La bête du Gévaudan était-elle vraiment un loup ?

Représentation de la bête du Gévaudan du XVIIIe siècle
Représentation de la bête du Gévaudan du XVIIIe siècle

La bête du Gévaudan, un mystère jamais résolu

Publicité

La bête du Gévaudan était-elle vraiment un loup ?

Par

Entre 1764 et 1767, plusieurs dizaines de paysans, de femmes et d'enfants ont été dévorés par une bête sauvage dans la province du Gévaudan, qui correspond à l'actuelle Lozère. Une affaire de loup qui a terrorisé le royaume de Louis XV et soulève, aujourd'hui encore, de nombreuses interrogations.

La bête du Gévaudan a tué au moins 78 paysans sur un territoire délimité, dans le Gévaudan, au XVIIIe siècle. L'affaire a durablement terni l’image du loup, faisant de celui-ci une créature sanguinaire et l’ennemi public numéro 1 pour les éleveurs, comme le relate l'historien Bernard Soulier : "Les sources dont disposent les historiens évoquent une bête très grosse, raie noire sur le dos, tâche blanche au poitrail. Les témoins n’ont pas réussi à l’identifier formellement. Ils ont toujours dit : “Cette bête ressemble un petit peu à un loup mais est différente du loup par plusieurs points.”

Le 30 juin 1764, Jeanne Boulet, paysanne de 14 ans, est tuée par une "bête féroce”, près de Langogne. Au cours de l’été, d’autres attaques mortelles ont lieu dans cette région isolée. Les loups sont nombreux dans la région, mais cette bête semble différente.

Publicité

Une bête hors normes

D’après un capitaine présent sur place, “cet animal est de la taille d'un taureau d'un an. Il a les pattes aussi fortes que celles d'un ours avec six griffes, chacune de la longueur d'un doigt, la goeülle (sic) extraordinairement large, le poitrail aussi fort que celuy d'un cheval”.

Pour l’évêque de Mende, ce n’est pas une bête normale mais un fléau divin, qui punit les habitants du Gévaudan pour leurs péchés et leur manque de religiosité.

En deux ans, les attaques font au moins 78 victimes attestées, uniquement des femmes et des enfants. "Au XVIIIe siècle, les enfants de la campagne, n’allant pas à l’école, travaillent dans les fermes et gardent les vaches. Regroupés dans le village, les moutons eux sont gardés par un berger professionnel qui a avec lui de gros chiens, parfois des armes et qui était donc capable de se défendre des attaques de loups et de celles de la bête." poursuit Bernard Soulier.

Si d’autres cas de bêtes dévorantes ont été rapportés jusqu’au XIXe siècle, aucune n’a eu la médiatisation de la bête du Gévaudan. Un contexte médiatique que précise Bernard Soulier : "La guerre de 7 ans avait pris fin en 1763. Alors pour pallier le manque d’actualité, des journaux, principalement la Gazette de France - le journal officiel de l’époque - et le courrier d’Avignon, se saisissent de cette affaire de la bête du Gévaudan."

Des battues impliquant des milliers d’hommes sont organisées. Le bruit des attaques remontent jusqu’à la cour de Louis XV, l’évêque de Mende étant le cousin de deux ministres du roi. L’affaire est même relayée dans la presse anglaise, un affront pour Louis XV, qui décide d’envoyer son porte-arquebuse tuer le bête.

Un loup ou plusieurs ?

Le 20 septembre 1765, le soldat envoyé par le roi abat un loup de grande taille, qu’on pense être la bête. Les attaques cessent pendant quelques semaines… Mais reprennent. Deux ans plus tard, le 19 juin 1767, Jean Chastel, un paysan du coin, abat finalement une bête qui est reconnue par des témoins. Les attaques cessent alors définitivement.

Mais si la bête abattue ressemble à un loup, elle n’est pas formellement identifiée comme tel, du fait de son apparence et de ses proportions déconcertantes. Si on peut affirmer avec certitude qu'elle appartient à la famille des canidés avec ses 42 dents, d'autres questions persistent comme le raconte l'historien Bernard Soulier : '"On n’est pas sûr que c’était un loup pure race. Pour ma part, je pense que l’animal qu’a tué Chastel était un hybride de loup et de chien. Ce n’était pas très courant mais ça pouvait exister, ça peut encore d’ailleurs exister. Un chien errant peut très bien s’accoupler avec une louve. Ce qu’on sait aussi, c’est qu’au XVIIIe siècle, certains chasseurs créaient des hybrides pour ensuite pouvoir chasser le loup avec ces animaux."
Alors, loup sauvage, chien-loup, voire meute de loups ? Nous ne saurons probablement jamais, la dépouille de la bête ayant été naturalisée à la hâte à l'époque, empêchant toute analyse ADN.

L’histoire de la bête du Gévaudan tombe en désuétude jusqu’aux années 1970. Quand Gérard Ménatory, naturaliste et défenseur des loups, affirme que le coupable ne pouvait pas être un loup car les loups n’attaquent pas les hommes, les théories les plus fantaisistes sont alors relancées. La bête du Gévaudan aurait été tour à tour une hyène échappée d’une ménagerie, un singe cynocéphale, un tigron, un léopard, et même le résultat d'une conspiration religieuse ou politique...

Suite à une longue campagne d’éradication, le loup avait quasi disparu du territoire français dans les années 1930 avant de réapparaître dans les années 1990 et d’être classé comme espèce protégée. Il y aurait aujourd’hui quelques centaines d’individus dans toute la France.

Les attaques de loup sur l’homme ont bien existé mais elles restent rarissimes de nos jours, les loups fuyant la présence humaine dans la plupart des situations. Néanmoins le sujet reste très sensible dans un contexte de grande tension entre éleveurs de bétail et défenseurs de la biodiversité.