L'Europe sociale en marche à Porto

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L'Europe sociale en marche à Porto

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Le sommet de Göteborg, en 2017, avait produit un ambitieux « socle européen des droits sociaux », qu'il s'agit désormais de traduire en actes.
Le sommet de Göteborg, en 2017, avait produit un ambitieux « socle européen des droits sociaux », qu'il s'agit désormais de traduire en actes.
© AFP - LUDOVIC MARIN

Entretien. Emploi, formation ou lutte contre la pauvreté sont au menu de la rencontre au Portugal des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne. Après la pandémie de Covid-19, et dans le cadre de la reconstruction de leurs économies, les Européens focalisent désormais davantage sur l'humain.

À partir de ce vendredi, les dirigeants de l'Union européenne sont réunis à Porto, au Portugal, pour approfondir le virage social amorcé à Göteborg en 2017. Pour les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Sept, il s'agit de réconcilier les citoyens avec le projet européen.

Au-delà des déclarations d'intention, il s'agit désormais, dans une Europe en proie aux dégâts économiques et sociaux de la pandémie, de mettre en œuvre le plan d'action de la Commission présenté début mars.

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Éric Maurice, responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schumann, en détaille les enjeux.

À quels enjeux l’Europe sociale est-elle confrontée ? 

L’ambition du sommet est d'avancer dans la mise en œuvre de ce qui avait été décidé par les 27 lors du précédent sommet social, celui de Göteborg, en Suède, en 2017. Les pays membres de l’UE avait alors adopté le " Socle européen des droits sociaux",  qui fixait un cadre et des objectifs en matière sociale.

Ce sommet s’inscrit par ailleurs dans une période dominée par deux grands sujets principaux. L'un est la crise actuelle du Covid avec les risques d'inégalités qui se sont accrus : le problème du chômage et celui de la formation professionnelle, car il faut remettre à l'emploi beaucoup de gens qui ont été précarisés ou qui ont perdu leur travail pendant la pandémie. Le deuxième grand sujet, c’est l'égalité des chances ; égalité homme-femme, égalité salariale… Les chefs d'État et de gouvernement vont en discuter pour essayer de faire des propositions concrètes. Mais avancer sur ces questions dépendra néanmoins en grande partie de la bonne volonté politique des États membres.

Pourquoi ?
Parce que les questions sociales ne sont pas une compétence exclusive de la Commission. Elles relèvent d'une compétence "partagée" avec les États membres : chacun à son niveau est amené à légiférer sur ces questions. On donne donc simplement une direction.

Mais cela peut aboutir à des dispositions législatives concrètes, dont sont sorties de grandes mesures comme la Directive sur le temps de travail, la législation sur l’harmonisation des congés parentaux et puis aussi la Directive sur les travailleurs détachés, dont on a beaucoup parlé en France en 2018. Une directive qui vise à garantir à travail égal un salaire égal. L’idée était alors de lutter contre le dumping social mais aussi de favoriser la progression des salaires et des conditions sociales au sein de l'Union en particulier dans les pays d'Europe centrale et orientale où les conditions salariales sont très inférieures à celles des pays d'Europe occidentale.

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Pour sortir de la crise actuelle du Covid-19 et reconstruire leurs économies, les 27 misent beaucoup sur les transitions écologique et numérique, qu’il faudra accompagner socialement...

Oui, et d’ailleurs cet accompagnement social fait partie déjà du " Pacte vert" présenté par la Commission européenne, notamment à travers le Fonds de transition juste. On sait très bien que la fermeture des mines de charbon en Pologne mais aussi ailleurs, en Roumanie, Bulgarie, Slovaquie et même en Allemagne, doit s’accompagner d’aides. On veut atteindre l’objectif européen de la neutralité carbone en 2050, mais si on ferme ces mines, il faut éviter une casse sociale comme celle que l'on a connue à la fin de la sidérurgie.

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Pour l’éviter, ce fonds de transition juste va permettre de financer les reconversions à la fois des territoires et des travailleurs vers entre autres l’économie verte. Mais précisons que c’est un fonds qui s’ajoute aux politiques régionales déjà en place et auquel s’ajoutera l’argent des plans de relance et de résilience qui sont actuellement rédigés par les États membres (750 milliards d'euros). Cette transition est l’un des enjeux économique et social des prochaines années dans l'Union européenne.  

On se dirige aussi vers un salaire minimum en Europe ? 

Il y a une proposition en ce sens mais précisons qu’il n'est absolument pas question d'avoir le même salaire à travers l'Union européenne, parce que les conditions économiques et sociales sont très différentes. Il faut donc trouver des critères communs qui permettraient d'avoir un salaire minimum dans tous les États membres, mais adapté aux conditions locales. Voilà tout l'enjeu de cette négociation, qui est difficile car il y a des résistances. Par exemple, du côté des états scandinaves, la Suède, en particulier, est très réticente. Non pas parce qu’elle y est opposée mais simplement parce les syndicats suédois sont déjà très impliqués dans le dialogue social et dans la définition du salaire minimum. Stockholm ne veut donc pas qu'il y ait une sorte de cadre européen qui s'impose. L'exemple du salaire minimum illustre le fait qu'il y a une articulation parfois un peu complexe entre ce qui peut venir des institutions européennes et ce qui peut se faire au niveau des États membres lorsqu'on parle de politique sociale.