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L'Église de France face à la pédocriminalité : quelle lutte engagée ces dernières années ?

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La Conférence des évêques de France a mis en place un site internet pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise. Ici, la Conférence des évêques de France à Lourdes en 2008.
La Conférence des évêques de France a mis en place un site internet pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise. Ici, la Conférence des évêques de France à Lourdes en 2008.
© AFP - ERIC CABANIS

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a révélé ce mardi qu'environ 3 000 pédocriminels ont sévi dans l’Église depuis 1950, avec 216 000 victimes mineures de clercs et religieux. Les premiers scandales ont éclaté au début des années 2000, quelle lutte alors engagée en France ?

C'est un rapport inédit et très attendu qui a été rendu ce mardi 5 octobre 2021 par la Commission indépendante sur la pédocriminalité dans l'Église catholique (Ciase). Au terme de deux ans et demi d'enquête, Jean-Marc Sauvé et les 21 autres membres de la Ciase ont recensé environ 3 000 prêtres ou religieux pédocriminels depuis 1950, estimant à 216 000 le nombre de victimes mineures de prêtres, diacres et religieux. Un "phénomène massif" couvert pendant des décennies par le silence. Et si l'on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l'Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse...), le nombre grimpe à 330 000, a indiqué Jean-Marc Sauvé. La commission indépendante d'émettre 45 propositions : écoute et indemnisation des victimes, prévention, formation des prêtres et religieux, responsabilité de l'Église, transformation de la gouvernance.

Le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a exprimé "sa honte", "son effroi" et a demandé "pardon" aux victimes de pédocriminalité.

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Pédocriminalité : le constat accablant de la Commission indépendante et ses propositions précisés par Nicolas Balu. Et la réaction de Monseigneur Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire et vicaire général du diocèse de Lyon.

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© AFP - Sabrina Blanchard, Bertille Lagorce

Depuis la création en 2015 de l'association de victimes "La Parole libérée", à l'origine du procès contre le cardinal Barbarin en 2019, la Conférence des évêques de France a multiplié les mesures. Conférence des évêques qui ne nous avait pas accordé d'interview en 2019. Pourtant, les premiers scandales ont éclaté au tout début des années 2000 dans le monde, tout comme dans l'Hexagone. Qu'a fait l’Église de France pendant près de vingt ans pour lutter contre la pédocriminalité ? Explications. 

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2002 : une première brochure pour "lutter contre la pédophilie"

C'est une affaire jugée par la cour d'assises du Calvados qui va servir de premier élément déclencheur au sein de l'Église de France : en septembre 2001, Mgr Pierre Pican, à l'époque évêque de Bayeux, écope de trois mois de prison pour ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles de René Bissey, un prêtre de son diocèse. L'abbé Bissey, lui, est condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur onze mineurs entre 1987 et 1996.  

C'est la première fois qu'un évêque est condamné en France depuis la Révolution. Christine Pedotti, directrice de la rédaction et de la publication de Témoignage chrétien et auteure du livre "Qu'avez-vous fait de Jésus ?", explique : "Des prêtres pédophiles ont été jugés avant 2000 mais l'affaire Pican met le feu aux poudrières car on commence à prendre conscience qu'il y a non seulement des abuseurs mais surtout un système que ne fait pas la lumière sur ces abus."  À ce moment-là, l’Église de France prend une première décision. Les évêques, qui se réunissent à Lourdes l'année suivante, font venir une psychologue pour notamment leur expliquer "à quel point cela atteint le psychisme des enfants" : "Ils en sortent sonnés car ils n'avaient pas compris la gravité de la chose", assure Christine Pedotti. Comment cela est-il possible ? L'auteure développe : 

Il faut imaginer que ces faits étaient toujours considérés du point de vue du coupable et non du point de vue des victimes. Du point de vue du coupable c'est une atteinte à ses vœux et donc cela est traité comme un péché sexuel. Ils ne comprennent pas la différence entre le crime et le péché. Quand ils se retrouvent face à un abus sexuel, la première chose à laquelle ils pensent c'est que c'est un péché : le pécheur doit demander pardon, se repentir, etc. En fait ils ne se placent jamais du côté de la victime.

En 2002, la Conférence des évêques de France (CEF) rédige ainsi sa première brochure "Lutter contre la pédophilie". Cette brochure, publiée à environ 100 000 exemplaires, est diffusée principalement auprès des structures religieuses et aux éducateurs en charge d'enfants. Elle vise notamment à "contribuer à la détection et la prévention de tels actes tout en préservant le climat de confiance indispensable à toute vie en société."  Le site internet chrétien croire.com précise les consignes données : "Lorsque quelqu’un a connaissance d’un crime ou de faits précis concernant des privations, mauvais traitements ou atteintes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans, il doit en informer la justice qu’il soit prêtre, éducateur ou membre de la famille de la victime, la dénonciation s’impose."

Après ce premier pas, la Conférence des évêques de France ne va pratiquement pas entreprendre de démarches pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église catholique les années suivantes. "À partir de ce moment-là, tout le monde est soulagé. Les évêques de France se disent qu'ils ont fait le travail. Pourtant, on s’aperçoit que, partout dans le monde, des scandales énormes surgissent, des cas où des centaines de prêtres ont été abuseurs et des centaines d'enfants abusés. Il est évident qu'il ne s'agit pas de cas isolés", analyse Christine Pedotti.  

2010 : réédition de la brochure "Lutter contre la pédophilie"

Pendant près de huit ans, l’Église de France va ainsi très peu communiquer sur la pédophilie en son sein. Pourtant, des prêtres continuent d'être condamnés en France et de nombreux scandales éclatent à l'étranger (Irlande, États-Unis, Australie). Par ailleurs, le pape Benoît  XVI prône la tolérance zéro concernant la pédophilie. Christine Pedotti ajoute : "Quand il devient pape en 2005, Benoît XVI va s'efforcer de faire la lumière sur un certain nombre de cas. Puis, en 2011, Rome donne clairement l'instruction très ferme de dénoncer les prêtres à la justice. Au départ, les évêques locaux devaient faire connaître les cas d'abus sexuels directement à Rome de sorte qu'on en avait pas connaissance. Des prêtres qui ont été déplacés et n'ont jamais été dénoncés à la justice."

Le pape Benoit XVI lors d'une messe célébrée au Vatican le 11 juin 2010.
Le pape Benoit XVI lors d'une messe célébrée au Vatican le 11 juin 2010.
© AFP - Tiziana Fabi

Ainsi, lors d'un voyage aux États-Unis en avril 2008, Benoît XVI rencontre des victimes. Il s’agirait de la première rencontre d’un pape avec des victimes d’abus sexuels selon le site chrétien croire.com. Le 19 mars 2010, le souverain pontife écrit également une lettre aux catholiques d'Irlande dans laquelle il condamne ces abus et dénonce le silence de certains.

Quelques mois plus tard, en septembre 2010, la conférence des évêques de France réédite sa brochure "Lutter contre la pédophilie" sous forme de livre. Le nouveau document "prend ainsi en compte l'allongement des délais de prescription du droit français (2004) et les développements d'Internet (loi de 2007), souligne le journal La Croix. Un partie du livre est également consacrée au droit canonique, ce qui n'était pas le cas en 2002. "Le pape Benoît XVI est intervenu à plusieurs reprises pour condamner avec une fermeté exemplaire ces abus, rappelant que ceux-ci sont à la fois passibles de la justice civile et punis par le droit interne de l’Église catholique, et que 'le pardon ne remplace pas la justice'", rappelle le cardinal André Vingt-Trois dans la préface. 

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2016 : l’Église réagit sous la pression 

"Ce qui va secouer l'église catholique en France, c'est la création de l'association 'La Parole libérée' en 2015", estime la directrice de Témoignage chrétien. Au départ, "La Parole libérée" est créée en soutien aux victimes des actes de pédophilie du Père Preynat, dont il est question dans l'affaire Barbarin. C'est la première fois que des victimes de prêtres pédophiles au sein de l’Église de France se rassemblent. 

L'association va non seulement permettre à certaines victimes de sortir du silence mais elle va aussi soulever de nombreuses questions sur la façon dont l’Église de France a géré de telles situations. "Notre objectif est que demain on ne recrée pas de nouvelles victimes en les remettant au contact de gens qu'on sait pédophiles", explique François Devaux, cofondateur de l'association et lui-même victime du prêtre lyonnais lorsqu'il était petit. 

Infographie Visactu.
Infographie Visactu.
© Visactu -

En février 2016, le cardinal Barbarin est ainsi poursuivi en justice pour ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles du prêtre Bernard Preynat. Mais l'affaire est classée sans suite après une enquête préliminaire. De nouvelles victimes dénoncent également le silence de l'archevêque Philippe Barbarin dans d'autres affaires visant d'autres prêtres. Face à la polémique qui prend de plus en plus d'ampleur en 2016, la Conférence des évêques de France passe à la vitesse supérieure dans sa lutte contre la pédophilie et prend des mesures inédites en France :

  • Une cellule permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP)

Elle remplace une cellule de veille déjà présente au sein de la Conférence des évêques de France (CEF). La CPLP est présidée par Mgr Luc Crepy, évêque du Puy-en-Velay dont l'équipe est épaulée par un juriste et un psychologue selon la Conférence des évêques de France. Cette cellule assure le dialogue entre tous les acteurs mobilisés dans cette lutte, veille notamment à l'évolution de la législation et assure des formations auprès de certains éducateurs. 

  • Un site internet dédié à la lutte contre la pédophilie 

Le site s'adresse à toutes les personnes qui peuvent être impliquées. Il donne des moyens pour prévenir, détecter la pédophilie mais aussi les démarches à suivre pour les évêques qui sont confrontés à cette situation dans la rubrique "Comment agir". Il recense également tous les outils mis en place par la CEF pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église catholique. 

Capture d'écran du site internet lutter contre la pédophilie.
Capture d'écran du site internet lutter contre la pédophilie.
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  • Des cellules d'écoute dans tous les diocèses 

Ces cellules locales sont mises en place par les évêques. L'évêque du diocèse est entouré "de professionnels et de toute personne pertinente pour accueillir et écouter des victimes (et/ou leur famille) d’abus sexuels". Le site rappelle que l'évêque peut aussi choisir de mettre en place une cellule en collaboration avec des associations de victimes. Pour les victimes qui ne souhaiteraient pas s'entretenir directement avec ces cellules locales, une adresse mail, paroledevictimes@cef.fr, est proposée. 

L’Église de France semble ainsi prendre conscience de l'ampleur et de la gravité de la situation. Mais un an plus tard, au mois d'octobre 2017, "La Parole libérée" décide de tester ces différents outils. Elle envoie ainsi un faux témoignage par mail à 33 diocèses sélectionnés. À l'époque, le journal Le Monde révèle les résultats de l'enquête : sur les 33 diocèses mis en alerte, 28 répondent au mail mais seuls deux diocèses auraient alerté le procureur de la République_. "La question est de savoir si le but est de recevoir les victimes pour mieux étouffer leur parole ou si c'est pour réellement faire ce qu'il faut faire ?_", commente François Devaux.

En 2017, une troisième édition de la brochure "Lutter contre la pédophilie" est publiée. Les mesures prises par la Conférence des évêques de France y sont ajoutées. 

2018 : les évêques de France rencontrent des victimes

"La Parole libérée" poursuit son combat et lance une procédure de citation directe en 2017 après le classement sans suite de l'enquête sur les agissements du cardinal Barbarin. L'année suivante, en août 2018, alors que Philippe Barbarin n'a pas encore été jugé, un prêtre du diocèse de Valence fait lui aussi pression sur le cardinal. Le père Pierre Vignon, engagé depuis longtemps contre la pédophilie au sein de l’Église catholique, lance une pétition sur change.org. Il demande publiquement au cardinal Barbarin de démissionner. La pétition est signée par plus de 108 000 personnes.  

Capture d'écran change.org
Capture d'écran change.org
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Je vous demande donc publiquement et sans détour de donner votre démission de cardinal et d’archevêque de Lyon dans les plus brefs délais. Vous auriez dû la remettre après votre lapsus 'Grâce à Dieu, les faits sont prescrits.'" - Extrait de la pétition du père Vignon.

De plus, des enquêtes réalisées notamment par Mediapart, Cash Investigation et la Cellule investigation de Radio France vont montrer que les règles ne sont pas toujours respectées par les évêques et que les cas de pédocriminalité sont encore nombreux. 

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Les langues se délient au sein même de l’Église. Mgr Rouet, ancien archevêque de Poitiers à la retraite, se confie ainsi en octobre 2018 à la journaliste Lætitia Cherel de la Cellule d'investigation de Radio France : "La méthode la plus courante consistait à déplacer un prêtre accusé d’abus sexuels dans un autre diocèse". Mgr Guyard, un autre évêque à la retraite, ajoute qu'il pouvait également y avoir des déplacements  dans des diocèses à l'étranger: 

C’était fréquent qu’on les envoie vers les pays francophones et notamment en Afrique de l’Ouest où l’Église est très présente et où certaines communautés religieuses ont un vaste réseau d’établissements." - Mgr Guyard 

L'enquête révèle que certains évêques ont appliqué ces méthodes de mise à l'écart y compris ces dernières années. "L’Église a toujours eu l'habitude de compartimenter, de cliver, de faire en sorte que les victimes ne prennent pas contact. Pour tenir un silence comme ça pendant autant de décennies, il faut une certaine organisation", assure le co-fondateur de "La Parole libérée".

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L’Église, sous pression, engage de nouvelles actions dont une particulièrement symbolique, le 3 novembre 2018 : les 118 évêques catholiques de France réunis à Lourdes rencontrent pour la première fois des personnes abusées par des membres du clergé. Ainsi, sept victimes sont reçues au premier jour de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France. "Cela va nous aider à aller de l'avant", a souligné Véronique Garnier, une autre victime présente ce jour-là.

Moins d'une semaine après cet échange, la Conférence des évêques de France annonce la création d'une commission indépendante chargée de "faire la lumière" sur les abus sexuels sur mineurs dans l'Église catholique depuis 1950. Un organisme réclamé par les victimes qui dénonçaient le manque de transparence de l’Église au sein même de ses outils de lutte contre la pédophilie, gérés majoritairement en interne. Cette commission indépendante aura pour objectif de comprendre "les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires". Récemment, l'ancien vice-président du Conseil d’État Jean-Marc Sauvé a été nommé à la présidence de l'organisme. Pour la première fois, François Devaux, le co-fondateur de "La Parole libérée" peut espérer des avancées sincères : 

C'est pour moi la première action que met en place l’Église. C'est cette commission qui a, selon moi, le plus de sens parce qu'elle est dirigée par un homme qui a prouvé ses valeurs républicaines et je pense que cet homme est digne de fiabilité."

En mars 2019, le tribunal correctionnel de Lyon prononce une décision symbolique. Le cardinal Philippe Barbarin est condamné à six mois de prison avec sursis pour la non-dénonciation d'agressions sexuelles commises par un prêtre de son diocèse. Philippe Barbarin était accusé d'avoir couvert le père Bernard Preynat, poursuivi pour avoir agressé sexuellement plus de 70 jeunes scouts placés sous sa responsabilité entre les années 1970 et 1990. L'ancien prêtre lyonnais avait reconnu en partie les faits. En janvier 2020, le cardinal Barbarin a finalement été relaxé en appel. Il a démissionné de ses fonctions d'archevêque de Lyon en mars 2020, après l'accord du pape François qui avait dans un premier temps refusé. 

Lors de son assemblée plénière de novembre 2019, la Conférence des évêques de France consacre une journée entière à la lutte contre les abus sexuels. Elle décide qu’une assemblée extraordinaire se réunira en février 2021 afin "d'approfondir la réflexion sur le terme de responsabilité dans le cadre d'abus sexuels sur des personnes mineures".

Un an plus tard, la CEF présente son 3e rapport sur la lutte contre la pédocriminalité. Entre septembre 2018 et septembre 2020, 110 signalements ont été adressés par les évêques aux procureurs : 67 pour des faits antérieurs à 2000 et 43 pour des faits postérieurs. 

2021 : la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église

En mars 2021, les évêques de France adoptent 11 résolutions pour lutter contre les abus sexuels. Ils y reconnaissent que par le passé "des autorités ecclésiales n’ont pas su voir ni entendre et parfois n’ont pas voulu voir ni entendre, voire ont caché les faits commis". Afin de lutter contre les crimes et agressions sexuelles, la CEF annonce la création d’un Conseil pour la prévention et la lutte contre la pédophilie, d’une équipe nationale d’écoutants, d’un service national chargé de la protection des mineurs et de la lutte contre la pédophilie ainsi que d’un tribunal pénal canonique. Des "contributions financières" seront versées aux victimes, à partir de 2022. Individualisées ou forfaitaire, leur attribution et leur montant seront déterminés par une instance indépendante.  

Le 4 octobre 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), présidée par le haut fonctionnaire vice-président honoraire du Conseil d'État Jean-Marc Sauvé, rend son rapport. Lourd de 2 500 pages, il révèle qu’en soixante-dix ans l’Église a compté dans ses rangs entre 2 900 et 3 200 pédocriminels (3% de l'effectif), "une estimation minimale", d’après le président de la Ciase. Avec 216 000 victimes mineures de religieux et de clercs, et jusqu'à 330 000 victimes si l'on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l'Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse...). 

Jean-Marc Sauvé a appelé l'institution à apporter une "réparation" financière à toutes les victimes encore vivantes de ces violences sexuelles. La Ciase émet 45 propositions, comme une responsabilité "systémique", une refonte de la procédure canonique, un message clair indiquant aux confesseurs et aux fidèles que le secret de la confession ne peut déroger à l'obligation, prévue par le code pénal, de signalement aux autorités judiciaires et administratives, ou encore l'évaluation de la question de l'ordination d'hommes déjà mariés, afin qu'ils deviennent prêtres.

Cette commission est composée de 22 membres, tous bénévoles et regroupe de multiples disciplines : juridique, médicale, psychologique, psychiatrique, sociale, éducative, protection de l’enfance, théologie, sciences sociales. 

Retour avec Nicolas Balu sur le travail de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique (Ciase) présidé par Jean-Marc Sauvé.

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Durant deux ans et demi, la Ciase a fait de la parole des victimes la "matrice de son travail". Elle a recueilli 6 500 témoignages, entre juin 2019 et octobre 2020, des victimes ou de leurs proches et a mené 250 auditions longues, sans limitation de durée. Des archives de l’Église, des ministères de la Justice et de l’Intérieur, et de la presse ont aussi été étudiées. La plupart des faits sont toutefois prescrits aujourd’hui et les auteurs décédés. 

La Ciase doit présenter 45 propositions autour de l’écoute des victimes, de la prévention, de la formation des prêtres et des religieux, du droit canonique, de la transformation de la gouvernance de l’Église. Elle préconise aussi une politique de reconnaissance et de réparation. 

La Conférence des religieuses et religieux en France (Corref) et la Conférence des évêques de France, qui avaient commandé ce rapport en 2018, donneront leurs premières réponses en novembre, lorsqu’elles se réuniront en assemblée plénière. 

Pour François Devaux, cofondateur du collectif la Parole libérée et parmi les premières victimes entendues par la commission Sauvé, "cette institution a trahi tout ce qu'elle pouvait dans des proportions considérables. Il y a un problème de gouvernance, de droit canonique qui ne respecte aucun principe élémentaire de justice. Il faut qu'ils réinventent tout !" :

"Cette institution a trahi tout ce qu'elle pouvait dans des proportions considérables. Il faut qu'ils réinventent tout !" François Devaux, cofondateur du collectif la Parole libérée, interrogé par Diane Berger

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