James Cleveland Owens dit Jesse Owens le 3 août 1936 sur le 100 m. Il y obtiendra une de ses quatre médailles d'or à ces Jeux préparés par Hitler pour célébrer le nazisme.
James Cleveland Owens dit Jesse Owens le 3 août 1936 sur le 100 m. Il y obtiendra une de ses quatre médailles d'or à ces Jeux préparés par Hitler pour célébrer le nazisme.

L'Olympiastadion, le stade olympique de Berlin façonné par les nazis au destin contrarié

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L'Olympiastadion : le stade olympique de Berlin façonné par les nazis au destin contrarié

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Stadium | Le stade olympique de Berlin avait été imaginé par les nazis pour devenir le temple aryen du sport. Comble de l’ironie, il est resté dans l’Histoire pour avoir accueilli les exploits de deux athlètes noirs : Jesse Owens et Usain Bolt.

L’histoire du stade olympique de Berlin est intimement liée à la guerre et à l’Histoire du pays. Lorsque l’Allemagne obtient l’organisation des Jeux de 1916, la construction d’une vaste enceinte de 30 000 places est décidée. En lisière de la forêt de Grünewald, sur le site de l’ancien hippodrome de la ville. Inauguré le 8 juin 1913, le "Deutsches Stadion" n’accueillera finalement pas ces Jeux de 1916 puisqu’ils n’auront jamais lieu à cause de la Première Guerre mondiale.

Un symbole pour les Jeux nazis de 1936

Le stade, qui n’est donc pas encore olympique vit sa petite vie, tranquillement. Jusqu’en 1931. À cette date, le comité international olympique décide de réattribuer les Jeux à Berlin. Plusieurs options sont sur la table pour le Deutsches Stadion. Dans un premier temps, la solution retenue est une simple rénovation des installations construites pour 1916. Une solution rationnelle et économique dans une Allemagne en crise. C’est Werner March, qui est chargé du projet architectural, le fils d’Otto March, celui qui avait imaginé le Deutsches Stadion pour les Jeux de 1916. 

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Plaque en hommage à Otto March, l'architecte qui conçut le Deutsches Stadion, et son fils Werner March à l'oeuvre sur une maquette du stade olympique de Berlin, en 1935.
Plaque en hommage à Otto March, l'architecte qui conçut le Deutsches Stadion, et son fils Werner March à l'oeuvre sur une maquette du stade olympique de Berlin, en 1935.
© Getty - Imagno

Mais l’arrivée au pouvoir d’Adolphe Hitler en 1933 change la donne. Le nouveau chancelier a des idées de grandeur pour l’Allemagne. Il veut que les Jeux de 1936 deviennent la représentation de la suprématie allemande et portent au plus haut les couleurs nazies. Les jeux de Berlin seront un outil de propagande et le stade olympique un symbole.

Pour son projet, Adolphe Hitler maintient l’architecte Werner March, mais sans enthousiasme. March n’était pas membre du parti nazi et n’intègre le parti national-socialiste qu’en 1933.

L’Olympiastadion sera donc grandiose. Et puisqu’il doit être un monument, il s’inspirera du colisée de Rome ou des constructions de la Grèce antique.

Le stade olympique en 1935 en fin de chantier, avec ses airs de monument grec ou romain.
Le stade olympique en 1935 en fin de chantier, avec ses airs de monument grec ou romain.
© Getty - ullstein bild

42 millions de Reichsmark sont dépensé pour faire sortir de terre un stade de 110 000 places au dimensions totalement démesurées pour l’époque. Le calcaire qui recouvre la façade extérieure vient de Franconie, une région au nord de la Bavière. Cette pierre, censée être la pierre originelle du Reich, n’a pas été choisie par Werner March, mais imposée par Albert Speer, l’architecte préféré d’Hitler, au moment de la construction. Devant le stade, une immense esplanade a été imaginée, idéale pour la répétition des défilés nazis.

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Mais la victoire d'Owens sur Hitler

Mais rien ne se passe vraiment comme prévu lors de ces Jeux, orchestrés par Joseph Goebbels, le chef de la propagande du parti nazi depuis 1930. Si la cérémonie d’ouverture est effectivement grandiose, si Adolphe Hitler peut s’offrir un triomphe romain et si les athlètes allemands terminent en tête au classement des médailles, tout est remis en cause par un homme, un seul : Jesse Owens, un noir Américain d’à peine 23 ans, petit-fils d’esclaves, dernier d’une fratrie de 11 enfants.

Lors des premiers Jeux télévisés, le noir américain remporte 4 médailles d’or en 6 jours… Le 3 août, il s’impose sur le 100 mètres. Le lendemain, il gagne le concours du saut en longueur, félicité par Luz Long, son grand rival allemand. Le 5 août, il l'emporte sur 200 mètres avant de prendre l’or du relais 4 fois 100 mètres avec l’équipe américaine. Des succès éclatants sur les théories des races inférieures et de la supériorité aryenne… 

Carl Ludwig Long, le favori du saut en longueur aux Jeux olympiques de 1936 aux côtés de Jesse Owens. Et les deux athlètes sur le podium avec l'or pour l'Américain et l'argent et un salut nazi pour l'Allemand, le 8 août 1936.
Carl Ludwig Long, le favori du saut en longueur aux Jeux olympiques de 1936 aux côtés de Jesse Owens. Et les deux athlètes sur le podium avec l'or pour l'Américain et l'argent et un salut nazi pour l'Allemand, le 8 août 1936.
© Getty - DPA / Picture alliance / Bettmann

On a beaucoup dit, sans véritable preuve qu’Hitler avait refusé de serrer la main de Jesse Owens après ses triomphes. Une chose est certaine en revanche, à son retour aux États Unis, le président Franklin Delano Roosevelt, soucieux d’être réélu par une Amérique largement ségrégationniste, a refusé de le recevoir à la Maison Blanche.

Après les Jeux olympiques de 1936, Adolphe Hitler continue malgré tout d’utiliser le stade olympique pour de grandes opérations de propagande. Il y reçoit le peuple allemand et ses hôtes de marque jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

L'Olympiastadion de Berlin en 1936.
L'Olympiastadion de Berlin en 1936.
© Getty - Arcaid / Universal Images Group

Le coup de tête de Zidane et les records du 100m et 200m de "l'Éclair" Bolt

Après 1945, c’est surtout le football qui occupe le stade olympique. Finale du championnat, finale de la coupe d’Allemagne. Lors de la Coupe du monde de football 1974 organisée en Allemagne, le stade Olympique de Berlin est de la fête : il accueille trois rencontres du premier tour, dont le premier match de l’équipe d’Allemagne de l’Ouest, le 14 juin, contre le Chili. Elle s’impose 1 à 0 grâce à Paul Breitner. Les coéquipiers de Franz Beckenbauer vont remporter la compétition, mais la finale se déroule au stade Olympique de Munich.

C’est grâce à une autre Coupe du monde, celle de 2006, que l’enceinte est rénovée. Le stade olympique devient un stade moderne et un toit est construit sur l’ensemble des tribunes. 

Pour la Coupe du monde de football de 2006, le stade a finalement été rénové. Ici, le 23 juin 2006, pendant la compétition.
Pour la Coupe du monde de football de 2006, le stade a finalement été rénové. Ici, le 23 juin 2006, pendant la compétition.
© AFP - John Macdougall

Un grand débat eu lieu en Allemagne, pour savoir si le stade olympique, l’un des symboles du 3e Reich est bien le meilleur endroit pour accueillir une finale de Coupe du monde, mais c’est bien là que l’Italie domine la France aux tirs au but dans une finale marquée par le coup de tête le plus célèbre de l’histoire du football, celui de Zinedine Zidane sur Marco Materazzi.

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Trois ans plus tard, en 2009, le stade olympique de Berlin accueille les 12e championnats du monde d’athlétisme. Un homme est particulièrement attendu : Usain Bolt. L’année précédente, le jamaïcain avait explosé aux Jeux olympiques de Pékin, remportant 3 médailles d’or, sur 100 mètres, 200 mètres et avec le relais 4 fois 100 mètres avec 3 records du monde à la clef. À Berlin, dans une ambiance exceptionnelle, il réussit encore le triplé et améliore ses records du monde sur 100 mètres et 200 mètres pour les amener à un niveau jamais approché depuis. 9 secondes 58 sur 100 mètres, 19 secondes 19 sur 200 mètres. 

Usain Bolt en août 2009 après ses exploits, face aux photographes et avec la mascotte 'Berlino' lors des championnats du monde d'athlétisme dans le stade olympique de la capitale allemande.
Usain Bolt en août 2009 après ses exploits, face aux photographes et avec la mascotte 'Berlino' lors des championnats du monde d'athlétisme dans le stade olympique de la capitale allemande.
© AFP - Olivier Morin

Soixante-treize ans après Jesse Owens, le stade Olympique de Berlin aura porté bonheur à Usain Bolt.

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