Barricades à Paris en 1848
Barricades à Paris en 1848

La barricade, histoire d'un imaginaire insurrectionnel

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La barricade, histoire d'un imaginaire insurrectionnel

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Histoire | La barricade est le symbole des insurrections populaires et de leur légende depuis 430 ans. Voici l'histoire de cet emblème romantique en six dates clés, jusqu'à sa réactualisation par le mouvement des "gilets jaunes".

La barricade, issue de l'expression "petite barrique", est le symbole des révoltes et de leur représentation iconographique depuis 430 ans, alors que les "gilets jaunes" en ont dressées quelques unes dans le bruit et la fureur, à Paris ces derniers jours.

1- Les premières barricades : 1588

Les premières barricades sont érigées à Paris, le 12 mai, lors d’une journée dite “des barricades”. Les mécontentements financiers et religieux s’accumulent sous le règne d’Henri III. Une “Ligue” subversive organise une mobilisation contre le pouvoir. “L’infinité de menu peuple avait envie de mener les mains et de piller” écrit alors Nicolas Poulain, lieutenant de la Prévôté. La barricade sert alors à se défendre à la fois des troupes du roi, et de l’irruption de ce petit peuple. Trois zones névralgiques se barricadent à Paris : autour de la place Maubert rive gauche, sur l’île de la Cité, et rive droite. A la fin de la journée : 60 soldats sont morts, le duc de Guise prend possession de Paris, et le roi a fui.

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les barricades de 1588
les barricades de 1588
© Getty

2- Leur drôle d'absence en 1789

Pas de barricade d’ampleur dans le Paris de la révolution. La barricade suppose une position défensive. Or en 1789 et 1792, le peuple est en position offensive. Le XIXe siècle montrera que les barricades ne renaissent que quand les forces insurrectionnelles sont en minorité.

Paris en 1789
Paris en 1789
© Getty

3- Les huit insurrections républicaines (1827-1951)

Entre 1827 et 1951, huit insurrections républicaines ont recours aux barricades. Des mouvements prolétaires, spontanés et sans chef. Au même moment, le baron Haussmann transforme les ruelles étroites en larges avenues, permettant aux canons de l’armée de mieux viser. 

En 1830, la révolution de juillet met fin au règne de Charles X. On dénombre plus de 4 000 barricades dans tout Paris.  

En 1832, Les Républicains tentent de renverser la monarchie. Ce sont sur ces barricades que meurt Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo. La barricade est en même temps une construction guerrière et la scène d’un théâtre politique.

En 1848, ce sont de nouvelles barricades qui mettent fin à la monarchie de Juillet. Ouvriers, artisans, étudiants et petite bourgeoisie fraternisent à leurs sommets.

Barricades de la rue saint-Antoine, juillet 1830
Barricades de la rue saint-Antoine, juillet 1830
- © Photothèque des Musées de la Ville de Paris - Cliché Degraces

4- Les ingénieurs ès barricades de la Commune

En 1871, les “communards” érigent des barricades dans tout Paris pour tenir le siège contre l’armée régulière des Versaillais. Une commission spéciale des barricades est même créée, leur construction est confiée à des ingénieurs.

5- Les barricades face à l'ennemi allemand

En août 1944, les Parisiens se soulèvent contre l’occupant. Près de 600 barricades sont dressées sur ordre du colonel Rol-Tanguy pour empêcher les Allemands de circuler.

6- Les barricades estudiantines de 1968

La nuit du 10 mai 1968, les étudiants manifestants occupent le Quartier latin et se barricadent contre les CRS. Les barricades tombent toutes dans la nuit, mais la violence de la répression policière fait basculer l’opinion du pays.

Les barricades se font plus rares au XXe siècle, avec le déplacement des populations prolétaires en périphérie des villes. Elles restent pourtant l’emblème romantique de la révolte populaire.