Longtemps, le déni du pouvoir chinois a prévalu. Pékin veut désormais apparaître comme le leader de la révolution verte. Sauf que ses centrales à charbon continuent de polluer massivement.
Longtemps, le déni du pouvoir chinois a prévalu. Pékin veut désormais apparaître comme le leader de la révolution verte. Sauf que ses centrales à charbon continuent de polluer massivement.

La Chine et le climat : une relation très ambiguë

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La Chine et le climat : une relation très ambiguë

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Le regard de l'autre | Lors de la COP de Glasgow, la Chine a confirmé sa volonté d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060. Engagement symbolique fort, mais échéance très lointaine. Les actes suivront-ils les paroles ? C’est révélateur de la relation très ambiguë du pouvoir chinois vis-à-vis de la question climatique.

La relation de la Chine aux enjeux climatiques reste dominée par la priorité donnée au développement économique. La Chine est en même temps le premier émetteur de gaz à effet de serre, le champion mondial des émissions de carbone, qui ne cessent de s’accroître, et aussi le champion mondial des énergies renouvelables. Et nous sommes tous concernés, car la lutte contre le réchauffement se joue en très grande partie… en Chine ! Elle ne peut aboutir sans une réduction drastique des émissions chinoises.

Analyse en six points clés pour " Le regard de l'autre" : géographie, Histoire, économie, droit, psychologie et sociologie.

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La géographie

Le géant chinois est de plus en plus confronté aux problèmes environnementaux, pas seulement le réchauffement, mais aussi la pollution.

Un peu moins de 10 millions de km2, 1 milliard 400 millions d’habitants (1/4 de la population mondiale), la Chine se considère comme le pivot géostratégique du nouveau Monde, l’Asie et la zone Indo Pacifique.

Elle est bien placée pour constater le réchauffement :

- Hausse du niveau des eaux en mer de Chine, sur tous ces ilots qu’elle investit progressivement à des fins militaires

- Sécheresse croissante à l’intérieur du pays, avec des conséquences en chaine sur la production hydroélectrique.

Plus largement, au-delà de la seule question climatique, l’enjeu environnemental, longtemps dédaigné en Chine, prend de plus en plus de place dans le débat.

La déforestation, longtemps massive, est désormais enrayée. Et surtout la pollution atmosphérique dans les grandes villes chinoises, est devenue un problème majeur de santé publique. Cette pollution provoque près d’un million de morts par an dans le pays (cancers, maladies cardio-vasculaires), et elle contraint souvent les écoles à fermer, notamment à Pékin.

L'Histoire

La prise de conscience chinoise sur la question climatique est relativement récente.

Dans un premier temps, le déni a prévalu. Et surtout, la Chine de Deng Xiao Ping s’est concentrée à partir des années 1980 sur son but de rattrapage économique vis-à-vis de l’Occident. De restauration de sa grandeur perdue, celle des grandes dynasties, l’époque où la Chine dominait le monde. Priorité alors à la croissance, aux exportations, quitte à polluer. Elle se considère alors comme un pays en développement qui n’a pas à être tenu par les mêmes objectifs climatiques contraignants que les pays riches.

À la fin du XXe siècle, la Chine signe donc, en façade, les accords internationaux sur le climat, mais sans prendre de mesures réelles sur son sol. Résultat : entre 1980 et 2010, la consommation énergétique de la Chine est multipliée par 6 ! Le tout sur la base d’énergies fossiles, très polluantes.

Le tournant commence à s’opérer avec la ratification du traité de Kyoto en 2002 puis l’adoption d’un plan vert en 2007.

En 2015, elle dit vouloir "déclarer la guerre à la pollution" et en 2016 elle ratifie l’accord de Paris de la COP21.

Pékin change de logiciel, et veut désormais apparaître comme le leader de la révolution verte. Sauf que ses centrales à charbon continuent de polluer massivement.

58 min

L'économie

C’est le paramètre central : toute décision chinoise sur le climat est liée à l’économie. L’inaction comme l’action.

L’inaction parce que la Chine donne donc la priorité à sa croissance.

L’action parce que Pékin voit désormais dans la lutte contre le réchauffement une occasion de se poser en leader mondial des énergies vertes et de la voiture électrique.

D’un côté, le pouvoir chinois privilégie l’essor de la consommation interne et des exportations : boom du parc automobile, stratégie mondiale des "Nouvelles routes de la soie" avec de nombreux projets polluants à l’étranger. Et surtout, multiplication des centrales à charbon sur le sol chinois : près de 60% du mix énergétique national, et des dizaines de nouvelles centrales encore en construction, au moins jusqu’en 2050. Résultat : les émissions de CO2 de la Chine vont continuer d’augmenter pour de longues années.

Mais d’un autre côté, parallèlement, la Chine est désormais le premier producteur mondial d’énergie éolienne et solaire et le premier investisseur international dans les énergies renouvelables. Alors qu’elle est partie de zéro il y a quinze ans. Un effort gigantesque et ultra rapide. Solaire multiplié par 150, éolien par 6. Désormais, dans les villes, 15 % de la consommation énergétique provient d’énergies renouvelables.

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Le pays est aussi devenu le leader mondial des batteries de voitures électriques. Et il développe également le nucléaire, c’est désormais le 3ème parc mondial.

Évidemment, il faut ramener cela au gigantisme chinois : la Chine est leader mondial en valeur absolue sur l’éolien comme le photovoltaïque parce qu’elle est immensément peuplée. Mais rapportée à la population, en valeur relative, l’effort reste encore modeste.

En tout cas, le combat climatique est bien perçu comme une opportunité de croissance commerciale et de création d’emplois. Tout ramène à l’économie.

Xie Zhenhua, le visage chinois de la diplomatie climatique, lors de la COP26 de Glasgow, le 10 novembre 2021. Il est le "monsieur climat" de la Chine depuis plus de dix ans.
Xie Zhenhua, le visage chinois de la diplomatie climatique, lors de la COP26 de Glasgow, le 10 novembre 2021. Il est le "monsieur climat" de la Chine depuis plus de dix ans.
© AFP - Jeff J Mitchell / POOL

Le droit

Le droit n’est pas la question centrale puisque la Chine a ratifié les grands accords sur le climat.

Au départ, la Chine n’était pas concernée par le protocole de Kyoto en 1997, puisque considérée comme un pays encore en développement. Elle a finalement rejoint le processus en 2002 et ratifié les accords de Paris en 2016, d’un même pas avec Washington.

Depuis, Pékin affiche régulièrement sa volonté d’avancer de façon coordonnée avec les États-Unis sur le sujet. Avec par exemple une nouvelle déclaration commune lors de la COP 26 de Glasgow.

Mais dans les faits, la mise en œuvre tarde à suivre : pas d’engagement contraignant sur le charbon, et un mécanisme intérieur peu incitatif sur le rachat de quotas d’émission de carbone.

La réalité de terrain reste en décalage avec les engagements juridiques (cela dit la Chine est loin d’être la seule dans ce cas).

Psychologie et sociologie

C’est une dimension essentielle pour comprendre l’évolution de la position chinoise vers un engagement climatique plus fort.

D’une part, le président chinois Xi Jinping voit désormais dans la lutte contre le réchauffement une opportunité pour se doter d’une image à la fois puissante et vertueuse, à l’international. Apparaître comme leader sur les énergies renouvelables, c’est se poser en modèle. Un atout fort, sur le plan commercial, comme en termes de soft power.

Et une autre façon de concurrencer les États-Unis. Comme Joe Biden est beaucoup plus ambitieux que son prédécesseur Donald Trump sur la question, la Chine se doit elle aussi d’accroitre ses investissements, dans cette course à l’échalote pour apparaître le plus vert possible.

C’est à cette aune qu’il faut comprendre la récente annonce chinoise de ne plus financer de centrales à charbon à l’étranger.

Avec la collaboration d'Éric Chaverou et de Chadi Romanos

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