L’horreur selon H. P. Lovecraft

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L’horreur selon H. P. Lovecraft

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L'univers peuplé de monstres d'un des maîtres de l'horreur se déploie depuis quelques jours dans la nouvelle série "Lovecraft country". Suicidaire, raciste, féru de publications scientifiques... Voici la vie de H. P. Lovecraft, l'écrivain.

Auteur marginal de son vivant,  H.P. Lovecraft est devenu l’un des écrivains d’horreur majeurs du XXe siècle. Son œuvre cauchemardesque, entre fantastique et science-fiction a créé un imaginaire horrifique unique.

Howard Phillips Lovecraft naît en 1890, à Providence, dans l’État de Rhode Island. Très jeune, il est marqué par les crises de démence de son père et par son décès prématuré. Élève précoce, il est passionné de mythologie antique et d’astronomie. En proie à des épisodes dépressifs, Lovecraft est aussi affecté par des terreurs nocturnes.

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D’une santé fragile, il passe beaucoup de temps chez lui, dévore des ouvrages scientifiques. Il rêve des nouveaux territoires que l’humanité entrevoit à cette époque : du côté des océans, avec les fonds marins qu’on commence à sonder et cartographier, et du côté du ciel, avec les planètes lointaines et mystérieuses qu’on observe.

Il raconte qu’à une époque de sa jeunesse où il était très déprimé, la seule chose qui l’a empêché de se suicider, c’est la pensée des découvertes futures qu’il allait rater. Il adorait toutes les nouvelles des expéditions polaires - ce qu’on ressent dans Les Montagnes hallucinées - toutes les histoires relatives à la nouvelle physique, à la relativité, à la 4e dimension et, évidemment, son grand amour de jeunesse, l’astronomie. Tout un espace qui est ouvert aux rêves et aux cauchemars, avec toutes ces planètes potentiellement obscures et tout ce qu’on peut imaginer qui s’y cache.      
Christophe Thill, auteur de biographies sur Lovecraft 

Influencé par des auteurs du genre "fantasy"

Il écrit des nouvelles dans les pulp magazines,  publications bon marché avec des histoires feuilletonnantes. Mais Lovecraft ne publie aucun livre de son vivant. 

Dans ses écrits, on trouve une “inquiétante étrangeté”, mêlée de fantastique et d’occultisme, avec des motifs récurrents : des légendes mythologiques païennes millénaires, des sectes vénérant des entités monstrueuses, des phénomènes physiques inexplicables. 

À réécouter : Le Monstre de Providence
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Lovecraft est aussi influencé par un auteur irlandais contemporain, Lord Dunsany. Considéré comme l’un des pères du genre fantasy, Lord Dunsany crée au fil de son œuvre un univers alternatif au nôtre. 

C’est un auteur qui a inventé beaucoup de choses dans le domaine de la fantasy, des visions magnifiques, toute une cosmogonie et une théogonie, avec des divinités, des récits qui ressemblent à de vieilles légendes des origines de l’humanité. Tout ça, ce sont des influences qu’on retrouve dans les textes que Lovecraft a écrit entre 1918 et 1921.      
Christophe Thill

Lovecraft voyage très peu en dehors de la Nouvelle-Angleterre, où il situe une grande partie de ses intrigues. Attaché à l’identité WASP (protestant anglo-saxon blanc en français), il fait parfois preuve dans ses écrits d’un racisme brutal, notamment dans L’Horreur de Red Hook, où il décrit les populations immigrées avec des termes dégradants. 

La place de la folie dans l'univers lovecraftien

L’écrivain semble considérer le genre humain avec un certain pessimisme. Pour Lovecraft, l’horreur ne vient pas de la surface de la Terre, elle vient d’en-dessous ou d’au-dessus, mais cette horreur n’est pas nécessairement maléfique pour les hommes, elle est amorale. Face à ses forces obscures, les personnages de Lovecraft sombrent dans la folie.

D’une part, il y a l’influence d’Edgar Poe. Il y a un certain nombre de personnages névrosés qui pètent les plombs chez Poe. Et puis cette notion d’un univers colossal, insondable, vertigineux. Si à cela on ajoute l’idée que, dans cet univers insondable, il y a des présences menaçantes, dont la puissance est absolument inconcevable pour nous, il y a de quoi effectivement devenir fou.      
Christophe Thill

Lovecraft développe aussi un bestiaire d’un genre nouveau, comme "Cthulhu",  gigantesque entité extra-terrestre au pouvoir immense, tapie au fond de l’océan Pacifique.

Ces créatures, on arrive souvent à retrouver leur origine dans des lectures scientifiques que Lovecraft a eues. Il a non pas comme la mythologie grecque classique combiné des morceaux d’animaux, mais plutôt combiné des morceaux de protozoaires, d’animaux microscopiques, qu’il a ensuite agrandis, pour multiplier leur effet de bizarrerie, d’étrangeté.      
Christophe Thill

Lovecraft entretient des correspondances suivies avec de nombreux auteurs de pulps, qui s’influencent les uns les autres, mais il ne connaît pas un grand succès et vit dans la précarité. 

Il meurt à 47 ans d’un cancer, dans la ville où il est né. Malgré sa marginalité, son univers unique et ses motifs horrifiques sont repris par de nombreux auteurs comme Stephen King, au cinéma avec par exemple L’Antre de la Folie de John Carpenter, dans les jeux vidéo et dans les séries télévisées, avec la récente Lovecraft Country sur HBO.

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