc, on peut dire que la réalité fournit une sorte de réservoir inépuisable à l’artivisme. Il y a une très forte proximité entre les formes d’arts critiques à tel moment d’une histoire, d’un État ou du monde et les forces de contestation qui ne sont pas artistiques. Les artistes comme les non-artistes, souvent se rejoignent.                              
Paul Ardenne, écrivain et critique d'art

Ce mouvement construit en opposition à l’art pour l’art se développe en Russie et en Allemagne dans les années 1920-1930. Dans les années 1960, l'époque est contestataire et plus permissive pour les artivistes qui questionnent l'ultra consommation, la guerre, la souffrance, la mort, etc.

Quand on en arrive à ces extrémités, quand en on arrive à des scènes où les artistes s’autodétruisent comme beaucoup d’actionnistes viennois, comme Gina Pane, comme Michel Journiac, se mutilent, se marquent au fer rouge, endossent une sorte de souffrance pour la société qui souffre dans une dimension sacrificielle presque christique, on est déjà dans la limite de la limite. La limite, au fond c’est la mort, c’est tuer quelqu’un ou se tuer soi-même.                              
Paul Ardenne, écrivain et critique d'art.

À lire : "Extrême, esthétiques de la limite dépassée" de Paul Ardenne, Flammarion, 2006.

En savoir plus : Le cas Pavlenski, histoire d'un triple échec

En savoir plus : Piotr Pavlenski et le scandale Griveaux, ou l'espace public kidnappé