L’Europe divisée sur l’adhésion de Kiev, Chisinau et Tbilissi

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L’Europe divisée sur l’adhésion de Kiev, Chisinau et Tbilissi

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Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, reçue par le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev le 8 avril
Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, reçue par le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev le 8 avril
© AFP - AFP PHOTO / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS SERVICE

Comment faire entrer la Moldavie, l’Ukraine et la Géorgie dans l’Union européenne ? La guerre en Ukraine a relancé cette question qui divise les membres de l’Union européenne. À Bruxelles, chacun a sa vision.

L'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie dans l’Europe, c’est une évidence. Ce serait une partie de l’Europe de l’Est qui se réunit avec la grande famille européenne. Mais une fois dit, comment fait-on ? Ce sont des pays en guerre, corrompus et pauvres disent les pays occidentaux, alors que les pays d’Europe centrale estiment qu’il faut être solidaire avec l’Europe orientale, à cause de l’ogre russe. Le 1er juin, la République tchèque va prendre la tête de l’UE et ce sera une autre histoire.

La France, l’Allemagne et l’Italie divisées

L’Union européenne a débuté, le 7 mars 2022, la procédure d’examen des demandes d'adhésion de l'Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie. La Commission européenne va devoir exprimer un avis sur chacune de ces demandes. Et bonne chance, car les États membres ne sont pas d’accord. La France estime que l'adhésion de l’Ukraine prendra entre dix à quinze ans. Emmanuel Macron a déclaré à Berlin qu’il faudrait des “décennies” pour rejoindre l’Union européenne et qu’en attendant l’Ukraine pourrait faire partie d’une “communauté politique européenne”.

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L'Allemagne, par la voix de son chancelier Olaf Scholz, n’est pas favorable à l'octroi à l’Ukraine d’un “raccourci” en vue d’une adhésion à l’UE. L'Italie, de son côté, recherche une version intermédiaire entre ces visions occidentales. Enrico Letta, le secrétaire du parti démocrate italien (centre-gauche, au pouvoir) estime qu’il faut que l’UE accueille l’Ukraine, et cela dès les premiers jours de la fin de la guerre. Il veut créer une “confédération européenne de 36 pays”.

Neuf pays favorables à une intégration rapide

Visiblement, neuf pays d'Europe centrale ne sont pas du tout du même avis. Il s’agit de la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la République tchèque et la Roumanie. Ces pays souhaitent de toutes leurs forces que l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie soient immédiatement candidates à l’UE et non à la "communauté politique européenne", car il y a un grand danger à cause de la Russie. Cette version a été défendue très clairement le 10 mai par le président lituanien Gitanas Nauseda, qui a fortement critiqué l’idée d’Emmanuel Macron. Il estime que cette communauté “reflète un manque de volonté d'intégration rapide de l'Ukraine dans l’UE”. Et le Lituanien poursuit : "J’ai l’impression qu’il s’agit d’une tentative de dissimuler un manque évident de volonté pour prendre des décisions définitives sur l'octroi du statut de candidat. Je pense qu’avant de faire de telles propositions, on devrait demander son avis à l’Ukraine".

Les pays d'Europe centrale sont clairement opposés aux pays d’Europe occidentale. Et l'Ukraine est bien-sûr derrière le groupe des neuf. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien Dmytro Kouleba dénonce “un traitement de seconde zone” dans l'adhésion à l’UE. Les neuf rappellent l'existence de l’article 42, paragraphe 7 du Traité sur l’UE : “Les États membres de l’UE doivent aider un pays membre si celui-ci est victime d’une agression armée sur son territoire”. Donc pour les neuf, il faut, vite, donner le statut de candidat pour protéger l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie.

Pour les Occidentaux, la guerre ne doit pas faire oublier la pauvreté et la corruption des pays candidats. L’est et l’ouest de l’Europe ne peuvent-ils pas se parler ? Pour l’Ukraine, de toute façon, il n’est pas question d'abandonner le chemin de l’Europe. Comme le dit Volodymyr Zelensky en signant sa lettre de demande d'adhésion le 18 avril : “Notre peuple est, en son for intérieur, déjà mentalement en Europe et depuis longtemps”.

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La Moldavie compte sur l’appui de la France

Le 1er juin, la République tchèque - l’un des neuf - prendra la place de la France, à la présidence du Conseil de l’UE. L’adhésion de l’Ukraine, la Moldavie, et la Géorgie sera l’une des priorités de cette présidence pendant six mois. D’ailleurs, les Tchèques ont déjà ouvert le dossier. Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavsky, a reçu à Prague son homologue moldave Nicolae Popescu. Et il a été très clair : “La République tchèque soutient la Moldavie pour rejoindre l’Union européenne”.

Cette candidature moldave date du 3 mars, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Nicolae Popescu explique que ”la Moldavie a rempli le dossier de candidature de l’UE et attend une réponse de la Commission européenne au cours du mois de juin”. Et pour cette adhésion, la Moldavie compte sur l’aide de... la France. La présidente de la république, Maia Sandu, en visite à Paris en mai, a rappelé que : “La Moldavie est un pays qui a une histoire européenne et qui aura sans aucun doute un avenir européen”.

D’un côté, l’Europe défend la Moldavie, de l’autre elle doit se défendre des actes de la Russie. En Moldavie même et aussi en Transnistrie - une région russophone, dans l’Est du pays de l’autre côté du fleuve Dniestr, qui s'est séparée de la Moldavie en 1991 après une guerre, une “république" pro-russe et séparatiste. L’ancien président moldave Igor Dodon (2016-2020) pro-russe, russophone, proche de Vladimir Poutine, a été assigné à résidence pour un mois le 26 mai. Il est soupçonné de trahison d'Etat et corruption. Tout comme Viktor Medvedtchouk, homme politique, pro-russe, très proche de Vladimir Poutine (le président russe est le parrain de Daryna, la fille de Medvedtchouk). Il a aussi été assigné à résidence à Kiev, puis arrêté et emprisonné.

La Géorgie a fait sa demande d’adhésion à l’UE le même jour que la Moldavie. Pour le Premier ministre géorgien, Irakli Garibachvili, “L’UE est un objectif stratégique” qui doit aider la Moldavie et la Géorgie à se défendre. La république séparatiste de Géorgie, l’Ossétie du sud, a “décidé” d'organiser le 17 juillet, un référendum pour “rejoindre” la Russie. L’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie attendent de l’Europe qu’elle soit une sécurité face aux dangers des hommes politiques pro-russes, qui sont souvent payés par la Russie pour faire basculer leurs pays dans le chaos.