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L'Iran à l’heure de la débrouille

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Des Iraniens font du shopping au bazar Tajrish à Téhéran, Iran, 21 janvier 2021.
Des Iraniens font du shopping au bazar Tajrish à Téhéran, Iran, 21 janvier 2021.
© Maxppp - Abedin Taherkenareh

La face cachée du globe. Alors que les États-Unis ont accepté une invitation européenne à des pourparlers avec Téhéran pour revenir dans l'accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire iranien, l'Iran, plombée par les sanctions, vit à l'heure d'une économie de la débrouille.

Mariée à une Iranienne, Jean-Claude Voisin est docteur en histoire et archéologie. Cet amoureux de la Perse a occupé le poste de directeur de l’Institut français de Téhéran entre 2008 et 2011. Il fut le témoin de la "révolte verte" qui secoua le pays après la réélection controversée du président Mahmoud Ahmadinejad en 2009.  

Jean-Claude Voisin vient de publier France-Iran : si loin, si proches, aux Éditions Riveneuve. Un ouvrage didactique et iconoclaste pour porter un autre regard sur l’Iran, pays central au Moyen-Orient, dont l’économie est aujourd’hui ravagée par les sanctions américaines et internationales.  Interview de Christian Chesnot :

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Iran. Face aux sanctions, s'adapter et importer le moins de choses possibles

3 min

Avec son programme nucléaire, que cherche l’Iran ?

La première chose qu’il faut comprendre, c’est que l’Iran chiite est entouré par des pays sunnites qui ne cherchent pas forcément à faire du bien à l’Iran. L’Iran se sent donc encerclé. Pour se protéger, il va jouer la dissuasion, si l’on parle de programme nucléaire militaire, mais n’oublions pas qu’avant le nucléaire militaire, il y a le nucléaire civil. 

L’Iran est tributaire de certains de ses voisins comme l’Azerbaïdjan ou le Turkménistan pour l’achat d’électricité. Et pour se rendre autonome en matière électrique, le Shah avait déjà vu les choses comme cela avec des experts français et allemands. Cette production d’électricité grâce au nucléaire a été la première donne. 

Le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf (à droite) et le chef de l'Organisation atomique iranienne Ali Akbar Salehi (à gauche) visitant l'installation de conversion d'uranium de Fordo, centrale Iran, le 28 janvier 2021.
Le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf (à droite) et le chef de l'Organisation atomique iranienne Ali Akbar Salehi (à gauche) visitant l'installation de conversion d'uranium de Fordo, centrale Iran, le 28 janvier 2021.
© AFP - Organisation iranienne de l'énergie atomique

Et la deuxième donne, militaire, n’était pas induite dans l’idéologie chiite puisque que l’ayatollah Khomeini dans les premiers mois de son pouvoir avait dissout l’agence de l’énergie atomique.  Mais pour des raisons de nucléaire civil et de dissuasion par rapport à ses voisins, il est possible qu’à partir d’Ahmadinejad seulement, il y ait eu des intentions de créer la bombe atomique. 

À lire aussi : Iran et nucléaire : entre quête de grandeur, volonté d’indépendance et sentiment d’injustice

Sauf que les sanctions pèsent terriblement sur le quotidien des Iraniens... 

C’est l’horreur, si l'on voit le prix des denrées, avec un change qui a été multiplié par 6 ou 7 depuis la rupture de l’accord sur le nucléaire par les Américains. Il y a des incidences sur tout. 

Aujourd’hui, en matière de coût de la vie, ce n’est pas facile, néanmoins, les Iraniens ont réussi à tenir jusqu’à présent. Dans la recherche agricole, par exemple, ils ont fait des progrès spectaculaires sur la production de riz. En Iran, on produit tout, mais pas toujours en autosuffisance. Mais les Iraniens ont mis le paquet, si vous me permettez l'expression, pour tenter d’importer le moins de choses possible. 

Pour l’automobile, ils importent cependant des pièces de Chine puisque Peugeot, pressé par les Américains dans le cadre de son alliance avec Ford et d’autres, a dû rompre son contrat de "joint-venture" de coopération qui devait permettre de produire pour l’exportation vers le Moyen-Orient 300 000 à 400 000 véhicules par an. 

A défaut, les Iraniens se sont retournés vers la Chine qui produit des copies des pièces Peugeot pour des voitures fabriquées en Iran, mais ce ne sont pas des Peugeot ! Et les Iraniens le savent. Ils veulent s’adapter pour survivre.

À réécouter : Que prévoit le futur accord Iran-Chine ?

Entre Paris et Téhéran, les relations sont compliquées. Existe-t-il encore quelques domaines de coopération entre la France et l’Iran ?

Les secteurs dans lesquels la France est encore impliquée en Iran concernent ceux qui ne font pas appel aux transferts d’argent, puisque les sanctions américaines pénalisent les banques qui auraient des antennes aux États-Unis. 

La coopération ne peut se faire que là où il n’y a que des échanges d’idées et de savoir-faire, comme la culture, qui est une grande tradition de coopération avec la France. Il y a un siècle, nous avions le monopole des fouilles archéologiques en Iran. Aujourd’hui, le Louvre entretient des équipes d’archéologues qui, avec leurs collègues iraniens, sont sur le terrain. Le monde de la chirurgie et de la médecine continue également de coopérer. L’Association française pour la myopathie (AFM) mène des coopérations sur les cellules souche avec des chercheurs iraniens. 

Je pense aussi à une autre association, la Chaîne de l’Espoir, animée par de grands professeurs, qui forment des spécialistes en Iran pour opérer de la colonne vertébrale des enfants qui ont des malformations génétiques. 

En juin, il y aura un événement important en Iran, c’est l’élection présidentielle. Est-ce qu’un président plus conservateur et radical que le président Rohani peut sortir des urnes ? 

Évidemment, c’est difficile à dire. Ce que je peux constater, c’est que les gens sont un peu découragés par cette situation économique et sanitaire. Je ne sais pas s’ils seront motivés pour aller voter.

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Sri Lanka : violation des droits de l'homme

Des manifestants portent des drapeaux noirs et des photos de Tamouls disparus lors d’une marche de protestation dans la ville de Kilinochchi, dans le nord du Sri Lanka, le 4 février 2021.
Des manifestants portent des drapeaux noirs et des photos de Tamouls disparus lors d’une marche de protestation dans la ville de Kilinochchi, dans le nord du Sri Lanka, le 4 février 2021.
© AFP

La situation des droits de l'homme est en nette régression à Sri Lanka où le nouveau gouvernement dominé par le clan nationaliste des Rajapaksé a gelé toutes les enquêtes sur les violences et exactions commises à la fin de la guerre contre les tigres tamouls en 2009. Le Sri Lanka figure à l'ordre du jour du conseil des droits de l'homme de l'ONU qui ouvre sa session demain à Genève et qui aura sur la table un rapport déjà bien sombre sur ce pays.

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Le plus important fonds souverain au monde veut plus de parité hommes-femmes

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Mais la parité reste une perspective lointaine : la proportion de femmes dans les conseils d'administration des 30 plus grands groupes est de 12,8% en Allemagne, 28,6% aux États-Unis, 24,9% en Suède, 24,5% en Grande-Bretagne et 22,2% en France, selon la fondation germano suédoise Allbright. 

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le magazine Nature montre une défense de mammouth laineux émergeant du pergélisol dans le centre de l'île Wrangel, située dans le nord-est de la Sibérie. Le 17 février 2021
le magazine Nature montre une défense de mammouth laineux émergeant du pergélisol dans le centre de l'île Wrangel, située dans le nord-est de la Sibérie. Le 17 février 2021
© AFP - Love Dalén

Les analyses menées sur trois spécimens de mammouths apportent un nouvel éclairage sur l'âge de glace, quand régnaient les grands mammifères, et l'héritage du mammouth laineux, dont les derniers survivants ont disparu il y a seulement 4 000 ans au large de la Sibérie. Les génomes décryptés dépassent de loin le plus ancien ADN jamais séquencé jusqu'ici, celui d'un cheval vieux de 500 000 à 700 000 ans. Le Centre de paléogénétique de Stockholm a supervisé l'étude publiée mercredi 17 février dans la revue Nature.

Avec la collaboration de Caroline Bennetot