L'horreur des "Bullshits Jobs" par David Graeber
L'horreur des "Bullshits Jobs" par David Graeber

L'horreur des jobs à la con par David Graeber

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L'horreur des jobs à la con par David Graeber

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Combien de personnes ne trouvent aucune utilité à leur travail ? Beaucoup trop d'après l'anthropologue David Graeber qui constate chez les salariés des souffrances incroyables liées à leur travail "à la con".

Après un article sur les "Bullshits Jobs" en 2013, l'anthropologue américain David Graeber a reçu tellement de courriers de personnes qui se retrouvaient dans cette description qu'il a décidé de mener l'enquête et d'en faire un livre paru en septembre 2018 (éd. Les liens qui libèrent).

Comment les jobs à la con affectent les salariés ?

David Graeber : "Les personnes qui font ces jobs font souvent état de symptômes de dépression, anxiété… Et mon dieu, ce niveau de souffrance a l’air vraiment considérable. Un des symptômes qui ressort des rapports fiables, ce sont les maladies psychosomatiques : les gens rapportent qu’ils développent des grippes, des taux d’infections élevés avec des symptômes qui disparaissent au moment où on leur donne une vraie tâche dans leur travail, ou quand ils ont un vrai travail. Ça affecte les personnes de plusieurs manières, dont certaines que nous ignorions encore. Le coût de ces emplois inutiles dans la société est en fait gigantesque et incalculable. Quel est le coût médical ? Le coût psychologique ? Quel est le coût de l’augmentation de la violence ? Les gens rentrent chez eux et commettent des violences domestiques par frustration."

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Quelle est la définition d'un job à la con ?

"Je définis un travail comme un job à la con quand même la personne qui effectue ce travail ne peut pas justifier l’existence de son travail. Ou si cette personne pense que si son job n’existait pas cela ne ferait aucune différence, voire que le monde pourrait être légèrement mieux sans."

Un exemple de job à la con ?

"Il y a cette personne, embauchée par un musée comme agent de sécurité dans une salle où il n’y avait rien. Elle devait se tenir là, même s’il n’y avait rien à protéger et personne qui n’entrait de la journée. C’était juste au cas où quelqu’un y pénètre ou au cas où il y ait un incendie." 

Combien de personnes sont dans cette situation ?

"Je croyais que ce serait peut-être 10 % des salariés, et puis une agence de sondages a fait une enquête en Angleterre, une autre en Hollande et d'autres ailleurs encore, et ce qu’elles ont trouvé, c’est qu’entre 30 et 40 % des personnes déclarent que leur travail ne contribue en rien au monde."

Qu'est-ce que cela dit de notre sociéte ?

"On nous a dit pendant des années que la façon dont on organise les choses, le marché capitaliste peut ne pas être plaisant sur différents aspects, il crée de l’inégalité, de la misère, l'isolement mais c’est vraiment efficace. C’est le seul système efficace que nous ayons pour distribuer les biens et services. Mais si 40% des gens pensent secrètement qu’ils ne font rien qui nécessite d’être fait ou souvent qu'ils ne font vraiment rien, c’est-à-dire qu’ils sont payés pour ne rien faire… Ce n’est pas un système efficace, en fait, c’est même incroyablement inefficace. "

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