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L’Etna en éruption : fureur mystique dans la nuit sicilienne

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L'Etna en éruption, vu depuis la ville de Milo dans la province de Catane en Sicile.
L'Etna en éruption, vu depuis la ville de Milo dans la province de Catane en Sicile.
© AFP - Ansa

Le monde dans le viseur. L’Etna, le plus haut volcan actif d’Europe, s’est réveillé le 16 février dernier en Sicile. En une semaine, les éruptions se sont enchaînées. Un photographe de l’AFP a capturé la dimension mystique du phénomène.

La lave illumine la nuit, dans la ville de Milo, dans la région de Catane en Sicile. Le 21 février, le volcan Etna, 3 300 mètres de haut, est immortalisé en éruption par un photographe de l’agence italienne Ansa dont on ne connaît pas le nom. Dans la pénombre nocturne, la lave semble consumer cette maison.

C’est le cinquième jour consécutif d’éruption du volcan, avec des fontaines de lave hautes de plus d'un kilomètre.

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"Cette photographie n’est pas compréhensible immédiatement. J’ai d’abord pensé que c’était un incendie", reconnaît Caroline d'Avout, cheffe adjointe du service photo des Échos.

Pour elle, la photographie est distinctement séparée en deux : 

Il y a le bas de l’image avec la ville qui se distingue bien, les toits, les palmiers, les lampadaires… Et puis ce fond noir avec cette tache rougeoyante qui semble posée au-dessus de la maison. 

À la deuxième lecture, le volcan de 300 mètres de haut apparaît : "On voit que le sommet est presque dessiné grâce à la lave." La banderole "Etna marathon", en bas à gauche de la photo, donne également un indice.

La colère des dieux

"Le Saint est au même niveau que le sommet du volcan. (...) On se demande si c’est la colère des dieux, si la ville va être engloutie dans les minutes qui suivent."
"Le Saint est au même niveau que le sommet du volcan. (...) On se demande si c’est la colère des dieux, si la ville va être engloutie dans les minutes qui suivent."
© AFP - Ansa

La force de ce cliché repose sur la dualité entre la statue et le volcan.

Je pense que le photographe a construit sa composition à partir de cette colonne, de cette statue religieuse. Le Saint est au même niveau que le sommet du volcan.

"C’est assez étonnant et captivant, inquiétant aussi. Et cela donne une impression mystique ; on se demande si c’est la colère des dieux, si la ville va être engloutie dans les minutes qui suivent." Ce choix de perspective apporte une dimension dramatique à l’image.

Les habitations ont été épargnées par les éruptions. Seul l’aéroport de Catane, la ville la plus proche, a été fermé par précaution. En 2018, une éruption avait provoqué un tremblement de terre. Une dizaine de personnes avaient été blessées, et plusieurs centaines déplacées.

Cette photographie est prise à une distance peu commune. "Il y a beaucoup de photos prises du sommet. C’est très impressionnant, mais ces clichés sont détachés de la ville. Ou alors il y a des vues d’ensemble, qui englobent la ville mais de très loin", poursuit Caroline d’Avout. 

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Au contraire, "avec cette composition, on voit que la ville est quand même fragile à côté d’un tel élément naturel. Cela renvoie à la fragilité des villes en général, et des hommes". Elle évoque une ville "endormie" dans la tranquillité de la nuit, face à un volcan bien réveillé. 

Imprévisible Etna

Influence mystique ou non, l’Etna reste imprévisible. Après le premier épisode paroxystique, le 16 février, les scientifiques de l’Institut italien de géophysique et vulcanologie ont, dans un premier temps, évoqué la précision "d’une montre suisse". Pendant trois jours, les paroxysmes sont intervenus à une trentaine d’heures d’intervalle.

Pourtant, ce 20 février 2021, les chercheurs racontent que le volcan se fait attendre. Il "change de rythme et bouleverse les croyances", notent les chercheurs, partis en observation au plus près du sommet. Prévu dans l’après-midi, le paroxysme a finalement eu lieu au crépuscule. Le volcan a fini par se calmer le 24 février, au bout de quelques jours.

À réécouter : Volcans : ces éternels imprévisibles ?

L’Etna, vieux de 550 000 ans, est toujours plus ou moins en activité, entre des périodes de repos et d’éruption. La plus importante éruption a eu lieu en 1669 avec une fissure longue de 12 kilomètres et large de 2 mètres. La lave a englouti plusieurs villages. La plus longue éruption est, elle, intervenue entre 1991 et 1993. Elle a duré plus d’un an. 

Plus de 900 000 Siciliens vivent au pied de l’Etna. La ville de Catane a été plusieurs fois ravagée. De son côté, Randazzo est surnommée "la Miraculée", la lave s'étant arrêtée au pied du village en 1981. Les habitants ont pris l’habitude de vivre avec cette activité volcanique. Une habitude captée par cette photographie.