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L'unanimisme feutré de l'Académie Française se fracture contre l'écriture inclusive

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Séance publique annuelle à l'Académie Française, 4 décembre 2003
Séance publique annuelle à l'Académie Française, 4 décembre 2003
© AFP - Joel Robine

Alors que l'Académie s'était fermement et unanimement prononcée contre l'écriture inclusive, les avis sont aujourd'hui plus partagés et des lignes de fracture apparaissent chez les Immortels. Retour sur cette polémique qui interroge notre rapport à la langue... et aux femmes.

L'écriture inclusive, qui vise à rétablir la parité dans langue française, ne cesse de diviser. Et cette fois, jusqu'entre les rangs des Immortels eux-mêmes. L'Académie Française s'était pourtant fermement opposée à cette écriture par l'intermédiaire d'un communiqué du 26 octobre 2017 qui s'affichait unanime

Prenant acte de la diffusion d’une "écriture inclusive" qui prétend s’imposer comme norme, l’Académie française élève à l’unanimité une solennelle mise en garde.

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A cette occasion, Dominique Bona, l'une des quatre académiciennes, expliquait sur franceculture.fr le 27 octobre 2017 qu'elle considérait que "l'écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même", confirmant le danger de_"péril mortel"_ que dénonçait l'Académie : 

Nous sommes quatre académiciennes, et toutes les quatre, nous pensons que la liberté et l’égalité des femmes ne passent pas par le massacre de la langue française. Ce n’est pas en la compliquant, en la rendant pour le moins illisible, qu’on obtiendra un progrès de la condition féminine. La condition féminine n’a rien à voir avec tout ça, et je crois que c’est une mauvaise idée. Je crois que la langue française est belle par la clarté, par la limpidité, donc c’est vraiment tout à fait dommage de penser à la compliquer. L’Académie française a été tout à fait unanime là-dessus.

Dès la mi-novembre, soit quinze jours plus tard, dans une interview accordée à Libération, Dominique Bona enjoignait pourtant l'Académie Française à "rouvrir le débat sur la place du féminin dans la langue française". Un débat plus houleux fracturerait donc l'unanimisme derrière les portes opaques du quai Conti ? Un article publié sur lemonde.fr ce mercredi 13 décembre 2017, confirme les dissensions qui émergent dans le cénacle feutré sur l'écriture inclusive : 

Derrière la bannière de leur secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d’Encausse – qui refuse de féminiser son titre (et d’en parler avec Le Monde) –, les sages du quai de Conti ne sont pas unanimes sur tous les aspects d’une hypothétique réforme. Certains profitent aussi de l’occasion pour faire souffler un petit vent de contestation sur le fonctionnement de l’Académie.

Des séances hebdomadaires ont ainsi démarré depuis ce mois de décembre pour réfléchir à la question. Si le point median est unanimement rejeté, en revanche, d'autres sujets - tels que la féminisation des noms de métiers ou encore l'accord de proximité - divisent ouvertement les Immortels.

C'est à Jean d'Ormesson qu'on attribue d'avoir milité pour l'entrée de la toute première femme à l'Académie française. C'était en 1980 avec Marguerite Yourcenar. L'intéressé, qui vient de mourir début décembre, était revenu sur ce combat pour l'entrée de Yourcenar devant les caméras de la librairie Mollat, en 2016 :

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Quatre décennies plus tard, les femmes ne sont qu'au nombre de quatre - sur quarante fauteuils - dans le giron des Immortels.