La Comédie Française joue Les Damnés : écrin magnifique mais...

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La Comédie Française joue Les Damnés : écrin magnifique mais...

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Les Damnés mis en scène par Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie Française
Les Damnés mis en scène par Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie Française
© Maxppp - HIELY Cyril

Retour sur Les Damnés, mis en scène par Ivo van Hove, une représentation inspirée du scénario de Visconti qui avait su filmer avec éclat la montée du nazisme en Allemagne et ses conséquences sur une riche famille d’industriels allemands. Le spectacle signait le retour de la Comédie Française.

Chronique du Festival d'Avignon par Joëlle Gayot

1 min

Les acteurs du Français sont parmi les meilleurs qui soient et le public ne s’y est pas trompé qui leur a fait une ovation. Il fallait à Ivo Van Hove un dispositif parfaitement huilé pour glisser à l’intérieur ces comédiens exceptionnels et leur permettre de s’y déployer.

Musique en live, vidéo filmée en direct, coulisses à vue, public régulièrement éclairé pleine face, scène maculée de sang et de cendres, hurlements et chuchotements sonorisés, scènes de nus et scènes de sexe, son spectacle n’échappe à aucun des signes qui caractérisent aujourd’hui tout théâtre contemporain qui se respecte. Un écrin magnifique, ultra séduisant, avec des fulgurances inoubliables qu’on ne racontera pas pour ne pas en affaiblir l’impact. Mais un écrin aussi qui, dans son efficacité formelle, est une machine qui broie la liberté du spectateur et l’empêche de s’approprier pleinement ce qu’il voit et ce qu’il entend.

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Ivo van Hove a un défaut : il répète trop systématiquement ses effets de mise en scène. C’est sans doute sa façon à lui de nous persuader que ce qui se jouait dans les années 30 peut se rejouer aujourd’hui. Que nous pouvons être, selon nos choix de vie, victimes, complices ou bourreaux de la barbarie à l’œuvre. Que du nazisme au terrorisme, il n’y qu’une mince frontière. A enfoncer ce clou avec force, le metteur en scène finit par laisser à la porte de sa représentation ce qui pourrait la déstabiliser et donc la sublimer : cette infime part d’incertitude qui transformerait un message politiquement bien pensant en une question dérangeante, collectivement partagée, sur nos zones d’ombre. Car elles sont bien réelles.