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L'écrivain Philip Roth est mort

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Philip Roth travaillant sur un manuscrit, 1er décembre 1968
Philip Roth travaillant sur un manuscrit, 1er décembre 1968
© Getty - Bob Peterson

L'immense auteur américain Philip Roth est décédé ce mardi 22 mai 2018 à l'âge de 85 ans. Écrivain du désir, de la judéité, il a dressé un portrait sans concessions de l'Amérique de son temps. De "Portrnoy et son complexe" à "La tache", revisitez l'oeuvre de Roth grâce aux archives radiophoniques.

L'immense écrivain américain Philip Roth est décédé à New York mardi. Il laisse derrière lui une oeuvre magistrale comprenant vingt-huit romans et plusieurs distinctions, du National Book Award au Prix Pulitzer en passant par la Légion d’Honneur. Bien que plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, l’auteur du Portnoy et son complexe, de La Pastorale américaine et de La Tache ne l’a pourtant jamais reçu. De son vivant, et c’est là chose rare, il est par contre entré dans deux prestigieuses collections : la Library of America aux Etats-unis, et la Pléiade en France en octobre 2017. 

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Histoire d'un succès 

Petit-fils d’immigré juif, Philip Roth est né le 19 mars 1933 à Newark dans le New Jersey, et a grandi dans la banlieue de New York. Ses romans, empreints d'éléments autobiographiques dressent le portrait minutieux de l'Amérique contemporaine, avec réalisme et une implacable lucidité. 

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En 1959, à l’âge de 26 ans, il publie son premier roman Goodbye Columbus. Cette oeuvre choque autant qu’elle suscite l’admiration. Le succès est immédiat : il est récompensé dès 1960, par le National Book Award. Quelques années plus tard, en 1969, le roman Portnoy et son complexe le révèle au grand public : les ventes de livres s'envolent avec pas moins de 420 000 exemplaires vendus en l'espace de trois semaines. Les romans s'enchaînent  : Ma vie d'homme (1976), La contrevie (1989), Opération Shylock : une confession (1995), La tâche (2002), Un homme (2007), etc. 

En 1999, Philip Roth s'entretenait avec Alain Finkelkraut sur France Culture. Pendant 2h15, il revenait sur sa carrière et notamment le succès, déstabilisant de Portnoy

En 1969, j'ai été de la chaire humaine, un hamburger dans la machine célébrité (...) J'ai été déstabilisé par la réception de mon livre [Portnoy et son complexe], et ma transformation en personne célèbre. C'était le vedettariat. J'étais l'auteur de Portnoy et son complexe, mais pour les gens, je suis devenu Portnoy.  

Philip Roth, 1e partie (40 minutes)

40 min

De La Pastorale américaine au Théâtre de Sabbath, son oeuvre était l'occasion d'une réflexion sur le rêve américain, la vie dans la nature, le sexe. Personnages scandaleux, scènes crues, Roth ne craint pas la vulgarité et le chaos, dans une surprenante frontière, toujours, entre l'exubérance et l'élégance. 

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En 2016, dans "La Compagnie des auteurs", la critique littéraire Josyane Savigneau, qui a eu l'occasion de le rencontrer à plusieurs reprises et que Roth lui-même appelait sa "conscience française", racontait sa première rencontre avec le géant américain, au premier abord plutôt revêche, et retraçait son oeuvre au micro de Matthieu Garrigou-Lagrange :

Philip Roth, Indestructiblement heureux (La Compagnie des auteurs, 07.11.2016)

58 min

Philip Roth sans complexes

Philip Roth sans complexes, c'est le titre d'un documentaire réalisé par William Karell en 2011. Au micro d'Olivia Gesbert, dans La Grande Table ce 22 mai, le documentariste revenait sur sa rencontre avec le géant américain. Sans complexes ? Pas tout à fait, racontait-il. Mais le titre de ce documentaire diffusé sur arte n'est pas sans faire écho au titre du roman qui révéla le géant américain au grand public en 1969, Portnoy et son complexe. Au micro de William Karell, Philip Roth racontait ses secrets de fabrication, et notamment comment il donnait vie à ses personnages : 

J'invente mon personnage à mesure que j'avance. Je me dis : "d'une façon ou d'une autre, tu dois tout savoir de cet homme." Qui est-il, d'où vient-il, qu'est-ce qu'il fait, d'où vient sa famille ? Puis je passe à sa femme, et je commence à inventer par vagues. On procède par petites touches, comme pour colorier un livre. Il y a un côté journaliste quand on écrit des romans, parce que vous avez besoin des faits, d'informations, de détails. On ne peut pas inventer en partant de rien. En tout cas, moi je ne peux pas. Il me faut du matériau pris dans la réalité pour commencer à inventer. Je prends deux morceaux de réalité et je les frotte l'un contre l'autre pour que le feu en jaillisse.

En 2012, il avait annoncé son retrait de la vie littéraire. Nemesis, publié en 2010 et traduit en français en 2012, est son dernier roman. Il confiait pourtant : "Je n'arrêterai jamais d'écrire. Si j'arrête d'écrire, je sombre dans la dépression".

Hommage à Philip Roth (La Grande Table, 23.05.2018)

28 min