L'interdiction de l'hydroxychloroquine, un complot ?
L'interdiction de l'hydroxychloroquine, un complot ?

L'interdiction de l'hydroxychloroquine est-elle un complot ?

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L'interdiction de l'hydroxychloroquine est-elle un complot ?

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Et si finalement, l'interdiction de ce médicament était une manipulation ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Le Haut conseil de la santé publique a recommandé l'arrêt de la prescription de l'hydroxychloroquine en France. L'agence du médicament souhaite aussi l'arrêt des essais cliniques, tandis que le protocole européen "Discovery" a suspendu, de son côté, l'hydroxychloroquine. 

Cet emballement est dû à une vaste étude dans la sérieuse revue scientifique "The Lancet", qui concluait à une absence de bénéfices, voire à un risque accru d'arythmie cardiaque et même de décès, en cas d'administration de ce médicament pour traiter la Covid-19.

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Pourtant, à Marseille, où professe le désormais célèbre Dr. Raoult, et ailleurs, les partisans de la chloroquine ne désarment pas, malgré les doutes. "Comment voulez-vous qu'une étude "foireuse" faite avec les Big Data change ce que nous avons vu sur les électrocardiogrammes ?" a ironisé le Dr. Raoult.

Et si finalement, l'interdiction de ce médicament était une manipulation ? Pour faire le point sur ces questions, nous avons interrogé Thibault Fiolet, épidémiologiste et doctorant en santé publique à l'université de Paris-Saclay.

L’interdiction de l’hydroxychloroquine est-elle un complot ?

Thibault Fiolet : Non, ce n’est pas du tout un complot. Cela se base sur les dernières études scientifiques, dont celle de “The Lancet”. Il y en a également eu d’autres qui ont montré que la prescription d’hydroxychloroquine pouvait être associée à un risque accru de troubles cardiovasculaires.

Pourquoi l’hydroxychloroquine est toujours testée aux USA ?

Thibault Fiolet : Le fait de tester une molécule n’est pas une preuve d’efficacité. C’est-à-dire que l’on n’a pas la conclusion de l’efficacité d’un médicament avant d’avoir mené un essai. En fait, on teste un médicament parce que, justement, on se pose des questions sur son efficacité.

Si l’armée française en a commandé, c’est que ça marche ?

Thibault Fiolet : C’est plutôt une réponse un peu préventive de faire un stock d’hydroxychloroquine. Dans le cas où, éventuellement, un essai clinique d’ampleur montrerait l’efficacité de l’hydroxychloroquine, il vaut mieux en avoir en stock

Quelles institutions doutent de l’hydroxychloroquine ?

Thibault Fiolet : La France a en effet interdit l’hydroxychloroquine, sauf pour les essais cliniques qui avaient déjà commencés. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également mis en pause, dans son essai international “Solidarity”, le groupe qui devait recevoir l’hydroxychloroquine. De nombreuses agences sanitaires américaines comme la Food and Drug Administration (FDA), ou par exemple, les Hôpitaux de Genève et le Haut conseil de la santé publique (HCSP), ont mis en garde contre l’hydroxychloroquine, également par rapport aux risques cardiovasculaires.

Et quand l’hydroxychloroquine n'était qu'un antipaludique, il n’y avait pas d’effets secondaires  ?

Thibault Fiolet : Si l’on prend le nombre de cas de paludisme importés en France, il est à peu près de 5 200 cas en 2018. Alors que là, actuellement, on prescrit beaucoup plus l’hydroxychloroquine et c’est beaucoup plus étudié au niveau de la recherche et dans les hôpitaux. Donc c’est pour ça que l’on retrouve également plus d’effets indésirables.

Est-ce que le prix de l’hydroxychloroquine a joué sur sa mise en vente ?

Thibault Fiolet : Le coût de production par jour de l’hydroxychloroquine est environ de 7 centimes, alors que si l’on prend l’exemple d’un autre antiviral, le Remdésivir, il est plutôt de 85 centimes. Donc, à peu près dix fois plus important. Mais au final, le prix n’est vraiment pas une raison d’autorisation ou d’interdiction d’un médicament, puisque l’avis de l’Agence française du médicament (ANSM) ou la Haute autorité de santé publique (HAS) se basent vraiment sur les preuves scientifiques publiées dans les essais cliniques. Vraiment, le prix n’est pas une raison d’autorisation ou d’interdiction d’un médicament. Si l’on prend également l’exemple de traitements contre le cancer ou le VIH, ces traitements sont vraiment très coûteux et ça n’a pas été un problème pour les autoriser.

Les patients de l’étude “The Lancet” étaient-ils cardiaques ?

Thibault Fiolet : Alors non, ce n’est pas totalement vrai. Dans le groupe qui n’a pas reçu le traitement à l’hydroxychloroquine, on avait 3,5% d’arythmie cardiaque. Alors que dans le groupe qui a reçu l’hydroxychloroquine seule, il y avait 3,6% de personnes atteintes d'arythmie cardiaque. Donc, il n’y a pas de grande différence. On trouve également, la présence de comorbidités, donc de maladies cardiovasculaires à l’inclusion de l’étude, qui ont été prises en compte dans les analyses statistiques.

Pourquoi l’étude “The Lancet” arrive si tard ?

Thibault Fiolet : Alors, pour quelle raison ? Parce que parfois on va vouloir évaluer la mortalité. On pourrait évaluer si les patients guérissent de la Covid-19, par exemple, à 28 jours. Dans ce cas, il faudra attendre 28 jours pour avoir l’évaluation du résultat. Tout en sachant qu’on n'inclut pas tous les participants en même temps, c’est-à-dire qu’ils entrent dans l’étude de façon décalée. On va donc devoir attendre 28 jours de façon décalée pour tous les participants. Ce n’est pas quelque chose de simple et là, au contraire, on travaille en ce moment plutôt très rapidement.

Quels problèmes soulève l'étude du Dr. Raoult ?

Thibault Fiolet : Cette étude comporte de nombreux biais méthodologiques. Déjà, elle est de petite taille car elle porte seulement sur 36 patients. Ensuite, quand on s’intéresse aux données utilisées, on avait des données manquantes sur les tests de la Covid-19. Ils ont évalué le statut d’être positif ou non à la Covid-19 à différents temps : au premier jour, au deuxième jour, au troisième jour… jusqu’au sixième jour. Et parfois, on avait un patient qui était positif au jour 3 et qui après devenait négatif au jour 4 et redevenait positif au jour 5. On voit bien que l’on a un petit problème de fiabilité avec ce test. 

Il y a également un biais important car dans l’étude du professeur Raoult, les patients du groupe contrôle et ceux du groupe qui a reçu l’hydroxychloroquine ne venaient pas du même hôpital. De ce fait on a comparé des populations qui étaient différentes. Et cela pose un problème de comparabilité entre les groupes et c'est donc un problème de biais.

Pourquoi le taux de mortalité de l’étude du Dr. Raoult est si bas ?

Thibault Fiolet : Je pense que l’on compare des choses incomparables, entre les régions, les départements et les villes. Puisque les chiffres du professeur Raoult portent sur Marseille et non sur les Bouches-du-Rhône. Ensuite, on ne sait pas exactement comment sont calculés ces chiffres, puisque Santé Publique France donne le nombre de décès dans les hôpitaux par département. Mais en fait ni l’ARS ni Santé Publique France, donc l’agence sanitaire, ne donnent de chiffres au niveau des villes. 

On a également des différences entre les régions en termes de taux de contamination de la population. Plus on a de cas, plus on a de chances de tomber sur un décès. Donc, on a une distribution inégale de circulation du virus en France ainsi que de décès. Donc, c’est compliqué de comparer des chiffres entre villes et régions puisqu’on ne mesure pas les mêmes choses et on a beaucoup de différences en termes de structures sociales et environnementales.

Ensuite, on s’intéresse principalement aux essais dans les hôpitaux mais on connaît un peu moins bien le nombre de décès dans les Ehpad, ainsi qu’à la maison. Il y a également la question de la saturation des hôpitaux. On voit par exemple que dans le Grand-Est et en Italie on avait une saturation du système de soins et quand les hôpitaux sont saturés, on a tendance à avoir une augmentation de la mortalité. 

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