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L'invasion de la publicité

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Les berges de la Seine sont-elles en train de devenir un nouvel espace pour la réclame ? Au fil de l’eau, les marques s’affichent et se succèdent. Orsay, le Louvre, la Conciergerie, ces monuments classés au patrimoine sont affublés de bâches publicitaires, pour masquer des travaux de restauration, qui font la part belle aux produits de luxe, de prêt-à-porter ou encore de marchandises high-tech.

Les berges de la Seine
Les berges de la Seine
© Radio France - Florence Pacaud

Les berges de la Seine Florence Pacaud © Radio France

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Pourtant, le citoyen est de moins en moins enclin à voir son paysage grimé par la publicité. Depuis 2004, la TNS-Sofres réalise une étude annuelle, Publicité et société , à l’initiative d’une agence de conseil en stratégie et création publicitaire. La publiphobie ne cesse de progresser. En 2010 sur 1000 personnes interrogées, 34% se déclarent publiphobes, quand elles sont seulement 14% à être publiphiles, les 52% restant étant neutres.

Devant ce désamour, puisque pour 80% de ces personnes, la publicité est une source d’ennui, la mairie de Paris a souhaité réduire son implantation au sein de la capitale. Un nouveau règlement local de la publicité (RLP) , le dernier datant de 1986, devrait être adopté lors du prochain conseil qui a lieu jeudi 16 et vendredi 17 juin.

Danièle Pourtaud , adjointe de Bertrand Delanoë chargée du Patrimoine et présidente de la commission publicités et enseignes , livre les principales lignes du futur RLP :

Danièle Pourtaud, adjointe de Bertrand Delanoë, livre les principales lignes du futur règlement local de publicité (RLP)

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Pub Orsay
Pub Orsay
© Radio France - Florence Pacaud

La publicité ne représente que 50% de la surface de la bâchesFlorence Pacaud © Radio France

Ces bâches publicitaires sont le résultat d’un décret du ministère de la culture d’avril 2007 prévoyant une mesure dérogatoire, concernant l’affichage publicitaire, au code du patrimoine et de l’environnement, qui sont les deux codes dans le cadre desquels sont pris les règlements locaux de publicité. Installées sur les monuments parisiens qui réalisent des travaux de restauration, elles sont soumises à autorisation et la surface de la publicité ne doit pas dépasser 50% de la surface totale de la bâche.

La Mairie de Paris a voté un vœu, inscrit dans le RLP, visant à réduire la taille de la surface publicitaire à 16 m2. Toutefois, comme le souligne Danièle Pourtaud, le RLP ne fait pas le poids devant le décret :

Danièle Pourtaud, adjointe de Bertrand Delanoë, explique pourquoi le règlement local de publicité ne fait pas le poids / décret

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Danièle Pourtaud ne voit donc que deux solutions pour diminuer l’envahissement de ces bâches :

Danièle Pourtaud, adjointe de Bertrand Delanoë, évoque 2 solutions face au grand nombre de bâches

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La Direction générale du patrimoine, au ministère de la Culture, n’a pas souhaité nous répondre. Elle nous a renvoyé sur la Drac Ile-de-France . Pour autant, Muriel Genthon , sa directrice , livre la position du Ministère et indique la manne financière que génère l’installation de ces bâches pour la restauration des monuments :


Si le ministre de la Culture, Frédéric Mitterand , ne semble pas disposé à revenir sur le décret de 2007, des pistes de réflexion sont à l'étude :


Réduire la part des 50% accordée à la publicité n'est donc pas à l'ordre du jour. Mais des mesures pourraient être prises pour éviter de voir ce type de bâches :

La consiergerie
La consiergerie
© Radio France - Florence Pacaud

La Conciergerie Florence Pacaud © Radio France

Commentaire de l' affichage sur la Conciergerie par Muriel Genthon :


La publicité pourrait donc être encerclée par un décor représentant le monument, comme c'est le cas actuellement au musée du Louvre. (Photo ci-dessous)

Le Louvre
Le Louvre
© Radio France - Florence Pacaud

Le Louvre Florence Pacaud©Radio France

Mais une décoration autour de la publicité suffira-t-elle à calmer les publiphobes ? Le collectif des Déboulonneurs et déboulonneuses a mené une action de sensibilisation du public, le samedi 28 mai dernier, au pied d'une bâche géante, place Bellecour. Matthieu Gallezot , membre du collectif lyonnais , explique cette intervention :

Matthieu Gallezot, membre du collectif lyonnais des déboulonneurs

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Place Bellecour à Lyon
Place Bellecour à Lyon

Place Bellecour à Lyon © Collectif des Déboulonneurs de Lyon

L'impression de gigantisme n'est pas l'unique polémique suscitée par ces bâches publicitaires. Fin mars, une publicité pour Dior apposée sur le palais de justice de Paris, la Conciergerie, a fait grincer des dents, à quelques mois du procès pour injures et diffamation de l'ancien directeur artistique de la maison de couture, John Galliano. «On a d'un côté Dior, qui aura payé près de 200.000 euros pour afficher sa pub, et de l'autre des magistrats qui vont devoir juger un de ses anciens employés» , s'indignait Richard Samas-Santafe , représentant de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), lors d'une réunion de magistrats et greffiers au palais de justice de Paris.
Muriel Genthon réagit à cette polémique :


Ces bâches n'ont donc pas fini de semer la discorde. Il semble, en effet, que Frédéric Mitterand ne reviendra pas sur le décret de 2007, voté sous le ministère de Renaud Donnedieu de Vabres. La charte qu'il envisagerait, pour calmer la polémique, verra-t-elle le jour ? Et si tel est le cas, les anti-pub seront-ils conviés à participer à son élaboration ?