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L'écrivain Dominique Noguez est mort

L'écrivain Dominique Noguez en 1997
L'écrivain Dominique Noguez en 1997
© Getty - Sophie Bassouls/Sygma

Romancier, spécialiste du cinéma, l'écrivain Dominique Noguez est mort ce 15 mars 2019 à l'âge de 76 ans. Il avait obtenu le Prix Femina en 1997 pour son roman "Amour noir" et avait toute sa vie côtoyé au plus près quelques très grandes œuvres, Montaigne, Rimbaud, Gide, Duras...

Il a étudié la philosophie et fréquenté Vladimir Jankelevitch, s'est intéressé au cinéma expérimental américain et à Rimbaud, a écrit une dizaine de romans et pratiquement 40 essais, sur l'amour, le langage, la pataphysique aussi ou le burlesque Comment rater complètement sa vie en 11 leçons... l'écrivain Dominique Noguez, cet érudit, est mort ce 15 mars 2019 à l'âge de 76 ans.

Né à Bolbec en Normandie en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, il entre à l’Ecole normale supérieure en 1963, et en sort avec une agrégation de philosophie dans son escarcelle. Professeur à la Sorbonne, spécialiste de l’esthétique, il a publié de nombreux essais et  romansr remarqués, dont le prix Femina 1997, Amour noir, et le prix Roger-Nimier 1995, Les Martagons. En 2013, il publie son seul récit autobiographique, Une année qui commence bien, en forme de coming-out, et dont la dimension novatrice est saluée par la critique. L’écrivain était aussi l’auteur de trois court-métrages réalisés entre 1978 et 1981, relevant du cinéma expérimental. On lui doit également une découverte littéraire de taille : celle de Michel Houellebecq, dont il a défendu l’œuvre bec et ongles, alors même que l’auteur des Particules élémentaires était considéré comme un mal-pensant. 

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En 2017, Dominique Noguez avait vu son œuvre récompensée par le Prix de l’Académie Française. Son dernier roman, qui avait pour titre prémonitoire L’Interruption, était une sorte d’ovni littéraire et philosophique.

Rimbaud, Duras, Warhol

En 2009, il revenait dans l'émission "For intérieur" d'Olivier Germain-Thomas, et il racontait son enfance mais surtout son long compagnonnage avec Marguerite Duras :

Dominique Noguez, "For intérieur" le 2/10/2009

57 min

Mon enfance je n’y pense pas trop. Elle a dû être décisive, comme pour tout le monde, par quelques traumatismes, quelques souvenirs euphoriques. Un de mes plus anciens souvenirs, c’est le souvenir de crainte de bombardements, je devais avoir 2 ou 3 ans, nous habitions tout près du Havre et c’était au moment du débarquement. Il y avait des bombardements et en pleine nuit nous avions fui jusque dans un abri en béton que mon père avait fait construire, nous étions sous terre, couchés dans des bottes de foin… 

J’ai toujours aimé faire des pastiches, c’est peut-être une forme d’humour, un masque. Au fond, c’est un comportement de timide, je me suis toujours senti un peu timide, et quand on est caché par le visage de Corneille, Flaubert, Pline le jeune, on est moins vulnérable… Je n’ai pas vraiment fait de livre entièrement de pastiche, ce sont des livres ludiques, des livres où j’ai cherché à jouer avec peut-être ce qui était un peu pesant à l’époque. J’ai fait une parodie de textes structuralistes et sémiologiques dans les années 60… (...) A l’époque tout le monde y allait de sa sémiologie de ceci ou de cela, alors moi j’avais une sémiologie du parapluie. Tout était organisé en paragraphe, il y avait 1, puis 1.1, puis 1.1.1, puis 1.1.2, 1.1.1.3, etc. 

Sur sa lettre posthume à Marguerite Duras :

Ce sont des choses que je ne lui ai jamais dites, mais peut-être qu’elle sentait que je les pensais quelquefois, je ne sais pas. Je manquais peut-être d’admiration. Pourtant j’ai toujours admiré son style. J’ai publié de son vivant des pastiches mais je ne sais pas si elle les a vus. Mais vous savez le pastiche ce n’est pas forcément méchant, c’est un hommage. Il y a d’illustres précédents. Les pastiches de Proust, il n’en veut pas à Flaubert, il est plein d’admiration pour lui.

Elle a dit au fond, toute son œuvre est une sorte de cri d’amour, soit du manque d’amour, parce que si on cherche bien, qu’on fait un peu de biographie, il y a au début de sa vie cette extraordinaire enfance indochinoise. Sa mère l’aimait beaucoup mais en même temps la battait. Dans "Les Cahiers de la Guerre" en 1943, elle a tendance à donner raison à sa mère, c’est curieux. On sent bien que dès le début chez cette femme il y a une demande d’amour qui n’a pas été satisfaite et s’est incarnée dans des formes extrêmement variées. 

Innover en littérature

Un jour est venu, où je me suis dit, quand j’ai écrit “Les Derniers Jours du monde”, que ce n’était plus important d’absolument ’innover. Qu’il fallait peut-être jouir de la langue, en jouer, de la façon la plus limpide possible, la plus lumineuse possible, qu’il fallait que le lecteur soit embarqué et ait envie de continuer. Sauf peut-être à la fin où il y a de l’irradiation atomique dans l’air et le narrateur finit par écrire des phrases… La dernière page est complètement syncopée. 

En 2009, Dominique Noguez racontait ses années d'étudiant à l'Ecole Normale Supérieure dans une émission exceptionnelle du "Rendez-Vous" :

En savoir plus : Emission spéciale en DIRECT et en PUBLIC de l'Ecole Normale Supérieure. Avec : Dominique NOGUEZ, Patrice BLOUIN et la Session d'Alice FAGARD et Honoré BEJIN

En 2013, il composait une "Nuit rêvée" d'archives radiophoniques, l'occasion pour lui de parler de quelques-uns de ses auteurs de chevet, Gide ou Proust par exemple :

En savoir plus : La Nuit rêvée de... Dominique Noguez

En tant que spécialiste du cinéma expérimental, il analysait en 1990 les films d'Andy Warhol dans "Les Chemins de la connaissance" :

À lire : Dominique Noguez : "C'est un voyeur avant tout, Warhol"