Contraception et Antiquité, des méthodes douteuses mais pas taboues.
Contraception et Antiquité, des méthodes douteuses mais pas taboues.

Contraception, des pratiques millénaires

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La contraception, une pratique millénaire

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La contraception existe depuis des millénaires et loin d'être taboues, certaines méthodes comme sauter ou se promener sur les pavés, étaient même préconisées par les médecins de l’Antiquité grecque.

En ce début d'année 2023, le préservatif est rendu gratuit et disponible en pharmacie pour les moins de 26 ans. Mais la contraception est une problématique sociale qui existe depuis des millénaires. C'est ce que nous explique l'historienne de l'Antiquité Lydie Bodiou de l'université de Poitiers, spécialiste de l'histoire des femmes, du genre et de l'histoire du corps.

Eurêka !
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Même le retrait est à l'initiative de la femme

À l’époque de l'Antiquité, la femme se doit de procréer. Mais la contraception n’est pas un tabou pour autant analyse Lydie Bodiou : "Le refus d’enfant, quelles qu'en soient les formes, est commun dans l’Antiquité. On n’est pas dans quelque chose de l’ordre de l’exceptionnel. Il y a plusieurs types de formes de refus d’enfant, et la contraception en est un."

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Outre l'abstinence, la méthode la plus simple est celle du retrait. Cette pratique, très intime, est peu documentée mais des textes médicaux la préconisent : “Au point culminant du rapport où l’homme est sur le point d’émettre la semence, la femme doit bloquer sa respiration et se retirer légèrement (...) elle doit se lever aussitôt, s’accroupir, provoquer l’éternuement et boire de l'eau (...)”, comme écrit dans un texte de Soranos, du IIe siècle

Sexualité et contraception ne sont pas un tabou dans l'Antiquité greco-romaine. Fresque de PompéI.
Sexualité et contraception ne sont pas un tabou dans l'Antiquité greco-romaine. Fresque de PompéI.
© Getty

"Et ce qui est intéressant dans les textes médicaux, remarque l'historienne, c’est que l’initiative est demandée à la femme, même dans le coït interrompu. Et si je regarde tous les textes que j’ai travaillés sur le sujet, il n’est jamais rien demandé aux hommes."

Éviter la rencontre des semences

L’idée qui prédomine, c’est qu’il faut éviter que les semences se rencontrent. Donc il faut évacuer le sperme du corps de la femme, d’où les procédés mécaniques : "Ça peut être sauter les pieds aux fesses, se balader sur les chemins carrossables romains sur une litière qui bringuebale, ça peut être prendre des bains qu'on considère amollissants…", énumère la spécialiste.

Ces pratiques, peu efficaces, sont généralement sans danger. Mais ce n’est pas toujours le cas des centaines de "recettes" à base de plantes thérapeutiques, comme le silphium (aujourd'hui disparu), ou l’opopanax. Ce sont des préparations chimiques faites par les femmes pour empêcher l’embryon de se former, "et que les femmes vont, soit ingurgiter sous forme de potion, soit se mettre dans l’utérus sous forme de ce qu’on appelle les pessaires, qui sont l’équivalent de tampons, et qui ont été plongés dans ces préparations chimiques."

Le silphium était une plante commune des préparations médicales de l'Antiquité grecque
Le silphium était une plante commune des préparations médicales de l'Antiquité grecque
© Getty

Les femmes se transmettent ces recettes, même si certaines sont en réalité de dangereux poisons. D’ailleurs, le serment d’Hippocrate défend aux médecins de prescrire des pessaires abortifs. Mais Lydie Bodiou précise : "Ce n’est pas une condamnation de la pratique d’interruption, c’est une restriction médicale d’un type de préparation abortive. Une des raisons, c’est que les femmes en meurent et donc, dans son principe de ne pas donner la mort, c'est tout à fait justifié, voire même elles peuvent être mutilées ce qui est une autre mort féminine. Donc c’est la mère qu’il veut sauver et le ventre reproductif."

La tige de chou, ancêtre de l'aiguille à tricoter

À l'époque, il n’y a pas vraiment de différence entre contraception et avortement, et celui-ci est aussi pratiqué, par les femmes entre elles et avec des conséquences dramatiques. "Ce sont des pratiques mécaniques fortement invasives, qui sont la tige de chou, l’ancêtre de l’aiguille à tricoter, qui va déloger ce qu’on appelle pas forcément un fœtus, mais qui est le mélange des semences qui a coagulé."

Ce type d’interruption de grossesse est déconseillé par le corps médical, non pas pour préserver le fœtus, comme le défendra plus tard la chrétienté, mais toujours parce que cette pratique peut être mortelle pour la femme, ou la rendre stérile. Malgré les risques, la contraception est principalement une affaire de femmes, le médecin n’intervient bien souvent qu’en dernier recours si les méthodes trop invasives ou dangereuses mettent la vie de la mère en danger.

La contraception était avant tout une affaire de femmes, les médecins de l'Antiquité intervenaient en dernier recours
La contraception était avant tout une affaire de femmes, les médecins de l'Antiquité intervenaient en dernier recours
© Getty

Et les hommes ?

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que la contraception devient aussi (un peu) une affaire d’hommes. Pour se protéger entre autre de la syphilis et de la vérole qui font des ravages, les bourgeois libertins, comme Casanova, utilisent des préservatifs en peau ou boyau d'animal et le popularisent. Un contraceptif devenu gratuit pour les plus jeunes en ce début 2023.

Préservatif en boyau de mouton datant du XVIIIe siècle
Préservatif en boyau de mouton datant du XVIIIe siècle
© Getty