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L'expansion territoriale de l'"Etat islamique" en Syrie et en Irak

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Carte. Comment expliquer ce succès militaire et politique, et l'institution d'un proto-Etat, à cheval entre la Syrie et l'Irak ?

Juin 2014 : le groupe jihadiste "Etat islamique en Irak et au Levant" fait flotter son drapeau dans les rues de Falloujah, de Raqqa, et à la frontière turque.Juin 2015 : le territoire maîtrisé par l'"Etat islamique" s'étend sur 300 000 km2, incluant le contrôle d'axes routiers stratégiques, de raffineries pétrolières majeures, de villes symboles comme Palmyre ou Ramadi, et de vastes zones désertiques.

*Actionnez le curseur de gauche à droite pour comparer l'expansion territoriale de l'"Etat islamique" en Syrie et en Irak entre le 1er juin 2014 et le 29 juin 2015 (Fond de carte : Atelier de cartographie de SciencesPo) : *

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1- Combler un vide politique L'"Etat islamique" profite de l’absence d’alternative politique crédible pour la population, se sert du chaos pour asseoir son autorité dans des zones délaissées par les pouvoirs publics. L’occupation militaire américaine en Irak et la répression du printemps arabe de 2011 en Syrie ont fini par aboutir au même résultat : le délitement des Etats. Depuis 2003 en Irak, la situation ne fait que pourrir : Myriam Benraad détaille la situation irakienne, terreau de l’”Etat islamique”, dans Les Matins. Corruption du système politique, incompétence du système de sécurité, marginalisation des sunnites, réactivation des milices chiites, encouragées par Nouri al-Maliki et l’Iran... Le délitement du régime de Bachar Al-Assad a des conséquences similaires en Syrie : un chaos dont profite l'"Etat islamique" pour asseoir son autorité politique.

*2- L'efficacité militaire * L'"Etat islamique" apparaît certes comme une avant-garde capable de bouter l'armée irakienne hors d'un certain nombre de villes et territoires, armé par un nombre conséquent d'armes, mais la clé de son succès est davantage de l'ordre d'une politique militaire : il ne s'impose pas à la population locale comme une force d'occupation étrangère. Sa stratégie repose sur la restitution du pouvoir local aux acteurs locaux. Le chercheur Pierre-Jean Luizard détaille dans son ouvrage "Le piège Daech" (2015, La Découverte) ce processus efficace d'implantation dans les villes de Falloujah, Mossoul ou Tikrit.

*3- L'ancrage administratif * Une partie du succès de l'"Etat islamique" tient ainsi à sa stratégie politique, que le chercheur Peter Harling résume par la notion de "consolidation". L'"Etat islamique" ambitionne moins de "conquérir le monde", contrairement à ce que suggèrent ses propagandistes et ses détracteurs, que de "s’ancrer solidement dans les espaces qu’il occupe". Dans des villes comme Raqqa en Syrie par exemple, l’"Etat Islamique" collecte des impôts (ce qui constitue sa principale source de revenus, cf. graphique ci-dessous), construit des infrastructures, met en place une police de la circulation, distribue des cartes d'identité (écoutez le témoignage recueilli par Omar Ouahmane, correspondant de Radio France à Beyrouth : " Comment enrayer et contrecarrer la progression de Daech"), frappe même sa monnaie, tout en imposant des codes sociaux stricts dictés par la charia , sous la menace de sévères sanctions pour les comportements déviants, dont l’exécution publique.

**4- ... Mais de récents revers ** Kobane, Tal Abyyad et Aïn Issa (à 50km au nord de Raqqa) mi juin, sont les principales défaites de l'"Etat islamique", tenu à distance par les milices kurdes soutenues par les raids aériens de la coalition internationale. Depuis la perte le 16 juin de Tall Abyad, qu'ils détenaient depuis plus d'un an, les jihadistes semblent sur la défensive. Cette localité leur était cruciale car elle leur permettait d'acheminer, à partir ou en direction de la Turquie, des armes et des combattants, ainsi que d'exporter en contrebande du pétrole. Ces quelques revers en Syrie et en Irak sont cependant à relativiser en regard de l'ambition internationale, globalisée, de l'"Etat islamique". Une influence régionale analysée dans la seconde partie de ce dossier : L'influence régionale de l'"Etat islamique", ou le rêve du califat perdu. **Chronologie des principales avancées militaires ** **2014 ** - 6 mars : prise de Raqqa, en Syrie - 10 juin : prise de Moussoul, 2e ville d'Irak - 29 juin : proclamation du "califat" - 30 juin : prise de Tikrit prise de Sinjar en Syrie - 3 août : persécution des Yézidis - 8 août : formation d'une coalition internationale (23 septembre : premières frappes aériennes) 2015 - 27 janvier : reprise de Kobané par les milices kurdes - 15 février : massacre de Coptes égyptiens en Libye - 25 février : saccage du musée de Mossoul - 17 avril : reprise de Tikrit par des milices chiites - 17 mai : prise de Ramadi en Irak - 20 mai : prise de Palmyre en Syrie - 16 juin : reprise de Tal Abbyad et de Aïn Issa par les milices kurdes > A Ecouter - une sélection des émissions de France Culture consacrées à l'expansion territoriale de l'"Etat islamique" : - Cultures Monde : "Briser la ligne Sykes-Picot", émission du 8 avril 2015 :

Le retour de la "question d'Orient" (3/4) - "Briser la frontière Sykes-Picot" ou la revanche de

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  • Affaires étrangères : "Syrie, l'échiquier sanglant", émission du 7 mars 2015 :

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