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L'histoire du jeu vidéo en cinq consoles à la BNF

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D'anciennes consoles de jeux, dont l'Odyssey, de la collection Charles Cros.
D'anciennes consoles de jeux, dont l'Odyssey, de la collection Charles Cros.
- Capture d'écran de la vidéo "Des jeux vidéo à la BnF !"

Le jeu vidéo est un bien culturel. Il est d'ailleurs conservé, au même titre que les livres, à la Bibliothèque nationale de France. Dans sa collection Charles Cros, la BNF abrite des consoles parfois méconnues. Petit tour de vitrine, avec cinq consoles qui ont marqué le jeu vidéo.

Contemplez le Résonateur dynharmonique Thomson, passez la collection de phonographes de luxe et le ronéophone, et tournez à droite. Vous voilà face aux anciennes consoles de jeux vidéo, conservées dans la collection Charles Cros de la Bibliothèque nationale de France (BNF). Dans cette réserve, les divers appareils de lecture et d’enregistrements du département de l’audiovisuel sont précieusement conservés : les premiers modèles ont été récupérés dès 1911, lorsque le linguiste Ferdinand Brunot a fondé les Archives de la parole et entamé la constitution d’un atlas sonore des langues de France.

Les phonographes de la collection Charles Cros.
Les phonographes de la collection Charles Cros.
© Radio France - Pierre Ropert

Il ne voulait pas forcément constituer un musée, rappelle Xavier Loyant, conservateur au département de l’audiovisuel de la BNF. Au fil du temps une collection s’est créée, qui a d’abord été aménagée dans une salle rétrospective à la phonothèque nationale, puis dans un musée du phonographe. Quand il a été question d’installer cette collection dans un musée, on lui a donné le nom de Charles Cros en hommage à ce poète français qui avait décrit un appareil, un procédé d’enregistrement des sons.

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Parmi ces instruments d'enregistrement, les consoles de jeux ont naturellement trouvé leur place, et la BNF souhaite les faire connaître : présente pour la première fois cette année au salon de jeu vidéo "Paris Games Week", elle compte faire gagner des places pour des visites de la collection Charles Cros.

>>> Ecouter aussi à ce sujet le Choix de la rédaction : La BNF dans un salon de jeux vidéo, Mario Kart conservé comme un manuscrit de Proust

La BNF possède en réalité deux collections de consoles : certaines sont accessibles aux visiteurs, dans le cadre de leurs recherches, et les autres sont précieusement conservées dans la réserve Charles Cros.

“Lorsque les objets montent dans la collection, ils sont en quelque sorte sanctuarisés, patrimonialisés. On essaye de ne plus y toucher et de les conserver dans les meilleures conditions possibles et, entre guillemets, pour l’éternité.”

Pour compléter une collection qui a été commencé tardivement - le dépôt légal des jeux vidéo ne datant que du début des années 1990 -, la collection Charles Cros acquiert les pièces manquantes grâce à des dons ou par le biais de ventes aux enchères. Il s'agit de "faire les acquisitions rétrospectivement pour avoir les collections complètes. On achète les consoles car les éditeurs ne les fournissent pas". Si les prix restent raisonnables (50 à 350 euros en moyenne), ils peuvent aussi rapidement s'envoler, dès lors qu'on a à faire à un objet de collection. D'où l'intérêt de préserver autant que possible le matériel déjà acquis : dans la tour où il est conservé, l'hygrométrie et la température (50 % et 20 degrés) sont identiques à ceux des livres, mais les consoles ne sont pas sans poser des problèmes particuliers : "Sur le matériel électronique, nous n'avons pas encore de véritable recul. Il y a beaucoup de plastiques à l’intérieur, des plastiques extrêmement différents les uns des autres, donc qui peuvent se dégrader à différentes vitesses. [...] Nous ne pouvons que retarder ou comprendre ces phénomènes mais sans forcément pouvoir les empêcher, à très long terme".

Au total, plus de 1400 appareils sont conservés là, et les consoles de jeux font figure de petit dernier. Dans les vitrines, on reconnaît d'ailleurs sans peine des grands classiques du jeu vidéo, à l’image de la Playstation ou d’un Gameboy, mais aussi des objets plus étonnants, qui offrent l’occasion de retracer les premiers instants de l’histoire des consoles vidéo-ludiques.

L’Odyssey (1972)

La console Odyssey, dans la collection Charles Cros de la BNF
La console Odyssey, dans la collection Charles Cros de la BNF
© Radio France - Pierre Ropert

L’Odyssey, commercialisée par Magnavox en 1972, est un peu le fleuron de la collection, et le chaînon manquant entre les jeux de société et les jeux vidéo : “C’est la première console de jeu créée pour être jouée dans le cadre du cercle de famille, c’est une console de salon, quand jusque-là, on allait dans les salles d’arcades, des lieux publics, pour jouer aux jeux vidéo”, précise Xavier Loyant.

Dans la vitrine, on distingue effectivement des accessoires qui tiennent plus du jeu de société que du jeu vidéo : un plateau de jeu, des cartes à jouer, un carton pour compter le score, des jetons et des voitures de différentes couleurs pour positionner les joueurs. Mais à côté, les manettes, presque cubiques et dotées de trois potentiomètres pour permettre aux joueurs de se déplacer selon un axe vertical et un axe horizontal, ainsi que les ancêtres des cartouches de jeux, évoquent quant à elles le jeu vidéo.

Pour jouer, il fallait positionner un film plastique sur l’écran de la télévision, maintenu grâce à l’électricité statique et qui évoquait le décor. A charge pour les premiers “gamers” d’imaginer que le point lumineux se déplaçant à l’écran est un skieur sur une pente, un ballon de volley-ball ou une voiture de course.

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La TV-003 (1977)

La console TV-003
La console TV-003
- Pierre Ropert

Comme l’Odyssey, la TV-003 fonctionne “sur le principe du point lumineux qui traverse l’écran, comme Pong”, raconte Xavier Loyant. Ce modèle, très rare, est nettement plus orienté design et, avec sa couleur jaune vif et ses formes arrondies, la console n’aurait pas dépareillé dans un intérieur psychédélique des années 70.

On voit bien les manettes, qui sont en fait de simples modulateurs pour faire descendre ou monter les barres latérales, ici pour jouer au tennis, au squash, au hockey, ou bien s’entraîner en solo. Les jeux étaient tous intégrés à la console.

L'Atari VCS 2600 (1977)

L'Atari VCS 2600, une des premières consoles avec la plus longue longévité.
L'Atari VCS 2600, une des premières consoles avec la plus longue longévité.
- Galica.bnf.fr / BNF

Figure emblématique de la console de jeux, l'Atari a marqué un tournant dans le monde vidéoludique. Sortie en 1977 (1981 en France) et écoulée à plus de 15 millions d'exemplaires, c'est la première console de jeux à cartouches. "'Avec cette technologie, Atari cherche à se relancer, alors que Pong a été complètement plagié, et réutilisé par tous les fabricants. [...] La console permet plus de fonctionnalités, plus de modèles de jeux différents et Atari laisse les éditeurs tiers produire des jeux. Ils sont sous licence et l'éditeur se protège ainsi du plagiat qu'il a pu connaître avec Pong." Le catalogue de la console atteint ainsi rapidement le nombre de 900 titres. Parmi ces derniers, deux d'entre eux, que possède la BNF, sont mythiques : Space Invaders, en 1980, fit le succès de la console, mais en 1982, le jeu vidéo E.T. the Extra-Terrestrial fut un tel échec commercial que l'éditeur décida d'enfouir les cartouches du jeu dans une décharge du Nouveau-Mexique. L'opération fut longtemps considérée comme une légende urbaine, jusqu'à ce que, en avril 2014, l'excavation révèle 728 000 cartouches de jeux enterrées dans la décharge.

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La MB Vectrex (1982)

La console de jeu Vectrex.
La console de jeu Vectrex.
- Galica.bnf.fr / BNF

Comme l'Odyssey 10 ans plus tôt, la Vectrex, sortie en 1982, utilise des filtres colorés pour simuler la couleur sur l'écran. "On change de technologie graphique, explique à ce sujet Xavier Loyant. La Vectrex utilise le graphisme vectoriel, il n'y a plus de pixels mais une image plus linéaire, donc plus fluide. La contrepartie, c'est que l'écran est monochrome".

La Vectrex est la première (et l'unique) console de salon avec un écran intégré, un argument de vente idéal, puisqu'elle ne se branchait pas sur le téléviseur du salon.

Le micro-ordinateur TO7-70 (1984)

Le micro-ordinateur TO7, à gauche, était équipé d'un stylo optique.
Le micro-ordinateur TO7, à gauche, était équipé d'un stylo optique.
© Radio France - Pierre Ropert

Enfin, aux côtés des consoles, on retrouve les ordinateurs, également utilisés à des fins ludiques. Face à une vitrine consacrée aux technologies signées Apple, on découvre ainsi une série de micro-ordinateurs, dont le TO7-70. “Il est emblématique du plan “Informatique pour tous” qui avait été décidé en 85 pour équiper les écoles françaises en ordinateurs”, rappelle Xavier Loyant. A une époque où les ordinateurs étaient encore peu présents dans les foyers, cette opération a permis à beaucoup d’élèves de découvrir pour la première fois l’informatique.

Produit par Thomson en 1984, ce micro-ordinateur était équipé d’un stylo optique, alors concurrent de la souris, qui devait permettre aux élèves de pointer directement sur l’écran les bonnes réponses à des exercices (pointer une ville sur une carte par exemple). Quelques jeux vidéo étaient également disponibles. Il est d'ailleurs possible d'y jouer à la BNF, même si on ne peut pas utiliser directement le TO7 : “En salle de lecture, nos utilisateurs voient uniquement l’écran, pas le matériel, explique Xavier Loyant. Tous les logiciels pour TO7, nous les communiquons via un émulateur [des logiciels qui permettent de simuler consoles et anciens ordinateurs sur des modèles récents, ndlr]. Si un chercheur a besoin de voir ce qu’était le stylo optique, on l’a dans la collection Charles Cros.”