La Coupe du monde : 2 trophées, 2 vols, un chien et beaucoup de folles rumeurs

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La Coupe du monde : 2 trophées, 2 vols, un chien et beaucoup de folles rumeurs

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Pelé soulève la coupe du monde le 17 juin 1962, à Santiago au Chili.
Pelé soulève la coupe du monde le 17 juin 1962, à Santiago au Chili.
© Maxppp - picture-alliance / dpa Copyright

32 nations se l’arrachent cette année… Chaque footballeur rêve de le brandir un jour devant une foule en liesse : le trophée de la Coupe du monde. Mais il n’a pas toujours été celui que l’on connaît aujourd'hui. Retour sur l’histoire rocambolesque de la première coupe et de sa remplaçante.

Deux trophées, deux vols, une boîte à chaussures, des Nazis, un chien adulé et de folles rumeurs ! Voilà une part du destin du trophée sportif le plus convoité et le plus célèbre au monde : la coupe du monde de football. Elle est soulevée, embrassée et admirée tous les quatre ans. Mais le trophée actuel n’est pas celui de la première Coupe du monde, dont on se demande même où elle se trouve. Retour sur l’histoire de deux objets mythiques.

1930-1970 : un premier trophée à l’histoire rocambolesque 

La coupe originelle représente Niké, la déesse grecque de la victoire, tenant à bout de bras au-dessus de sa tête un calice octogonal. "La Victoire ailée", comme elle s’appelle à l’époque, a été commandée par le président de la FIFA, la Fédération internationale de football, de l’époque. Le Français Jules Rimet voulait professionnaliser les compétitions internationales de football et a créé une coupe distincte des Jeux olympiques. Le sculpteur parisien Abel Lafleur réalise le trophée. Il mesure 35 centimètres de haut, pèse environ 4 kilos, est en argent fin, plaqué or et repose sur un socle de pierres fines. 

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Une réplique de la coupe Jules Rimet, exposée à Londres en 2015.
Une réplique de la coupe Jules Rimet, exposée à Londres en 2015.
© Getty - .

Jules Rimet emporte le précieux objet dans ses bagages, direction l’Uruguay, pour la toute première Coupe du monde de foot, du 13 au 30 juillet 1930. Les Uruguayens remportent la compétition et sont les premiers à soulever le trophée.  

Jules Rimet (à gauche) remet la coupe au président de la fédération de football de l’Uruguay, lors de la toute première Coupe du monde, le 5 juillet 1930.
Jules Rimet (à gauche) remet la coupe au président de la fédération de football de l’Uruguay, lors de la toute première Coupe du monde, le 5 juillet 1930.
© AFP - STAFF

Caché dans une boîte à chaussures

En 1934 et 1938, l’Italie gagne le trophée, et conformément au règlement de l’époque, le pays obtient le droit de le garder pendant quatre ans. La Victoire ailée est mise en sécurité dans le coffre-fort d’une banque à Rome. Seulement voilà, en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, le pays ne remet pas la coupe en jeu. En 1944, le régime de Mussolini tombe, et le trophée est alors convoité par les Nazis, trophée qui a donc déjà une grande valeur. Un membre de la Fédération italienne, Ottorino Barassi, a l’idée de cacher la coupe dans une boîte à chaussures, sous son lit. Cette cachette se révèle finalement la plus sûre, car les soldats nazis n’ont pas l’idée de l’ouvrir quand ils perquisitionnent plusieurs fois son domicile. 

En 1946, la coupe est baptisée coupe Jules Rimet, en hommage au père fondateur de l'épreuve. 

Le quatrième mondial de l'Histoire a lieu en 1950, au Brésil, l’Europe étant trop dévastée pour organiser l’événement. Ottorino Barassi est alors accueilli en héros, sauveur du précieux trophée. 

La délégation italienne est arrivée au Brésil le 22 juin, avec la coupe, deux jours avant le début de la compétition.
La délégation italienne est arrivée au Brésil le 22 juin, avec la coupe, deux jours avant le début de la compétition.
© AFP - STAFF / INTERCONTINENTALE

Mais pour cette Coupe du monde, la Victoire ailée ne sera pas brandie par les vainqueurs devant un stade conquis. Les Brésiliens, archi-favoris, s’inclinent face à l’Uruguay au Maracana. La défaite de la Seleçao est vécue comme un drame national, empêchant les Uruguayens de parader en tribune d’honneur pour soulever la coupe. 

Quatre ans plus tard, le trophée retourne en Europe et se trouve dans les mains des Allemands, remporté par la République Fédérale d’Allemagne. 

Un chien retrouve la coupe du monde !

En 1966, le pays hôte de la compétition n’est autre que l’Angleterre. Mais en mars, quelques mois avant le mondial, le trophée est volé ! Il est arrivé à Londres en janvier et était censé être gardé dans un coffre sous clé. Mais les organisateurs d’une exposition philatéliste sur le thème "Sport et philatélie" insistent pour exposer quelques jours le trophée parmi les timbres, dont certains de très grandes valeurs. La coupe Jules Rimet est placée dans une vitrine sous la surveillance de cinq gardes, dont deux doivent être présents jour et nuit dans le Westminster Central Hall, où a lieu l’exposition. Le dimanche 20 mars, un office religieux doit s’y tenir avant que l’exposition n’ouvre au public. Pour respecter ce moment religieux, les gardes ne sont pas présents. Une fois la messe terminée, les gardes se rendent compte du vol : le trophée Jules Rimet a disparu de la vitrine. Uniquement le trophée. Le voleur n’a pas touché aux timbres de valeur. Scotland Yard est immédiatement appelé pour enquêter.

Les voleurs ont fait sauter la porte à deux battants pour s’introduire dans la salle d’exposition, raconte à l’époque, le soir même du vol, le correspondant de France Inter à Londres. Selon l’inspecteur, les voleurs n’ont eu qu’à faire sauter le cadenas qui verrouillait la vitrine du trophée. Nous n’avons aucune idée s’il s’agit d’une bande organisée, d’un voleur ayant agi seul, d’un amateur trop enthousiaste ou même d’étudiants qui ont voulu faire une farce. (archive INA)

"C'est une opération bien minutée selon l'inspecteur de Scotland Yard", rapporte le correspondant de l'époque à Londres pour France Inter.

4 min

Farce ou pas, le trophée est introuvable. Paniquée, la Fédération anglaise de football décide alors de faire appel à un orfèvre pour réaliser une réplique du trophée, sans l’accord de la FIFA. Une semaine plus tard, coup de théâtre. Après l’Italien Ottorino Barassi, c’est… un chien qui entre dans l’histoire de la coupe du monde ! Une semaine après le vol, un jeune marin, David Corbett promène Pickles, son bâtard âgé de quatre ans, dans le jardin public en bas de chez lui, dans le sud de Londres. Le chien renifle un bosquet où se trouve un objet, bien emballé dans du papier journal. David Corbett pense alors que c’est une bombe, mais prend son courage à deux mains et le déballe : 

J'ai vu que c'était une sorte de statuette, racontera-t-il au Guardian en 2006. Une femme tenant une sorte de plat au-dessus de sa tête et sur le socle les noms de l'Allemagne, de l'Uruguay, du Brésil. J’ai vite compris de quoi il s’agissait. Je suis allé voir ma femme, qui n’y connaît rien en sport, et je lui ai dit : "J’ai trouvé la Coupe du monde ! J’ai trouvé la Coupe du monde !

David Corbett pose avec son chien dans le jardin au sud de Londres où il a retrouvé la coupe du monde.
David Corbett pose avec son chien dans le jardin au sud de Londres où il a retrouvé la coupe du monde.
© AFP - STAFF
Deux enquêteurs de Scotland Yard montrent à la presse la coupe du monde retrouvée.
Deux enquêteurs de Scotland Yard montrent à la presse la coupe du monde retrouvée.
© AFP - STAFF

Les enquêteurs de Scotland Yard ne trouveront jamais en revanche le fin mot de l’histoire. Pickels deviendra un héros national, il assistera même à la Coupe du monde, remportée par les Anglais. D’ailleurs, la coupe brandit ce jour-là sur le balcon du Palais royal par les footballeurs pourrait bien être la réplique, selon le Financial Times qui publie une longue enquête à ce sujet en 2006. Le journal écrit : "les autorités britanniques voulaient garder le vrai trophée en sécurité. Ce soir-là, les joueurs anglais ont brandi la réplique. Personne ne remarqua la différence".

Les footballeurs anglais brandissent la coupe, en 1966.
Les footballeurs anglais brandissent la coupe, en 1966.
© AFP - STAFF

Toujours selon le quotidien financier britannique, quand les Anglais rendirent la coupe pour la compétition suivante, en 1970, ils donnèrent la réplique. La rumeur courrait que la vraie coupe aurait été conservée par le bijoutier, celui–là même qui en a fait une copie en urgence après le vol lors de l’exposition de timbres. A sa mort, en 1997, sa famille a mis aux enchères ce trophée, acheté par… la FIFA, qui s’est ensuite rendue compte que le trophée était faux. 

Impossible de savoir, conclut le journaliste du Financial Times, où est le vrai trophée !!!

La malédiction continue avec un deuxième vol

En 1970, le Brésil remporte le droit de conserver définitivement la coupe, car il a gagné trois fois la compétition. A l’époque, le règlement le stipulait. Vrai ou faux trophée, la rumeur persiste mais s’atténue. Les Brésiliens le gardent sous haute protection, dans les locaux de la Confédération brésilienne de foot, dans une armoire avec une façade en verre résistante aux balles. Voilà pour la protection de façade, mais derrière, la coupe n’est protégée que par un panneau de bois. En 1983, il suffira d’un pied de biche à des voleurs encagoulés pour dérober la Victoire ailée. A l'époque, Pelé en personne lance un appel aux voleurs pour leur demander de rendre l'objet. 

Mais il est définitivement perdu. 

Un nouveau trophée en or massif en 1974

Au début des années 1970, la FIFA commande un nouveau trophée, prévu pour la 10e Coupe du Monde en 1974. "Après examen des 53 maquettes soumises par des experts issus de sept pays, le choix se porte sur l’œuvre d’un artiste italien : Silvio Gazzaniga", écrit le site officiel de la fédération internationale. 

L’artiste décrit son œuvre : 

De la base jaillissent des lignes qui s’élèvent en spirales pour s’ouvrir et recevoir le monde. Les silhouettes de deux sportifs transcendés par la victoire naissent de la remarquable dynamique de la base massive de la sculpture. 

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La coupe mesure 36,8 cm de haut selon le grand ordonnateur du foot, pèse 6 175 grammes et est en or 18 carats. "Deux couronnes de malachite, pierre semi-précieuse, sont incrustées dans sa base, laquelle porte aussi les noms et années de chaque champion du monde depuis 1974", poursuit le site officiel. La couleur verte de la malachite est censée rappeler la pelouse d’un terrain de football. 

Le socle de la coupe du monde est fait de malachite.
Le socle de la coupe du monde est fait de malachite.
© AFP - MIGUEL MEDINA

En 1974, la première équipe à brandir cette nouvelle coupe sous les applaudissements est l’Allemagne de l’Ouest, qui était également la nation organisatrice. L'expression du capitaine ouest-allemand Franz Beckenbauer se passe de commentaires ;)

Le capitaine allemand Franz Beckenbauer reçoit la nouvelle coupe du monde en 1974.
Le capitaine allemand Franz Beckenbauer reçoit la nouvelle coupe du monde en 1974.
© AFP - STF

Le trophée actuel, à la différence de la coupe Jules Rimet, est la propriété de la FIFA et l’original reste entre ses mains. Les vainqueurs se voient remettre une réplique en plaqué or. 

L’original est la plus grande partie du temps exposé au musée du football à Zurich, au siège de l'organisme. Et quand il n’est pas dans sa vitrine blindée, il fait une grande tournée, les mois précédents l'épreuve qui réunit un milliard de téléspectateurs pour sa finale