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L'écrivain Michel Déon aura finalement une sépulture à Paris

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L'académicien Michel Déon est photographié le 04 décembre 2003 dans la bibliothèque de l'Institut de France à Paris. Michel Déon a été élu à l'Académie française le 08 juin 1978 au fauteuil de Jean Rostand.
L'académicien Michel Déon est photographié le 04 décembre 2003 dans la bibliothèque de l'Institut de France à Paris. Michel Déon a été élu à l'Académie française le 08 juin 1978 au fauteuil de Jean Rostand.
© AFP - JEAN-PIERRE MULLER

Dans une pétition à l'initiative du Figaro, une centaine d'écrivains ont demandé à la mairie de Paris de donner une sépulture à l'écrivain français Michel Déon. La mairie de Paris, après avoir refusé, a accepté de faire une exception.

Michel Déon aura bel et bien droit à une sépulture à Paris. La mairie de Paris, qui avait annoncé le 12 février dernier que la mairie n'avait "juridiquement pas le droit de transiger avec les règles fixées par le Code général des collectivités territoriales" va finalement "trouver une sépulture parisienne" pour "ce grand écrivain" a annoncé la maire, Anne Hidalgo.

Ecrivain français reconnu, mort en Irlande en décembre 2016, Michel Déon était l'auteur d'une cinquantaine de livres, dont Gens de la nuit, Poneys sauvages, ou encore Un taxi mauve. En attendant une décision positive de la mairie, la famille de Michel Déon avait décidé de rapatrier en France les cendres de l'écrivain.

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"Je partage l'idée selon laquelle Michel Déon devrait trouver à Paris la sépulture à laquelle son oeuvre le destine", explique Anne Hidalgo dans un courrier adressé à Alice Déon, la fille de l'académicien, faisant néanmoins remarquer "les difficultés objectives que nous vaut le décalage entre 5 000 demandes et 150 places disponibles chaque année" dans les cimetières parisiens. Au micro de Charlotte Lalanne, dans le journal de 8h, Bruno Julliard, le premier adjoint de la maire de Paris, justifie la décision par "la particularité française de l'exception culturelle, qui fait que nous sommes aussi prêts à ce type de dérogations et d'exceptions pour honorer de grandes personnalités, en l'occurrence là un grand écrivain qui aura marqué par son oeuvre la culture parisienne et française" :

Bruno Julliard, à propos de la sépulture accordée à Michel Déon (Le Journal de 8h du 20/02/2018)

3 min

Une pétition pour le droit à une sépulture

Cette décision fait suite à la pétition lancée par le Figaro, pour réclamer que l'académicien soit enterré à Paris. "Son œuvre, sa personnalité, son rayonnement international ne méritent pas cette situation déplorable", dénoncent les signataires de la tribune, au rang desquels Antoine Gallimard, Emmanuel Carrère, Irène Frain, l’académicien Erik Orsenna, Amélie Nothomb, Delphine de Vigan, Yasmina Reza, Didier Decoin, Guillaume Musso, Michel Houellebecq, Eric-Emmanuel Schmitt ou encore Sempé.

L'écrivain Jean-Christophe Rufin s'était inquiété, au micro de Charlotte Lalanne, des "raisons idéologiques" qui auraient pu pousser la mairie de Paris à refuser l'inhumation dans la capitale :

C’est un grand écrivain et il est possible qu’il n’ait pas rempli tous les papiers qu’il fallait avant sa mort. Mais ce qu’on demande n’est pas exorbitant. Un raisonnement vaguement administratif pour cacher un parti-pris idéologique c’est quelque chose d’insupportable. [...] Michel Déon avait en effet été secrétaire de Maurras il y a très longtemps, quand il était jeune, mais il n’a rien écrit qu’on puisse retenir contre lui, il n’y a pas d’écrits antisémites de Michel Déon. Au contraire il y a une oeuvre magnifique et on ne comprend pas cette décision, [...] ni son oeuvre ni sa vie ne présentent la moindre chose qui puisse être considérée comme quelque chose d’insupportable qu’il faille bannir de la mémoire collective. 

Invité de l'émission Le Tête-à-tête, en janvier 2013, Michel Déon était revenu sur cet épisode de sa vie, regrettant que Maurras ait pris fait et cause pour le régime de Vichy :

[Charles Maurras] a beaucoup imprégné mes lectures - il a raconté des choses admirables sur la Grèce. Anthinéa, le voyage en Grèce, c'est une chose inoubliable. [...] C'était un grand philosophe. Il y avait un autre homme que j'admirais, peut-être beaucoup plus, mais que je n'ai pas connu, c'était Jacques Bainville, historien, commentateur politique. Un visionnaire extraordinaire. Dans Les Conséquences politiques de la paix, en 1920, il a prévu tout ce qu'il allait se passer 20 ans après. C'était un homme prodigieux. Malheureusement il était une béquille de Maurras. Il ne se serait pas laissé entraîner dans le vichysme comme Maurras l'a été.

La Mairie de Paris veut "faire évoluer le réglement"

La famille de l'écrivain avait demandé il y a maintenant un an à ce que Michel Déon repose à Paris. Dans une récente série de tweets, l'adjointe en charge des affaires funéraires de la mairie de Paris, Pénélope Komitès, avait justifié le refus d'inhumation par une décision administrative nécessaire pour ne pas instaurer  une "rupture d'égalité" : 

Nous avons examiné cette demande de la même manière que nous examinons celles des autres familles, car notre premier principe est de veiller à l’équité des citoyens dans l’accès aux services publics, notamment dans une période douloureuse comme l’est le décès d’un proche. [...] Devant la mort, cette même égalité en droits s'applique, que l'on soit une personnalité publique ou non, que l'on soit membre de l'Académie Française ou non.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, avait cependant d'ores et déjà annoncé qu'elle comptait "faire évoluer" le règlement "pour permettre à de grandes personnalités parisiennes de cœur si ce n’est de résidence, par exemple à des artistes du monde entier, d’être enterrées dans notre ville". Une commission devrait être proposée au prochain Conseil de Paris pour modifier les modalités de l'enterrement des personnalités publiques à Paris.