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La Citroën DS présidentielle : aux origines du mythe avec Barthes et de Gaulle

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Le président Emmanuel Macron parade dans la toute nouvelle Citroën DS7 sur les Champs-Elysées, après la cérémonie d'investiture, le 14 mai 2017
Le président Emmanuel Macron parade dans la toute nouvelle Citroën DS7 sur les Champs-Elysées, après la cérémonie d'investiture, le 14 mai 2017
© AFP - Eric Feferberg

La voiture d'apparat du nouveau président Macron n'est autre que la toute nouvelle Citroën DS 7. C'est le Général de Gaulle qui, en 1958, fit de ce modèle de luxe son véhicule officiel. Retour aux origines de cet objet mythique qui d'emblée fascina les foules, et le sémiologue Roland Barthes.

La voiture d'apparat que s'est choisie le nouveau président Emmanuel Macron est de la même marque de luxe que celle de son prédécesseur, François Hollande : la DS 7 de Citroën, présentée il y a seulement deux mois au Salon de l'automobile de Genève, et qui sera commercialisée en 2018. C'est le Général de Gaulle qui, en 1958, avait fait du premier modèle de DS (DS 19) son véhicule officiel. Étincelant de tous ses feux couleur aubergine la voiture, apparue en 1955, avait inspiré à Roland Barthes quelques unes des plus belles pages de ses Mythologies. Une archive de France Culture nous ramène aux origines de ce mythe automobile. En octobre 1997, dans l'émission Les lieux de mémoire, Jacques Munier consacrait une heure à la DS, "symbole parfait des Trente Glorieuses" et "objet mythique car sans lui, l’histoire s’efface, comme disait Roland Barthes".

La DS 19_Lieux de mémoire, 02/10/1997

1h 00

Durée : 1h

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C'est en octobre 1955 qu'est apparue pour la première fois la DS de Citroën, effectivement vite élevée au rang de divinité automobile avec son long capot, sa carrosserie rutilante et sa ligne racée. 12 000 commandes sont passées dès la fin du premier jour du salon, et plus de 80 000 à sa fermeture.

La DS 19 est apparue un beau jour d’octobre 1955 en livrée champagne et toit aubergine, effaçant d’un seul coup les longues années de gestation secrète en bureau d’études et les brouillons de ses créateurs, l’ingénieur André Lefebvre et le styliste Flaminio Bertoni. Jacques Munier

La DS 19, égérie de Roland Barthes

Très vite, la voiture fait fureur, adoptée par les classes supérieures, les PDG, les stars, et les élus de la République. Elle promène sa silhouette dans les films de Jean-Pierre Melville ou ceux de Georges Lautner, qui en font le véhicule des voyous. Le philosophe et sémiologue Roland Barthes, dans ses Mythologies (publiées au Seuil en 1957), lui consacre quelques pages, allant même jusqu'à comparer la voiture aux "grandes cathédrales gothiques".

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“Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.” Roland Barthes

Et Barthes de continuer son panégyrique en évoquant "le lisse" de la carrosserie, ou encore les "emboîtements de ses plans" qui fascine le public le faisant "tâte[r] furieusement la jonction des vitres, [...] les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel".

On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement : la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. Roland Barthes

Des écrans de cinéma aux Champs-Elysées

Charles de Gaulle dans sa Citroën DS 19 noire, salue les habitants de Dakar, le premier jour de sa visite au Sénégal
Charles de Gaulle dans sa Citroën DS 19 noire, salue les habitants de Dakar, le premier jour de sa visite au Sénégal
© AFP

En 1958, le Général de Gaulle fait de la DS 19 son véhicule d'apparat. Il avait toujours été fidèle à Citroën, raconte Jean-Louis Loubet, spécialiste de la construction automobile, dans cette archive : “ Après l’appel du 18 juin, Citroën avait en Angleterre un directeur qui a été mobilisé sur place, puisqu’il y avait une usine en Angleterre, et qui s’appelait Louis Garbe, qui a été voir le général de Gaulle et qui lui a dit 'Mon Général, je ne voudrais pas qu’un général français circule sur une voiture anglaise, et je mets à votre disposition une traction avant'. Et pendant toute la guerre, le Général de Gaulle a donc circulé sur cette traction avant. Il avait de la mémoire, il n’a jamais oublié cela, et par la suite, dès qu’il a eu à choisir des voitures, il a toujours choisi Citroën.”

Avec sa DS 19, de Gaulle sillonne la France : Bordeaux, Marseille, Strasbourg... et ne s'en sépare jamais, pas même lors de ses déplacements à l'étranger.

Il s’y plongeait dans des bains de foule avec des cortèges de DS qui traversaient la France à des vitesses vertigineuses, qu’aucune autre voiture n’aurait pu atteindre. Jean-Louis Loubet

Pour conclure notre bout de route au volant de la DS, notons que l'attentat du Petit Clamart en 1962 contribua largement à entériner sa légende. La carrosserie de la voiture passa en effet pour avoir protégé le Général et son épouse, comme le relate Jean-Louis Loubet : "Quelle publicité ! [...] Cette voiture, littéralement mitraillée par des dizaines et des dizaines de balles, avec les pneus avant littéralement lacérés, a continué sa route, le chauffeur ayant eu la présence d'esprit d'accélérer et de contrôler la voiture. Elle n'a pas dévié une seconde de sa trajectoire, et elle a sauvé la vie du Général et de Madame de Gaulle. Et cela... c'est sûr, on a dit 'Quelle voiture étonnante !'"