Publicité

L'histoire tumultueuse de l'Opéra-Comique

Par
Foire Saint-Laurent. Les petits comédiens de Panard
Foire Saint-Laurent. Les petits comédiens de Panard
- Gallica, BnF

"Previously". "PREVIOUSLY" | La salle Favart, aussi appelée Théâtre national de l'Opéra-comique, a rouvert ses portes ce 26 avril à Paris après deux ans de travaux de rénovation. En 1974, le musicologue André Verchaly racontait les débuts tumultueux de ce genre d'opéra, où la parole le dispute au chant.

Voilà deux ans que la salle Favart, à Paris, n'avait accueilli ni troupe, ni public : le Théâtre national de l'Opéra-comique, qui était fermé pour travaux de rénovation, a rouvert ses portes ce mercredi 26 avril. Grâce à une archive sonore de 1974, transportons-nous au XVIIIe siècle, époque où ce genre d'opéra s'est créé contre vents et marées.

Dans une archive de France Culture de 1974, André Verchaly, musicologue, rappelait que l'opéra-comique se caractérisait par "l’alternance du parler et du chanter".

Publicité

Que l’on revienne à l’Antiquité grecque, ou seulement au Moyen Âge, on peut dire que dans toutes les manifestations théâtrales ou spectaculaires, profanes ou religieuses, le parler alterne avec le chant.

Andre Verchaly sur l'Opéra comique_La mémoire des notes, juin 1974

33 min

Durée : 33 min

Des italiens aux forains

A la fin du XVIIe siècle, c'est la comédie italienne, très prospère dans la capitale, qui entremêle ainsi le chant et la parole. Jusqu'à ce que Louis XIV expulse les comédiens italiens qui "paraît-il, étaient plus ou moins moqués de Madame de Maintenon". Ce sont alors les comédiens de la foire Saint-Germain sur la rive gauche, et de la foire Saint-Laurent sur la rive droite, qui reprennent le flambeau, en pillant les personnages et les scénarios des artistes transalpins. Dès 1703, des comédiens de la Comédie-Française et des musiciens de l’Académie de musique, qui voient la concurrence d'un sale œil, font interdire le dialogue aux forains : "Vous savez la concurrence jouait très fort. Du temps de Lully, Lully avait interdit qu’aucune entreprise ne puisse représenter de tragédie lyrique en dehors de l’Académie royale de musique. Il en fut de même lorsque se constituèrent les théâtres de la foire", souligne André Verchaly.

Foire Saint-Laurent. Les petits comédiens de Panard, 1731
Foire Saint-Laurent. Les petits comédiens de Panard, 1731
- Gallica, BnF

Un genre impertinent, qui fait fi des interdictions

Les forains déploient alors des trésors d'imagination pour contourner ces interdictions :

Il y avait un certain nombre d’amateurs, de baladins, il y avait toutes sortes de monde qui s’adressaient à un public très populaire… un théâtre de rue. Les forains usèrent de ruses, et le personnage sur scène dialoguait avec un partenaire qui restait dans les coulisses. Si bien qu’il n’y avait pas effectivement de dialogue. Et puis lorsqu’on chantait des airs, le chant étant interdit, les acteurs se contentaient de jouer une pantomime, mais il y avait des écriteaux sur lesquels la chanson qu’ils devaient chanter était indiquée, et le public pouvait lui-même s’amuser à chanter sur "l’air de". A ce moment-là, on chantait aussi bien sur "La bonne aventure ô gué", que "Monsieur de la Palisse".

Des spectacles contestataires, impertinents, et bien éloignés de l'opera seria, des grandes œuvres de Monteverdi !

C'est seulement après la mort du Roi-Soleil, en 1715, année de l'ouverture de l'Opéra-comique au public, que la comédie italienne, rappelée par le régent Philippe d'Orléans, revient à Paris faire de l'ombre aux forains. Mais bientôt, foin des rivalités : les deux troupes s'associent, et se spécialisent dans la comédie à couplets et à danse : "Et à partir de ce moment, le genre s’améliora. On joua beaucoup moins de farces qu’autrefois. On substitua des comédies sentimentales où les mœurs, la psychologie, prirent une place beaucoup plus grande."

Le nom d’Opéra-comique paraîtra officiellement sur les affiches de la foire Saint-Germain en 1715. Et les italiens s’installeront, eux à L’Hôtel de Bourgogne en 1718. (...) On faisait surtout des parodies comiques d’opéras sérieux ou de tragédies lyriques. Le nom d’Opéra-comique désignait alors, à ce moment-là d’ailleurs, moins les œuvres que le théâtre où on représentait l’opéra.

Et parmi les auteurs ? Cette première période, relate le musicologue, est dominée par un écrivain connu pour ses romans : Lesage, l'auteur du roman picaresque L'Histoire de Gil Blas de Santillane, du Diable boiteux, de Turcaret ... Il a écrit plus de cent pièces jouées au théâtre de la foire : "Il amorce l’évolution de l’opéra-comique vers une forme plus littéraire. Dans ses comédies, qui sont toutes intérieures à 1750, il y a deux sortes de musique : empruntée et originale."

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Il y avait aussi certains airs d’opéra, certains airs sérieux sur lesquels on pouvait ajouter des paroles comiques, bien entendu. On en profitait pour ridiculiser les chanteurs, pour ridiculiser aussi le sentiment exprimé originellement par la musique de l’air, et par le texte.

Parmi les compositeurs de ce premier âge de l'opéra-comique, peu sont connus, regrette André Verchaly, évoquant tout de même le compositeur Jean-Joseph Mouret.

A ECOUTER AUSSI : Le Secret professionnel de l'Opéra-comique, 11 janvier 2015

Tout change à partir de 1750 et la représentation de La Serva padrona, de Pergolèse, qui déclenche la querelle des Bouffons en 1752 et voit s'opposer les défenseurs d'une musique française canonique, réunis derrière Rameau, et les partisans d'une musique plus libre, rangés derrière... Jean-Jacques Rousseau : "A partir de là, l’opéra-comique subit des transformations avant d’aboutir à la 'comédie larmoyante' et le 'drame mêlé de musique'." Mais c'est une autre histoire, que nous vous invitons à découvrir en écoutant l'intégralité de cette archive sonore.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.