"L'Origine du monde" : 150 ans de scandales, de censures, de fantasmes - #CulturePrime

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"L'Origine du monde" : 150 ans de scandales, de censures et de fantasmes

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Previously | “L’Origine du Monde” a aujourd’hui un visage, et un nom : Constance Quéniaux. Cette découverte est le dernier coup de théâtre de 150 années de scandales, de censures et de fantasmes autour de la toile de Gustave Courbet. Voici en quelques grands jalons l'histoire de cette Origine du monde.

“Il y a toujours dans ma peinture une idée philosophique humanitaire plus ou moins cachée. A vous de la trouver”, a écrit Gustave Courbet.  L’Origine du Monde a aujourd’hui un visage, et un nom : Constance Quéniaux. Cette découverte est le dernier coup de théâtre de 150 années de scandales, de censures et de fantasmes autour de la toile de Gustave Courbet. Voici, en quelques grands jalons, l'histoire de cette Origine du monde, dont on ne sait d'ailleurs même pas qui lui a donné ce titre. 

À lire : Mademoiselle Constance Quéniaux, la femme à "L'Origine du monde"

2018 : l’écrivain Claude Schopp trouve dans la correspondance entre George Sand et Dumas fils la clé du tableau L’Origine du monde, son modèle : une danseuse parisienne. On peut lire dans cette lettre d'Alexandre Dumas fils, qui date de juin 1871 : “On ne peint pas de son pinceau le plus délicat et le plus sonore l’intérieur de Mlle Queniault de l’Opéra.”

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2012 : Un "expert” fait croire à la presse internationale que Courbet a découpé son tableau et que lui-même en a retrouvé la tête, qu'il nomme "L'Extase". Il tente de faire l'inventaire des preuves. Des historiens de l'art et le Musée d'Orsay prouvent rapidement toutes les incohérences de cette théorie.  

2011 : Facebook désactive des comptes d’utilisateurs postant des images du tableau pour non-respect des règles d’utilisation du réseau social. Un instituteur dont le compte a été bloqué poursuit Facebook en justice. Pour son avocat, Maître Stéphane Cottineau,
“le tribunal n’a pas abordé directement la question de la censure, n’a pas abordé directement la question de la différence entre une oeuvre d’art et de la pornographie.”

1995 : Le tableau, l’un des plus célèbres et les moins vus de la peinture européenne, entre au Musée d’Orsay. “Je trouve que les couleurs de la chair sont jolies, c’est tout.” “Rien de dégoûtant là-dedans, monsieur.” “C’est un peu cru.” “Y’a des beaux reliefs quand même, hein.” “Ça ne m’a pas scandalisée, c’est tout.” Les réactions du public face à l'oeuvre sont amusées ou admiratives, mais pas choquées, révèle un micro-trottoir du Journal de France 2 de l'époque. Pendant son discours, la tribune du ministre de la Culture Philippe Douste-Blazy est installée loin du tableau pour qu’il soit impossible de les voir ensemble en même temps. La notice du musée d'Orsay stipule que “grâce à la grande virtuosité de Courbet, au raffinement d'une gamme colorée ambrée, L'Origine du monde échappe cependant au statut d'image pornographique.”

1988 : Première exposition publique du tableau à New York. 

1955 : Le tableau est acheté par Jacques Lacan et sa compagne Sylvia Bataille, l’ex-femme de Georges Bataille. Accroché dans leur maison de campagne, le tableau est caché derrière un autre tableau commandé à André Masson. Le peintre surréaliste reprend les courbes du nu de Courbet et compose un paysage érotique qu'il appelle “Terre érotique”.

1945 : Le tableau passe de la Hongrie à l’Union soviétique. 

1890 - 1945 : Un long parcours conduit L’Origine du monde de marchands en collectionneurs.

1889 : Chez un antiquaire parisien, le tableau est masqué par un autre tableau de Courbet représentant le Château de Blonay. L’écrivain Edmond de Goncourt le voit et écrit dans son Journal : “Devant cette toile que je n’avais jamais vue, je dois faire amende honorable à Courbet : ce ventre est beau comme la chair d’un Corrège.”

1878 : Le critique d’art conservateur Maxime Du Camp utilise L’Origine du monde, inconnue du grand public, pour dénigrer l’engagement révolutionnaire de Courbet : “Il est un mot qui sert à désigner les gens capables de ces sortes d’ordures, dignes d’illustrer les œuvres du marquis de Sade ; mais ce mot n’est guère usité qu’en charcuterie." Maxime Du Camp, Convulsions de Paris

Années 1870 : Ruiné par sa passion du jeu, le diplomate ottoman Khalil-Bey vend sa collection dédiée à la célébration du corps féminin, mais emmène L’Origine du monde avec lui à Constantinople. 

1866-1869 : Chez Khalil-Bey, L’Origine du monde est recouverte d’un tissu vert (couleur de l’islam) qu’il faut écarter pour la regarder. 

1866 : Courbet remet au collectionneur sa commande Le Sommeil, plus L’Origine du Monde.

1865-1866 : Constance Quéniaux, petit rat de l’opéra et maîtresse de Khalil-Bey, pose pour Gustave Courbet.

En savoir plus : « L’Origine du monde » a un nom !