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L'éco-modernisme : prôner la technologie au service de l'environnement

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Energies renouvelables ou nucléaire : le choix des énergies au coeur du débat sur la nécessaire préservation des ressources naturelles
Energies renouvelables ou nucléaire : le choix des énergies au coeur du débat sur la nécessaire préservation des ressources naturelles
© Getty - Elena Eliachevitch/ Westend61

Le fil culture. Revenir à des énergies pré-modernes serait-il forcément moins dommageable pour l'environnement ? Il semblerait qu'au contraire, les technologies les plus productives permettent d’épargner les ressources en maximisant leurs effets. Telle est en tout cas la thèse défendue par les éco-modernistes.

Entre une gauche américaine dont la volonté politique de renforcer les réglementations pesant sur l’économie, au nom de la défense de l’environnement, risque d’handicaper les entreprises américaines face à leurs concurrentes asiatiques et des Républicains, dont beaucoup, comme Trump lui-même, nient la réalité du réchauffement climatique, est apparue une "troisième voie" comme l’écrit The Hill : incarnée par les "éco-modernistes", ce courant de pensée se veut "réaliste". 

La plupart des théoriciens de l’éco-modernisme sont d’anciens militants écologistes, possédant une formation scientifique sérieuse et qui ont constaté l’impuissance des associations et partis se réclamant de l’écologisme à faire réellement bouger les choses. Cette impuissance, disent-ils, vient de l’absence de réalisme du milieu écologiste et de son idéalisation d’une "nature vierge" qui n’existe quasiment plus nulle part. Shellenberger : "S_i vous croyez que la modernité est responsable de la pollution, allez voir comment, dans nombre de villages africains,_ l’absence d’électricité contraint les habitants à cuisiner sur des feux de bois ou de crottin !"

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Approche holiste versus decoupling

Le mot d’ordre des éco-modernistes est "decoupling": au contraire de la pensée "holiste" qu'ils critiquent, au motif qu'elle ne favoriserait pas selon eux une approche rationnelle des problèmes. Il faut donc traiter les problèmes d’environnement un par un, de manière rationnelle. Apporter des solutions réalistes, et non pas tout mélanger, sous prétexte de "globalisme" et d’interconnexion générale. 

Ainsi, pour moins dépendre des ressources naturelles et les préserver, la solution n’est certainement pas de revenir à des techniques pré-modernes, très peu productives et qui ne peuvent que se révéler insuffisantes pour faire face aux besoins d’une humanité beaucoup plus nombreuse et qui aspire légitimement aux bénéfices du confort. Ni à des économies d’auto-subsistance, idéalisées alors qu’elles étaient très dures pour nos ancêtres. Au contraire, il faut développer davantage et utiliser au maximum les technologies les plus productives parce qu’elles permettent d’épargner les ressources en maximisant leurs effets. Y compris le génie génétique... et donc les OGM.

Les éco-modernistes sont également favorables à l’énergie nucléaire. Comme en témoigne Wade Allison, dans un plaidoyer publié récemment :

En apprenant à maîtriser la puissance du vent, de l'eau et du feu (en brûlant bois et feuilles mortes) - pour l'essentiel ce que nous appelons aujourd'hui les énergies renouvelables - nos lointains ancêtres mettaient la nature à leur service. Mais ils n'obtenaient que peu d'énergie__, et seulement quand les conditions météorologiques le permettaient. C'est pourquoi ils menaient une existence précaire, leur vie était de courte durée, et leur population restait très réduite. Wade Allison, professeur de physique à Oxford

Grâce à la révolution industrielle, l’humanité a bénéficié de la puissance de machines qui démultiplient leurs efforts. Ces machines nécessitent une alimentation en énergies, dont le rendement est aisément calculable selon la nature. Ainsi, les énergies fossiles (pétrole raffiné et gaz naturel) possèdent une "densité massique d’énergie" (l’énergie fournie par un kilo de combustible) mille fois supérieure à celle utilisées par nos ancêtres, telles que les moulins à vent ou à eau du Moyen Age. 

Aujourd’hui, poursuit Wade Allison, nous renouons avec ces sources d’énergie, certes renouvelables, mais qui nécessitent des infrastructures très coûteuses en métaux rares et en béton. Mais "leur taille même atteste du peu d’énergie qu’elles produisent, et du fait de leur intermittence, en moyenne elles fonctionnent seulement le tiers du temps."

Apprendre à se passer des énergies fossiles est, certes, indispensable, mais une telle transition ne pourra pas se faire en quelques années, contrairement aux illusions entretenues. Et surtout l’énergie nucléaire s’avère indispensable. Car "les mêmes lois de la physique qui expliquent pourquoi la densité d'énergie des combustibles fossiles d'aujourd'hui est 1000 fois supérieure à celle des sources d'énergie de l'époque préindustrielle expliquent aussi pourquoi la densité d'énergie du combustible nucléaire lui est 5 millions de fois supérieure."

Pragmatisme versus catastrophisme ?

Enfin, les "éco-modernistes" estiment que la stratégie de sensibilisation aux problèmes très réels de l’environnement ne sera pas efficace si elle consiste à tenter de culpabiliser les populations des pays développés. Ils critiquent le penchant spontané des médias à attirer l’attention par le catastrophisme. Plus les sociétés deviennent paisibles, plus l’imagination collective est prompte à nourrir des paniques contre-productives. Le millénarisme environnemental a pris la place occupée, durant la Guerre froide, dans l’imagination collective, de la menace d’holocauste nucléaire. 

Mais la perspective d’une apocalypse inévitable désarme les volontés et pousse à un fatalisme résigné ou à une rage destructrice. Il convient, au contraire, de montrer comment le pragmatisme, misant sur des progrès partiels mais continus, permet et permettra de traiter les problèmes environnementaux. 

Il faut "séculariser" les questions environnementales, aujourd’hui otages de sectes qui en ont fait une affaire quasi-religieuse, une nouvelle religion civique.