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L'économie à l'épreuve du COVID-19 : comment faire face et ce qu'il nous faudra changer

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L'épidémie de COVID-19 va entraîner de graves conséquences économiques, auxquelles il faut déjà tenter d'apporter des réponses...
L'épidémie de COVID-19 va entraîner de graves conséquences économiques, auxquelles il faut déjà tenter d'apporter des réponses...
© Getty - mikroman6

Le Tour du monde des idées. Nul ne peut prédire quand le pic de l'épidémie de de COVID-19 sera atteint en Europe, ni combien de victimes elle va faire. En revanche, on sait déjà que ses conséquences économiques seront désastreuses. Si la récession semble inévitable, de quels mécanismes compensatoires les états disposent-ils ?

« Nos instincts moraux ne sont pas à la hauteur de la crise. » C’est ce qu’écrit dans la revue The Atlantic l’auteur désormais fameux du livre Le peuple contre la démocratie, le jeune politologue Yascha Mounk. Il a été scandalisé de voir les étudiants de Princeton organiser des fêtes monstres, avant d’accepter enfin de rentrer chez eux, comme les y invitent les dirigeants de cette prestigieuse université américaine. 

Eux n’ont vraiment pas l’excuse de manquer d’information. Car cette carence est probablement la première cause du refus de nombreux Américains de respecter les mesures de confinement qui leur sont prodiguées, comme à nous, par les radios et les télévisions. 

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  • La deuxième explication de ces attitudes aussi déraisonnables qu’égoïstes, poursuit Mounk, c’est en effet la conviction, répandue chez les jeunes, que le COVID tue essentiellement les personnes âgées. Leurs chances de survie étant supérieures, les jeunes s’exposent plus volontiers au risque de contagion. En se moquant des risques qu’ils font ainsi courir à ceux avec lesquels ils interagissent. 
  • La troisième explication ? Les psychologues ont démontré que l’être humain a une tendance spontanée à secourir son semblable, victime d’un danger immédiat s'il est sous ses yeux. Le délai d’incubation du virus est important. Les personnes qui en souffrent au point d’en mourir sont isolées dans des pièces spécialement aménagées des services de réanimation… C’est trop loin pour y penser.
  • Mais Yascha Mounk croit plutôt à une quatrième explication. Notre sens moral, dit-il, est habitué à évaluer nos actions face à un certain nombre de situations précises et en fonction de ces situations. Ainsi, nous savons que les pistolets sont des armes mortelles. Aussi ne sommes-nous pas tentés spontanément de braquer une telle arme sur la tempe d’un parent ou d’un ami. Question d’éducation. Et pourtant, nous n’hésitons pas à aller nous mêler à un groupe de parents ou d’amis, sachant que nous pouvons fort bien être porteurs du virus mortel…. Parce que ce sont des comportements que nous ne sommes pas habitués à considérer comme dangereux.

Conclusion : « En suivant vos instincts plutôt que notre raison, vous vous mettez vous-même en danger, et vous mettez en danger vos amis et vos voisins. Et c’est simplement impardonnable. » Yascha Mounk

Encore temps de prévenir un désastre économique ?

« Il est trop tard pour éviter un désastre sanitaire, écrit l'économiste russo-britannique Anatole Kaletsky, mais on peut encore éviter un désastre économique. » 

Contrairement à ce qu’on avait imaginé, la baisse du taux de morbidité du COVID-19 en Asie ne préludait pas à un reflux mondial de la maladie. L’épicentre de l’épidémie s’est simplement déplacé, de la Chine à l’Europe. 

Dans l’ensemble de l’Asie, le taux de contamination n’a pas dépassé les 10 à 100 personnes infectées pour un million. En Europe, on est déjà plus près des taux constatés à Wuhan, soit 1 000 cas par million d’individus. Plus préoccupant encore : en Italie, le nombre de cas constatés ne cesse d’augmenter à un stade de l’épidémie où, à Wuhan, elle avait déjà atteint son pic. On ne peut donc prédire à quel moment le pic sera atteint en Europe, ni combien de personnes vont mourir du coronavirus.

Le spectre d'une inévitable récession en Europe

Mais on peut, en revanche, prédire quelles vont être les conséquences de la crise actuelle. La récession, en Europe, est inévitable. L’arrêt de l’activité de la plupart des secteurs économiques va provoquer la mise au chômage d’un très grand nombre de personnes actives. Beaucoup d’entreprises, mises en panne, risquent le dépôt de bilan, ce qui entraînerait un chômage de masse.

Les Etats doivent absolument compenser ces pertes de revenus dans une fourchette de 80 à 90 %. Mais les finances publiques ne sont pas des cornes d’abondance. Les sommes en question sont tellement colossales qu’il faut imaginer les moyens de les mobiliser. On peut penser à une nouvelle vague d’expansion monétaire, telle que celle qui a permis de mettre fin à la crise des subprimes.

"Pour être clair, dans la situation présente, les politiques monétaires ne seraient d’aucun usage pour stimuler l’activité économique." Comme l’écrit Branko Milanovic, professeur à LSE, « des taux d’intérêt plus bas ne peuvent pas compenser les pénuries provoquées par l’absence de travailleurs dans les entreprises pour cause d’épidémie – exactement comme une baisse des taux d’intérêt, en temps de guerre, n’aurait pas permis de compenser les ruptures d’approvisionnement de plusieurs semaines dues au bombardement des usines… » 

En se basant sur l’expérience de la Chine face aux conséquences du coronavirus, on peut estimer que le coût de la compensation de revenus préconisée sera, pour les Etats, au minimum, de l’ordre de 10 % du PIB annuel. Mais, pour certains Etats européens, les plus touchés, elle pourrait atteindre les 25 % du PIB

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Comment financer de telles dépenses sans compromettre la signature des Etats sur les marchés ?

  • De nombreux Etats européens sont assez raisonnablement endettés pour augmenter encore leur dette publique de 25 % de PIB supplémentaire sans remettre en cause leur solvabilité. Les banques centrales seront priées de maintenir leurs taux à zéro pendant deux ans au moins, afin de permettre aux Etats de rétablir la santé de leurs finances publiques. Mais ce n'est pas le cas des Etats déjà trop endettés et, en particulier, de l'Italie...
  • Deuxième solution : Les banques centrales pourraient amplifier leurs politiques "d’assouplissement qualitatif", en rachetant de la dette publique, afin d’amortir le choc.
     
  • Troisième solution : la compensation financière pour les entreprises et les revenus non salariaux affectés par la crise pourrait être versée directement par les banques centrales sous forme de "monnaie hélicoptère"

Dans tous les cas, un accord entre les gouvernements au niveau du G20 s’avérera nécessaire. Et un regain d’inflation s’ensuivra nécessairement. Mais on s’est suffisamment plaint de l’absence d’inflation pour ne pas trop se plaindre de son retour, si elle est maîtrisée…

Après la crise, ce qu'il va falloir changer

Lorsque la crise sera derrière nous, écrit déjà Stephen Roach, économiste à Yale, il faudra se demander ce qu’il faut changer pour éviter son renouvellement. Il y aura forcément une remise en cause de la mondialisation. Si on doit créditer cette dernière d’avoir permis à nombre de pays pauvres du Sud d’avoir accédé à une relative prospérité, elle a créé des interdépendances dangereuses. Et elle a focalisé exagérément l’attention de l’humanité sur le niveau de la croissance mondiale, sans tenir compte du contenu de cette croissance. Elle a détourné l'humanité d'autres problèmes, tels que la détérioration du climat, ... ou les épidémies. 

Certains ont utilisé la comparaison avec les périodes de guerre pour donner la mesure de l’ampleur de la réponse politique rendue nécessaire, poursuit Roach. Quoiqu’elle soit appropriée, elle assume un degré de consensus politique qui manque énormément dans l’environnement polarisé qui est le nôtre aujourd’hui. C’est triste à dire, mais la combinaison de polarisation en politique intérieure, de protectionnisme et de fragmentation mondiale constitue un obstacle sérieux à la convergence des efforts face à un défi qui est pourtant d’ordre mondial.L