La corvée, enjeu mémoriel du Canal de Suez

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La corvée, enjeu mémoriel du canal de Suez

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Prouesse technologique percée en dix ans à partir de 1859, le canal de Suez a néanmoins marqué les esprits parce que beaucoup d'hommes sont morts sur le chantier. La corvée, un drame qui frappa l'époque et dont le souvenir reste palpable aujourd'hui.

De 1859 à 1869, la construction du canal par la Compagnie universelle du canal de Suez emmenée par le Français Ferdinand de Lesseps va être l'objet de vives critiques. Notamment de la part des Britanniques, pour des raisons stratégiques, parce qu'ils s'opposent à ce qu'on barre leur indispensable route des Indes.

Beaucoup vont exprimer leur indignation face à la corvée, c'est-à-dire l'emploi d'une main-d'oeuvre gratuite et exploitée parfois jusqu'à la mort. Car, dans les premières années de construction, le pouvoir égyptien réquisitionne les fellahs dans les campagnes et les fait travailler dans des conditions inhumaines, comme le raconteront certains récits de l'époque : 

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Quelquefois, quand les couffins manquaient, ils plaquaient sur les reins de leurs camarades un tas de boue, que les pauvres diables retenaient des deux mains par derrière, se dépêchant d'aller le secouer sur la berge.                        
"Souvenirs d'un ancien chef de chantier", d'Erckmann-Chatrian, 1887

En tout, on estime que la construction du canal aurait conduit à la mort d'au moins 100 000 ouvriers, en raison notamment du choléra.

Pas sûr que ce soit pour des raisons humanitaires, mais il y aura en tout cas une seconde phase dans les travaux de percement de l'isthme. Après une interruption de chantier en 1864, celui-ci va en effet reprendre en faisant appel à toutes sortes d'innovations technologiques - dragues, excavateurs à godet, locomobiles - qui, sans remplacer totalement le travail des hommes, vont faire entrer le chantier dans la modernité et retirer au moins un peu de sa pénibilité.