Publicité

L'enjeu de Mossoul pour les acteurs régionaux

Par
Jeune combattante kurde à 35 kilomètres à l'est de Mossoul le 10 novembre 2016
Jeune combattante kurde à 35 kilomètres à l'est de Mossoul le 10 novembre 2016
© AFP - Odd Andersen

Le Premier ministre irakien annonce la fin prochaine de la bataille de Mossoul après quasiment neuf mois de combats. Au delà de l'armée irakienne, plusieurs acteurs régionaux, États ou milices, entendent profiter de cette bataille pour contrôler du terrain ou asseoir leur influence.

La bataille de Mossoul n'est pas totalement terminée. Après avoir annoncé la victoire, le Premier ministre irakien a déclaré ce lundi attendre que la capitale irakienne de l'Etat islamique soit entièrement débarrassée des djihadistes. D'ultimes poches de résistance demeurent et l'armée irakienne n'est pas seule sur le terrain. Elle est aidée par des milices chiites et kurdes (entraînées et armées par l'Iran), ainsi que par la Turquie (partiellement appuyées par la Turquie). Autant d'acteurs pour qui l'enjeu de cette bataille n'est pas seulement de reprendre la deuxième ville d'Irak aux djihadistes de l'EI. Alors que d'après Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak, quelque 915.000 habitants ont fui Mossoul, dont environ 700.000 sont toujours déplacés.

Les Kurdes

Les peshmergas kurdes ont participé à la première phase de l'offensive sur Mossoul : la reprise des villes et villages de la plaine de Ninive, à l'Est de la ville. Ils ne sont pas intervenus dans la reprise de la seconde ville d'Irak, laquelle, à majorité arabe sunnite, ne fait pas partie de leurs objectifs. Ils tiennent, en revanche, dorénavant la quasi totalité du territoire qu'ils revendiquent comme devant faire partie du Kurdistan d'Irak, notamment des zones disputées avec Bagdad - comme la province et la ville de Kirkouk. Et ne font pas mine de vouloir les rétrocéder. Le Gouvernement Régional du Kurdistan d'Irak organisera sur son territoire un référendum d'autodétermination le 25 septembre 2017, qui pourrait se conclure par une déclaration d'indépendance.

Publicité

Un autre contingent kurde, miliciens des YPG ou du PKK (Kurdes de Syrie et de Turquie), est stationné dans la région de Sinjar, à l'ouest de Mossoul. Ces miliciens ont été attaqués en Irak par l'aviation turque en avril dernier et d'autres raids turcs sont encore possibles.

Les milices chiites

Al Hashd al Sha'abi (les Forces de Mobilisation Populaires) ont été financées, armées, entraînées par l'Iran pour la plupart. Elles n'ont pas participé à la bataille urbaine de Mossoul, de crainte qu'elles ne s'en prennent à la population civile, sunnite. Nombre d'exactions par ces miliciens chiites avaient été constatées lors de la reprise à l'Etat Islamique d'autres zones sunnites : Ramadi et Falloujah par exemple. En revanche, les milices chiites occupent le terrain au sud de Mossoul et, surtout, se sont déployées sur toute la partie orientale de la province d'al Ambar, jusqu’à la frontière syrienne. Elles pourraient participer à une offensive contre les djihadistes de l'Etat Islamique en Syrie même, sur la vallée de l'Euphrate. Plusieurs de ces milices ont déjà combattu en Syrie ces deux dernières années, dans les rangs du régime de Bachar al-Assad.

Elles pourraient également participer à la reprise de Tall Afar, à 55 km à l'ouest de Mossoul. C'est l'une des dernières cités encore tenues par l’État Islamique dans la province de Ninive. L'EI s'en était emparé il y a trois ans.

A lire : Pourquoi la bataille de Mossoul est aussi longue

La ville de Mossoul libérée du groupe Etat islamique
La ville de Mossoul libérée du groupe Etat islamique
© Visactu

L'Iran

Formellement l'Iran n'est pas impliqué dans la bataille de Mossoul mais la force Al-Quods des gardiens de la Révolution est présente sur le terrain, notamment aux côtés des miliciens chiites, parfois d'ailleurs pour assurer le commandement opérationnel de leurs unités (c'est également le cas en Syrie où opèrent ces mêmes milices irakiennes).

Le terrain, contrôlé par ces milices - et sur lequel les Iraniens ont la main - s'étend maintenant d'Est en Ouest au travers de l'Irak, assurant ainsi une sorte de "continuité territoriale" de l'influence iranienne, depuis le territoire de la République Islamique jusqu'à la Méditerranée, en passant par l'Irak, la Syrie et le Liban où Téhéran dispose, avec le Hezbollah, d'un dernier point d'appui important.

La Turquie

La Turquie d'Erdogan avait annoncé explicitement son intention de participer militairement à la bataille de Mossoul dans le but avoué d'asseoir une influence dans la plus grande ville sunnite d'Irak. Et peut-être même davantage : le président Recep Tayyip Erdogan évoquant* une possible modification de frontière et regrettant la perte, par l'empire ottoman, du "vilayet" de Mossoul en 1923.

La Turquie a déployé un petit contingent (500 à 700 hommes selon la presse d'Ankara) retranché dans une ancienne base près de Bashiqua, à une quinzaine de km au Nord-est de Mossoul. Pour le moment ce contingent a formé et armé une milice irakienne sunnite de quelques 2000 hommes, conduite par l'ancien gouverneur de la province : Atheel al-Nujaifi. L'armée d'Ankara a par ailleurs massé plusieurs contingents blindés sur sa frontière irakienne.

La Turquie ne s'est pourtant pas engagée directement durant la bataille de Mossoul.

Elle pourrait toutefois tenter de s'immiscer dans la gestion de la grande ville sunnite une fois réduites les dernières poches de résistance djihadistes. Bagdad en effet doit trouver une manière de reprendre le contrôle administratif sur Mossoul et pour ce faire limiter la présence sur place de son armée, largement chiite, et surtout empêcher les milices du Hashd al Sha'abi de s'y implanter. Les sunnites pro-Turquie d'Atheel al-Nujaifi pourraient y jouer un rôle.

Autre objectif miliaire possible pour la Turquie en Irak : la ville de Tall Afar. Les Turcs ont juré d'y intervenir militairement si les milices chiites investissaient Tall Afar. La ville, en effet, est à majorité turcomane : des Irakiens de langue turque, descendants des derniers fonctionnaires de l'empire ottoman dans ce qui fut le vilayet de Mossoul.

Le Premier ministre irakien a pour sa part prévenu qu'une quelconque opération de l'armée turque en Irak serait considérée comme une agression et contrée militairement par Bagdad.

A écouter : Turquie. Comment interpréter la politique régionale du président Erdogan ?

* Dans un discours télévisé le 19 octobre

Le contrôle du territoire irakien après l'annonce par le gouvernement, dimanche 9 juillet 2017
Le contrôle du territoire irakien après l'annonce par le gouvernement, dimanche 9 juillet 2017
© Visactu