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L'effet Matilda, ou les découvertes oubliées des femmes scientifiques

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Une femme observe la Voie Lactée.
Une femme observe la Voie Lactée.
© Getty -

Au début des années 80, l’historienne des sciences Margaret Rossiter théorise l'effet Matilda : elle remarque que les femmes scientifiques profitent moins des retombées de leurs recherches, et ce souvent au profit des hommes.

Nombreuses sont les femmes qui se voient évincées des remises de prix, quand il ne s’agit pas carrément d’un prix Nobel. De la physicienne Lise Meitner à la biologiste Rosalind Franklin en passant par l'astronome Jocelyn Bell, beaucoup de ces scientifiques n'ont accédé à la reconnaissance qui leur était due que des années après leurs découvertes. La minimisation, quand il ne s’agit pas de déni, de la contribution des femmes scientifiques à la recherche n’est pas un phénomène nouveau : l’historienne des sciences Margaret Rossiter l’a théorisé sous le nom d’effet Matilda. 

Pour concevoir cette théorie, Margaret Rossiter a approfondi celle de Robert King Merton. Dans les années 60, ce sociologue s’est intéressé à la façon dont certains grands personnages sont reconnus au détriment de leurs proches qui, souvent, ont participé aux travaux à l’origine de cette renommée. Il élabore alors une théorie sur la façon inéquitable dont la gloire est partagée, qu’il nomme “l’effet Mathieu”, en référence à un verset de l’évangile selon Mathieu 13:12 : “Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.

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Au début des années 80, l’historienne des sciences Margaret Rossiter reprend le concept et le pousse plus loin. Elle note que l’effet Mathieu est démultiplié quand il s’applique aux femmes scientifiques. Elle approfondit donc les recherches du sociologue, et nomme le fruit de ses propres recherches “effet Matilda” en hommage à la militante féministe Matilda Joslyn Gage qui, dès la fin du XIXème, avait remarqué qu’une minorité d’hommes avaient tendance à s’accaparer la pensée intellectuelle de femmes. 

Trotula de Salerne, première victime de l'effet Matilda

Margaret Rossiter fait alors remonter sa théorie jusqu'au XIème siècle, avec l'exemple de l'Italienne Trotula de Salerne.  Cette femme médecin et chirurgienne écrivit plusieurs ouvrages traitant principalement de la santé des femmes. Son ouvrage Le Soin des maladies des femmes (De passionibus mulierum curandarum) devient l'ouvrage de référence en matière de gynécologie au Moyen Âge et fut dès alors traduit en plusieurs langues. 

Pourtant la question de l'auteur des ouvrages signés "Trotula de Salerne" a longtemps été sujet de controverses : ils furent attribués à des hommes, l'idée qu'une femme, à l'époque, puisse exercer une fonction aussi prestigieuse et enseigner à l'école de Médecine de Salerne, relevant pour certains de l'affabulation pure et simple. Depuis la théorie développée par Margaret Rossiter, le personnage de Trotula de Salerne est devenu un enjeu dans la reconnaissance de la place accordée aux femmes à travers l'Histoire. 

Trotula de Salerne, selon un manuscrit de la fin du XIIe siècle.
Trotula de Salerne, selon un manuscrit de la fin du XIIe siècle.
- Contraception and Abortion from the Ancient World to the Renaissance by John M.