L'histoire oubliée de "la mère du hip-hop"- #CulturePrime

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L'histoire oubliée de "la mère du hip-hop", Cindy Campbell

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C'est l'histoire d'une nuit qui transforme à jamais la musique. Le 11 août 1973, une fête est organisée dans le Bronx. C'est une adolescente qui l'organise, Cindy Campbell. Elle vient de donner naissance au hip-hop. Sylvain Bertot, auteur spécialiste du hip-hop nous raconte cette soirée.

Son nom est peu connu du grand public, pourtant elle a eu une influence considérable sur la musique qu'on écoute aujourd'hui. Elle s'appelle Cindy Campbell et elle était adolescente dans le Bronx des années 1970.

Sylvain Bertot : “Le 11 août 1973, va se monter une soirée qui est considérée dans l’historiographie, dans la mythologie du rap et du hip-hop comme la première soirée, la soirée fondatrice du hip-hop.”

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Nous sommes à New York à l’été 1973. Le disco triomphe dans tous les clubs huppés et branchés. Mais dans le Bronx, des adolescents sont sur le point d’organiser une soirée d’un genre inédit. Un frère et une sœur, Clive et Cindy Campbell.

Sylvain Bertot : “C’est une famille qui est basée à New York, mais d’origine jamaïcaine, des gens de milieu très modeste. Le fils est DJ, il est très jeune, à cette époque il a 16 ans. Ce sont des gens qui écoutent de tout, du funk principalement, soul, rock, reggae et musique jamaïcaine. "

Pour fêter la fin des vacances, Cindy prépare une soirée pour les habitants du quartier. Elle demande à son frère Clive, alias DK Kool Herc, d’être aux platines. Elle espère gagner un peu d’argent de poche pour s’acheter des vêtements.

Sylvain Bertot : “C’est vraiment elle qui a lancé l’initiative avec l’aide de son frère et de ses parents qui servaient les boissons et à manger. L’entrée, c’était 50 cents pour les garçons et 25 cents pour les filles, des prix imbattables. C’est assez nouveau, il y a un côté un peu plus démocratique, à cette époque-là, on passe beaucoup de musique mais on passe de la musique dans des clubs, des discothèques. L’entrée y est relativement chère, tout le monde ne peut donc pas y aller."

Pour diffuser la musique, les Campbell ont une idée de génie, utiliser un sound-system.

Sylvain Bertot : “Le sound-system, c’est un peu la discothèque du pauvre. C’est un modèle qui vient de Jamaïque justement. C’est quelque chose qui existait déjà beaucoup à Kingston, où on passait de la musique dans la rue, où il y avait « les toasters » qui parlaient par-dessus la musique ou les DJs eux-mêmes."

Un DJ d'un genre nouveau

Ce soir-là, c’est surtout DJ Kool Herc qui attire l’attention. Au lieu de passer les vinyles normalement, il isole les percussions et joue avec les tempos.

Sylvain Bertot : “Ce qui va beaucoup intéresser DJ Kool Herc, ce sont surtout les parties rythmiques de tous ces morceaux-là, indépendamment du genre d’appartenance, il va mettre l’accent en sa qualité de Dj, sur les parties rythmiques qu’il va faire tourner, répéter, pour inciter encore plus les gens à la danse. C’est le premier DJ qui a popularisé les techniques de manipulation des vinyles qui vont fonder la culture hip-hop."

DJ Kool Herc vient d’inventer le breakbeat, qui est à la base de la musique hip-hop. Après le succès de cette soirée, Cindy va organiser d’autres block-parties.

Sylvain Bertot : “Il y a tout un mythe qui s’est créé autour de cette soirée. Le public de l’époque, ce sont beaucoup de gens qui vont devenir plus tard des grands activistes de la scène hip-hop. Ce sont des gens du Bronx, des entourages, des gens de leur école, qu’ils connaissent. Il se dit, même si on n’a rien qui le démontre, que les deux autres grands DJs fondateurs du hip-hop étaient présents, Grandmaster Flash et Afrika Bambaataa et Grandmaster Caz qui est également un des premiers grands rappeurs."

Une nouvelle génération prend la relève

DJ Kool Herc devient un acteur influent de la scène hip-hop émergente. Cindy reste en retrait mais continue de gérer la carrière de son frère. Dans les années 1980, il est supplanté par de nouveaux artistes, mais sa sœur va rester une activiste discrète de cette culture.

Sylvain Bertot : “Quand ils ont voulu faire de la rénovation urbaine sur l’ancien immeuble, celui où avait lieu la première fête, celle du 11 août 1973, elle a mobilisé un certain nombre de gens, des acteurs de la culture hip-hop pour défendre cet immeuble et dire que c’est un immeuble historique, qu’on ne peut pas le supprimer et le remplacer par autre chose. Elle a un rôle certain de ce point de vue-là."

Le hip-hop va rester pendant longtemps un milieu majoritairement masculin. Il faut attendre la fin des années 1980 pour voir quelques femmes s’imposer comme Roxanne Shanté, Da Brat, Queen Latifah, puis plus tard, Missy Elliott.

En savoir plus : Philosophie du hip-hop