L'interactivité en scène pour interpeller sur la crise économique, le coût de la culture, les migrants...

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L'interactivité en scène pour interpeller sur la crise économique, le coût de la culture, les migrants...

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Still in Paradise / Dans les ruines d'Athènes / Le No Show
Still in Paradise / Dans les ruines d'Athènes / Le No Show
- Pierre Abensur / Christophe Raynaud De Lage / Christophe Pean

Avignon 2017. La tendance n'est pas neuve mais, via smartphones et votes, plusieurs spectacles d'Avignon jouent cette année encore la carte de l'interactivité. Pour ébranler le public avec des problématiques contemporaines et interroger le dispositif théâtral. Focus sur trois spectacles qui font participer.

Il est de convention au théâtre que le quatrième mur, invisible, sépare la scène et la salle. Pourtant, certains metteurs en scène s'attachent à rendre un peu plus poreuse cette frontière pour donner au spectateur une place participante dans la représentation. Où commence l'interactivité, et qu'apporte-t-elle à la représentation ? A l'occasion du 71ème festival d'Avignon, trois spectacles pour explorer l'interactivité et ses potentialités.

1. Dans les ruines d'Athènes : et si vous participiez en direct à Parthenon Story ?

"Utilisez votre smartphone pour interagir avec le spectacle." Loin du traditionnel message appelant à couper les téléphones portables, Dans les ruines d'Athènes, les spectateurs sont conviés à l'interaction dès l'entrée en salle. Un réseau wifi, une plateforme web, et les commentaires et les statistiques s'affichent en temps réel avec les réponses du public.

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Médée, Ulysse, Antigone, Cassandre, Iphigénie et Oreste sont dans la place. Ils sont les participants d'un jeu de télé-réalité nommé "Parthénon Story". Endettés, ils viennent ici dans l'espoir de voir leurs dettes s'effacer en gagnant. A l'étage, les dirigeants européens se succèdent pour "sauver la Grèce et l'Europe", disent-ils. L'austérité est de rigueur : rassurer les marchés, réduire les salaires de la fonction publique, remonter l'âge des retraites. A travers ces scènes, traitées sur un mode satirique, nous remontons le passé pour retracer la crise financière grecque, de 2010 à 2017. Un sauvetage, une mission commune, à l'instar de ce proverbe africain qui revient comme un leitmotiv dans le spectacle : "Si on veut avancer vite, il faut être seul. Si on veut avancer loin, il faut être ensemble."

Pendant que les candidats de la maison pédalent pour produire leur électricité, les spectateurs sont amenés à voter pour sauver un candidat, et même gagner leur poids en huile d'olive (le gagnant repartira réellement avec une bouteille d'huile d'olive). Face aux messages contradictoires et injustes de la production télévisée, les espoirs des candidats s'effritent à mesure que s'amenuisent les chances d'une sortie de crise pour la Grèce. En jouant avec les codes de la télé-réalité, Julie Bertin et Jade Herbulot tissent la métaphore d'une jeunesse en quête d'espoir, épuisée par le mensonge d'une classe politique déconnectée de toute réalité sociale.

A la chanson d'Angela Merkel "Europe où es-tu ?", comme un pied de nez au désespoir ambiant et en écho au titre de la tétralogie, Europe mon amour, dont les Ruines d'Athènes sont le dernier volet, la compagnie du Birgit Ensemble invite à un rassemblement festif autour de la déesse Europe.

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2. Le No Show : quel prix accepterez-vous de payer pour un spectacle ?

Ils arrivent du Québec avec de l'énergie à revendre et l'envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Ici, ne vous attendez à ce que l'on vous impose un prix à payer pour le billet du spectacle. A vous de choisir le prix de votre place, l'interactivité commence dans l'isoloir.

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Chaque soir, le principe du No Show est simple : le public aura-t-il suffisamment payé sa place pour que les sept comédiens soient en scène et décemment rémunérés ? En fonction de l'argent recueilli, un certain nombre de comédiens peut rester sur le plateau. Les spectateurs sont invités à voter par SMS pour les acteurs favoris, pendant qu'un logiciel calcule les résultats en temps réel. Ceux qui ne pourront pas rester entameront une grève à l'extérieur du théâtre. Entre intérieur et extérieur, la représentation se recompose. Gardez votre téléphone allumé, il pourrait bien sonner !

Donner son avis en faisant de la lumière avec son smartphone, répondre au téléphone ou encore appeler un ami : la troupe ne manque pas d'inventivité pour mettre le public face à sa responsabilité de spectateur, invitant chacun à réfléchir au coût de la culture et à sa responsabilité dans le financement de cette dernière.

Et tandis que les comédiens retracent leur parcours et les raisons de leur attachement à ce métier, ils interrogent également les spectateurs : "que venez-vous cherchez au théâtre que vous ne pourriez pas trouver ailleurs ?". Un métier passion, un engagement total comme le montre cet extrait du spectacle interprété par la comédienne Sophie Thibeault :

3. Still in paradise : quels fragments de l'histoire voulez-vous entendre ?

Dans cet autre spectacle, l'interactivité est plutôt pensée comme un parcours. En entrant dans la patinoire de La Manufacture, Yan Duyvendak et Omar Ghayatt invitent les spectateurs à se déchausser, poser leurs affaires sur le côté, et à s'asseoir dans l'espace, à l'endroit de leur choix.

Le spectacle est composé de douze fragments, présentés les uns après les autres par les artistes. Ici pas de téléphone, mais un vote à main levée et le public choisit les cinq fragments qu'il souhaite voir. A chaque séquence son espace, le public est amené à se déplacer.

Still in paradise
Still in paradise
- Pierre Abensur

Still in paradise, c'est d'abord l'histoire d'une rencontre et d'une amitié. Yan Duyvendak est suisse. Omar Ghayatt est égyptien et est accompagné sur scène par un traducteur, Georges Daaboul. L'un est d'Orient, l'autre d'Occident, avec toutes les différences culturelles que cela comporte.

Les événements du 11 septembre 2011, la peur grandissante de l'Islam, le terrorisme et les amalgames, la peur de l'autre et de sa différence. Le spectacle n'entend pas donner de grands récits, mais au contraire donner à entendre les points de vue différents. Le spectateur, parfois sollicité dans cette écriture dramaturgique, est aussi ramené à son expérience des différences culturelles, ses connaissances, ses certitudes, ses préjugés peut-être, à lui d'en juger.

Après les textes choisis par le public, les artistes en choisissent eux-mêmes un dernier afin d'évoquer Dilovan, un réfugié érythréen. Parler de lui ou le faire venir sur scène ? La dramaturgie crée une tension entre les deux interprètes qui décident finalement de raconter son périple. Au moyen de voitures, bateaux, pancartes pour nommer les pays, ils retracent finalement son parcours du combattant pour arriver jusqu'à l'Europe et y rester.

Still in paradise
Still in paradise
- Pierre Abensur

Une interactivité autant dans l'espace de la salle que dans les mentalités. Tantôt déconcertant, drôle, grinçant, émouvant... à chacun de se se frayer son propre chemin dans cette histoire.

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