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L'exception culturelle française momentanément préservée

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Dans la nuit de vendredi à samedi, la France a gagné son bras de fer européen sur l'exception culturelle. Mais cet accord en vue de négociations commerciales avec les Etats-Unis reste provisoire. Le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht l'a souligné dimanche, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a lui-même eu des propos équivoques.

France Etats-Unis
France Etats-Unis
© Fotolia - NLshop

Après plus de 12 heures de négociations et sous la pression de la France, les 27 ministres du Commerce européens réunis à Luxembourg ont exclu dans la nuit de vendredi à samedi le cinéma, la télévision, l'Internet et des contenus numériques d'un mandat de négociation commerciale avec les États-Unis. La Grande-Bretagne et certains pays nordiques s'y opposaient.

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En vue, le plus important accord de libre échange entre l'UE et les USA (TTIP), dont les premières négociations auront lieu à Washington le mois prochain.

Aurélie Filippetti a très vite réagi sur son compte Twitter.

La ministre de la Culture précise que cette « victoire », soutenue par François Hollande et à l'unanimité par l'Assemblée est « européenne », car « si la Commission européenne souhaitait ouvrir certains champs de négociation dans le cadre de libre échange, elle devrait soumettre chacune de ses initiatives à l'accord unanime des États membres ». Aurélie Filipetti :

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La représentante française lors de ces négociations, Nicole Bricq, a elle refusé à parler de victoire. Ecoutez la ministre du Commerce extérieur dans cet extrait de Soft Power, de Frédéric Martel, avec le journaliste Emmanuel Paquette :

Frédéric Martel interroge Emmanuel Paquette au sujet la défense de l'exception culturelle dans Soft Power

6 min

Une isssue incertaine
Le respect à tout prix de l'exception culturelle était soutenue par le Parlement européen, les ministres de la Culture d'une dizaine de pays, et nombre d'artistes prestigieux, européens comme américains, de Costa-Gavras à Steven Spielberg, en passant par U2.

« La France ira jusqu’à utiliser son droit de veto politique, c’est notre identité, c’est notre combat » , avait affirmé mercredi à l'Assemblée Jean-Marc Ayrault. Mais vendredi après-midi encore Xavier Martinet racontait dans son Journal de la culture à quel point l'issue de ces tractations était incertaine :

Journal de la culture

7 min

Un communiqué du ministère a donc d'autant célébré cette « victoire pour la culture ». Avant une convocation des journalistes ce lundi rue de Valois pour se réjouir, en compagnie d'artistes et de professionnels de la culture qui se sont engagés pour défendre la diversité culturelle Européenne. Et les organismes et organisations professionnelles ont multiplié les réactions :

Écoutez Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem :

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Une bataille gagnée mais pas la guerre
Problème. Tout aussi vite, les nuances et les critiques ont surgi, et parfois bien inattendues. Du côté des adversaires politiques du gouvernement d'abord, bien sûr.

« Il ne faut pas crier victoire trop vite (...) Il y a comme un goût d'inachevé ce matin » précise l'eurodéputée UMP Rachida Dati . Et d'ajouter : « s'il a été accepté, c'est qu'il permet à la Commission européenne et à l'immense majorité des Etats qui ne souhaitent pas l'exclusion du secteur audiovisuel de gagner du temps ». Pour le vice-président du Front national, Florian Philippot : « Contrairement à ce que claironne le gouvernement dans un grossier exercice de communication, la France n'a remporté aucune victoire concernant le Traité transatlantique. D'abord parce qu'aucune garantie n'assure la France d'une exclusion définitive de l'audiovisuel du mandat de négociation. Ensuite parce qu'éviter provisoirement un coup dur pour en préparer d'autres, notamment dans l'industrie et l'agriculture, relève de la plus absurde politique ».

Washington, forcément, avait exprimé son irritation face aux réticences européennes. Et dès jeudi, un responsable du commerce extérieur confiait à l'AFP sous couvert d'anonymat qu'il n'était pas « bienvenu » d'exclure l'audiovisuel « avant même que les discussions aient commencé ».

Avec une France "réactionnaire" selon José Manuel Barroso ?

José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, le 12 juin 2013, à Strasbourg
José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, le 12 juin 2013, à Strasbourg
© Reuters - Vincent Kessler

Mais la surprise est venue du président de la Commission européenne en personne qui a provoqué un tollé.

Dans un entretien à l'International Herald Tribune, José Manuel Barroso a estimé que « Cela fait partie de ce programme anti-mondialisation que je considère comme totalement réactionnaire ».

Qualificatif sitôt accolé à la France, même si un porte-parole de la Commission, Olivier Bailly, a vite affirmé que cette remarque ne visait pas la France mais « ceux qui en parallèle ont lancé des attaques personnelles contre le président (Barroso), souvent violentes et injustifiées contre la Commission ».

Les précisions de Bruxelles de Quentin Dickinson :

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Il n'empêche, ces propos sont rapidement remontés à François Hollande. Le président de la République qui a déclaré : « Je ne veux pas croire que le président de la Commission européenne ait pu tenir des propos sur la France qui seraient ainsi formulés, pas même sur les artistes qui se seraient exprimés ». Avant de s'expliquer avec José Manuel Barroso lundi soir. « Je lui ai dit que ses déclarations avaient suscité, comment dire, un certain émoi, une certaine surprise », a confié le chef de l'Etat à des journalistes en marge du G8, en Irlande du Nord. Moins diplomate, Aurélie Filippetti a ouvertement critiqué « ceux qui ont traité la France de réactionnaire » :

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Et de souligner : « Notre position, elle n'est pas défensive, elle n'est pas conservatrice et encore moins réactionnaire, c'est une position résolument moderne. Nous allons continuer notre mobilisation, il ne faut pas baisser la garde ». Quand, **à l'Assemblée ** aussi les députés ne se privaient pas de commenter les mots de M. Barroso. Reportage de Julien Lagache :

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Avec AFP
Les propos de Monsieur Barroso sur ceux qui défendent l’exception culturelle sont inadmissibles !

Communiqué de Rachida Dati de ce lundi.

Aurélie Filippetti à la veille de la négociation sur France Inter

Jeudi dernier, en entretien avec Pascale Clarck.

« On ne négocie pas l’exception culturelle avec les Américains ». Libération

Interview mercredi dernier de la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq. Par Catherine Maussion.