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L’hébergement d’urgence en Ile de France : le cercle vicieux

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C'est une spirale infernale humaine et financière dont l'Etat essaye de sortir. L'hébergement d'urgence des familles sans abris se fait en grande partie aujourd'hui... à l'hôtel !

Des dizaines de milliers de personnes dorment ainsi dans le parc hôtelier francilien. Un système qui coûte cher – plus de 200 millions € par an -, qui alimente d'ailleurs une filière économique, et qui pèse sur la vie de ces personnes en grande fragilité. Un véritable engrenage .

Ce système a dérivé au fil des décennies, amorcé à la fin des années 90. Au départ il y a ce principe : aucun enfant ne doit dormir à la rue. Et un constat : les centres d'hébergements classiques ne sont pas faits pour accueillir des familles entières. Alors, la solution de l'hôtel est trouvée. Comme ces deux femmes qui ont fait appel au Samu Social de Paris, le 115. La première a fui la Guinée-Conakry après une excision, elle est mère de jumeaux âgés de deux ans :

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Je suis à l’hôtel depuis juillet 2011. Je suis restée longtemps dans une chambre où il y avait de l’humidité et pas d’eau chaude. Je n’ai personne, pas de famille en France. C’est dur.

La seconde, Algérienne, est venue en France pour faire soigner son fils handicapé, et s’est vite retrouvée sans papier et sans domicile :

*J’étais dans la rue et je savais pas où aller alors j’ai demandé au 115 et j’oublierai jamais ce qu'il a fait pour moi. J’avais pas d’autres moyens. Je veux le bien de mon fils bien sûr. C’est pour lui que j’ai tout sacrifié pour qu’il s’améliore et qu’il aille bien. J’ai pas les moyens de sortir de l’hôtel. Si je travaille pas comment je peux payer un loyer ? Je suis à la disposition de mon fils handicapé. En plus on peut pas trouver de travail sans être régularisé. *

Comment est-on passé de quelques centaines de personnes hébergées à l'hôtel à plus de 35.000 aujourd'hui ?
Il faut savoir qu'une bonne partie de ces familles sont étrangères, et dans une situation administrative extrêmement compliquée. Résultat : la solution d'urgence à l'hôtel s'éternise, parfois des années. Un véritable cercle vicieux, analyse Erwan Le Méner sociologue à l'Observatoire du Samu Social de Paris :

C’est un système qui épuise. Il y a une déstabilisation des familles obligées d'aller subitement d'une commune à l'autre, qui peut impliquer de perdre un boulot, de devoir changer le gamin d'école. L’organisation de la vie en hôtel ralentit l’obtention des papiers, d’un *boulot et derrière d’un toit à soi. Il y a une culpabilité très forte des parents, de devoir faire vivre leur enfant pendant des années à l'hôtel. Une vie qui a des conséquences d'autant plus grave pour les enfants qu’elle dure longtemps et se traduit par des déménagements successifs. C'est exactement les conditions qu'on a développées depuis 15 ans en France. *

Pour sortir de cet engrenage, au coût social important, de cet hébergement d’urgence en hôtel que la directrice du Samu Social appelle même une "drogue dure", l'Etat a lancé en mars 2015 un plan d'action.

Il s'appuie notamment sur le parc privé : ce sont des locations solidaires où les loyers sont garantis grâce au suivi d'associations.

Mais en attendant qu'il porte ses fruits le nombre de nuitées hôtelières continue d'augmenter, un peu moins vite tout de même.

Sylvain Mathieu est *délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement * :

*L’augmentation du nombre de nuitées a été très rapide. En 2010, vous aviez environ 15000 nuitées, chaque nuit était offerte. On s’est retrouvé en 2014 à 35.000. On voit bien qu’il y a eu un phénomène massif. L’hébergement c’est la dernière roue du carrosse. * *Ça touche aux problèmes économiques, aux problèmes de construction de logements, de capacité de la France à absorber un certain nombre de personnes. C’est vraiment l’hébergement qui est à la fin du processus et va récolter en fait toutes les difficultés d’autres politiques mises en place. *

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