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L'éclectisme de Michel Butor en cinq œuvres

Michel Butor, en 1964.
Michel Butor, en 1964.
© AFP - BERTRAND LANGLOIS

Figure du Nouveau roman, Michel Butor est mort mercredi 24 août, à l'âge de 89 ans. Il laisse derrière lui une oeuvre prolifique, ponctuée de romans, d'essais et de poèmes. Rapide tour d'horizon de sa bibliographie, en cinq œuvres clés.

Créateur prolifique, l'oeuvre de Michel Butor est connue dans le monde entier. Humble, il s'était éloigné de ses premiers succès littéraires - le roman - pour se consacrer à l'interrogation de l'écriture et du langage.

écoutez Michel Butor dans une série d'émissions d'archives de France Culture

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La Modification

Impossible de faire l'impasse sur le seul - si ce n'est l'unique - véritable succès d'édition de Michel Butor que fut La Modification. Dans cet ouvrage paru en 1957 aux éditions de Minuit, Michel Butor emploie la deuxième personne du pluriel pour casser la distance traditionnelle entre narrateur et personnage. L'emploi du "Vous" créé un processus de mise en abyme qui implique d'avantage le lecteur. Roman phare du mouvement du "Nouveau Roman", La Modification préfigure la littérature expérimentale à laquelle l'écrivain n'aura de cesse, tout au long de sa vie, de s'adonner.

Mobile

En 1962, avec Mobile :  étude pour une représentation des États-Unis (Gallimard), Michel Butor marque un changement de cap et explore de nouveaux territoires littéraires. Déjà en 1958 avec Le Génie du lieu, l'écrivain s'était consacré à l'évocation du voyage. Mais l'expérience de Michel Butor aux Etats-Unis, où il a beaucoup voyagé et enseigné le Français, l'amène à créer une oeuvre plus à même d'exprimer la singularité de l'Amérique. Mobile réorganise l'expérience littéraire, restructure la page pour mieux rendre compte de la réalité des Etats-Unis contemporains : coupures de journaux, inscriptions de pancartes, descriptions automobiles et petites annonces viennent s'agglutiner sur les pages, créent une rythmique géographique autant que textuelle, et confèrent au texte une musicalité propre en obligeant, à nouveau, le lecteur à devenir partie intégrante de l'expérience littéraire.

Matière de rêves

Michel Butor pensait son oeuvre comme une série de cycles, et accordait d'ailleurs une importance particulière aux titres de ses livres : "L'ensemble de mes livres forme un tout en accroissement, il faut donc bien que chaque titre se trouve aussi parmi l'ensemble des autres titres. [...] Cela implique la conscience du livre tout entier", expliquait-il dans l'émission "Entretiens avec", en 1966. L'écrivain regroupait ainsi ses ouvrages par catégories, à l'image du Génie du lieu (cinq ouvrages, inspirés par ses nombreux voyages), Improvisations, Répertoires ou encore Essais. Véritable cycle onirographique, Matière de rêves (1975) fait de longs récits de songes, inventés à partir de rêves véritables de l'auteur. En 1988, Michel Butor, dans l'émission Rétro, racontait le fruit de son imagination nocturne :

Il m'est arrivé très souvent de rêver de peintures. Je me promène dans un musée et je vois des tableaux. Ou j'entends de la musique, en rêve. Ou je lis des livres, en rêve. [...] Je découvre évidemment des merveilles, des livres qui n'ont jamais existé. Je me souviens, dans un de mes rêves, avoir découvert ainsi dans une maison, dans un grenier, tout un ensemble de livres tardifs de Jules Verne. Je me disais qu'il fallait absolument que je lise ces livres là, et ces livres étaient d'une imagination ! Avec des illustrations d'une beauté ! J'en ai rêvé la lecture, je voudrais bien être capable d'écrire ces livres qui m'ont tellement passionné en rêve.

Anthologie nomade

Passionné par la peinture, Michel Butor manie le langage comme un peintre son pinceau, et se consacre donc naturellement à l'art de la poésie. Auteur protéiforme, il croise ses œuvres avec d'autres artistes, qu'ils soient plasticiens ou musiciens, photographes ou illustrateurs. En 2004, l'écrivain publie chez Gallimard une Anthologie nomade, sélection de ses textes et cycles poétiques. Ce recueil, agencé par Michel Butor lui-même, est une superbe porte d'entrée dans l'univers du poète  : les choix opérés par l'auteur tissent des fils rouges entre les structures mêmes des ouvrages et les inscrivent dans une oeuvre globale.

Le Long de la plage

De Stravinsky - auquel il a dédié son ouvrage Description de San Marco de 1963 - jusqu'à Beethoven, en passant par la poésie où il fait jouer les sonorités, Michel Butor n'a cessé de s'intéresser à la musique, d'écrire sur elle. A la fin des années 1970, il intervenait  même régulièrement sur l'antenne de France Culture et de France Musique en tant que mélomane. Au point de créer parfois avec des compositeurs : du côté de la musique électronique il a collaboré dès la fin des années 1950 avec le compositeur Henri Pousseur ; et, amoureux de Thelonious Monk ou Charlie Parker, c'était accompagné par le pianiste de jazz Marc Copland qu'il lisait en 2012 plusieurs de ses poèmes pour le disque Le Long de la plage.