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L’US Pérenchies : 3 femmes, 3 générations de footballeuses

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la famille de Souza – Balbo
la famille de Souza – Balbo
© Radio France - Jérôme Cadet

La Coupe du monde féminine de football bat son plein. Dans un pays où 164 638 femmes étaient inscrites au sein de la FFF en 2018. Certaines s'entraînent à Pérenchies, dans le Nord, club précurseur en matière d’intégration des femmes. Rencontre avec une famille de footballeuses.

A Pérenchies (8 300 habitants au Nord-Ouest de Lille), l’Union Sportive compte 450 licenciés, dont 80 femmes, soit presque 20% des effectifs. Dans ce club précurseur en matière d’intégration des femmes, il existe une école de football pour les moins de 11 ans, une équipe de moins de 13 ans, une autre pour les moins de 16 ans et 2 équipes seniors. Un symbole dans ce club : la famille de Souza – Balbo qui incarne trois générations de joueuses. On joue au ballon de mère en fille.

Marie-France de Souza (68 ans)

C’est la femme à tout faire dans le club qu’elle côtoie depuis un demi-siècle. Alors âgée d’une vingtaine d’années, Marie-France a fait partie de la première équipe féminine créée il y a 48 ans, alors que le football pratiquée par des femmes venait tout juste d’être reconnu par la Fédération Française après des décennies d’interdits. Le premier match de ces pionnières s’est déroulé sur le terrain de Pérenchies le 1er mai 1978. 

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Marie-France de Souza
Marie-France de Souza
© Radio France - Jérôme Cadet

Avant, j’allais au stade tous les dimanches avec mon papa pour voir les matches seniors. On a dû s’inscrire au café qui était le lieu du club des supporters. Il y avait des mamans de joueurs, des épouses de joueurs, des filles comme moi et des filles plus jeunes entre 15 et 18 ans. On était 25 filles environ inscrites. Ça a eu un impact incroyable. Il y avait autour du terrain d’honneur environ 400 personnes pour des filles qui n’avaient jamais joué au foot. Elles ont bien ri de nous mais c’était bien. Au départ, ce n’était toujours évident, il y avait quelques réticences chez les hommes, mais ça a continué et on a tenu le coup, c’est le principal.

Emilie Balbo (41 ans)

Dans le sillage de ses parents, Emilie Balbo s’est très vite familiarisée avec un ballon. Elle a commencé à jouer dès l’âge de 5 ans, d’abord uniquement avec des garçons. 

Il n’y avait pas du tout de filles dans le club. J’ai démarré avec ma cousine, elle a joué une petite année avec moi. Elle a arrêté, moi j’ai continué. On ne pouvait jouer qu’avec les garçons, il n’y avait qu’une fille ou deux par club mais c’était tout. Quand il y avait des lacunes, les hommes étaient moins indulgents avec qu’avec les garçons mais il fallait être tenace et on y arrivait. 

Plus grande, Emilie Balbo a pu intégrer une équipe 100% féminine. Elle est ensuite devenue entraîneure des jeunes puis des seniors. Les années 80 et 90 n’ont pas été un long fleuve tranquille pour cette génération de femmes à qui on a collé de nombreux clichés, comme celui de « garçons manqués ». Mais jouer au football n’a jamais été un obstacle pour Emilie, aujourd’hui quadragénaire.  

« Il y a plus d’interrogations de la part de mes collègues femmes qui me disent que le foot prend trop de place dans ma vie. Mais c’est ma passion. C’est plus facile avec mes collègues masculins : j’ai de la matière à discuter. »

Avec les résultats positifs de l’équipe de France et une plus grande médiatisation de cette discipline, les choses ont bien changé avec la jeune génération.

Le côté féminin des joueuses est bien là aujourd'hui. Dans les vestiaires, je n’avais jamais entendu des filles dire : "tu as un lisseur ? ", "je n’ai pas de déo"… Ça, c’est quelque chose qu’on n’entendait pas avant. Les filles ne faisaient pas forcément attention à elles, celles qui jouaient au foot. Maintenant, on a vraiment des réflexions de filles. Ça me choque un petit peu car je n’ai pas été habituée mais, en même temps, je suis contente. Je me dis : enfin, on y arrive. On arrive à avoir des vraies filles qui jouent au foot et ça fait plaisir.

29 min

Alexia Balbo (14 ans) : la relève

Cette collégienne est une vraie passionnée de football et ne cache pas son admiration pour sa grand-mère qui a montré la voie, il y a presque 50 ans. Depuis toute petite, elle tape dans un ballon. Pendant quelques temps, elle a pratiqué également la danse mais elle a vite fait son choix.

Alexia Balbo
Alexia Balbo
© Radio France - Jérôme Cadet

La danse, je n’avais plus trop envie d’y aller, je veux vraiment me concentrer sur le football. Quand je faisais les 2, les gens me regardaient un peu bizarrement. Ce n’est pas trop les mêmes sports, il y en a plus un fait pour les « filles », l’autre pour les garçons. Il faut montrer que le foot féminin peut évoluer aussi bien que le foot masculin, que ce n’est pas parce qu’on est fille qu’on ne peut pas jouer au foot. Encore maintenant, il y a des parents qui qui restent focalisés sur leurs idées et qui disent que le foot, ce n’est vraiment pas pour les filles.  

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