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La cour d'honneur, les pieds dans l'eau et le double qui doute

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"Antigone" de Sophocle mis en scène par Satoshi Miyagi dans la "Cour d'Honneur du Palais des Papes"  d'Avignon
"Antigone" de Sophocle mis en scène par Satoshi Miyagi dans la "Cour d'Honneur du Palais des Papes" d'Avignon
© AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Festival d’Avignon. Le coup d'envoi a été donné le 6 juillet dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes par la représentation d’Antigone, une pièce de Sophocle. Joelle Gayot, productrice de l'émission "Une saison au théâtre", suit pour nous le Festival et nous livre tous les soirs ses impressions.

L'avis de Joëlle Gayot sur "Antigone" de Sophocle mis en scène par Satoshi Miyagi

1 min

Ce grand classique du théâtre était interprété et mis en scène par une troupe japonaise dirigée par Satoshi Miyagi. Une représentation très orientale et longuement ovationnée. Ce n’est pourtant pas immédiatement, pas sur le coup, que le spectacle agit. C’est après, plus tard, au cœur de la nuit ou lorsqu’on se réveille qu’il revient frapper à notre mémoire. On revoit tout : le plateau noyé d’eau, les acteurs en noir et blanc qui se déplacent à pas lent, on réentend la musique jouée en live et qui parfois emporte dans une quasi transe. On revoit Créon l’intransigeant qui refuse de donner une sépulture au corps du frère d’Antigone. On réentend son cri à elle, la rebelle, qui paiera de sa vie son refus d’obéir.

Un regard qui erre et flotte

La représentation est là, elle est fichée dans notre inconscient. Elle nous revisite en boomerang, comme un songe, avec une force d’autant plus grande qu’en fait, on n’a pas assisté à un mais à trois spectacles en même temps. Satoshi Miyagi aime en effet démultiplier ses personnages. Les uns font office de récitant tandis que les autres miment le texte. Et le metteur en scène nous offre même le mur de la Cour d’Honneur comme un écran géant sur lequel les ombres des comédiens, en train de jouer, viennent se dédoubler. Alors le regard, notre regard, erre, flotte, il cherche sur qui il peut se poser, à qui il peut s’arrimer pour se faire un jugement. Est-ce sur celui qui parle, celui qui mime ou sur le spectre qui s’élève sur la pierre ? Ce dédoublement n’est pas anodin. Il est pour Satoshi Miyagi le moyen de dire la complexité du débat qui oppose Antigone à Créon. Il n’est pas certain que l’un ait raison plus que l’autre. Méfions nous des jugements à l’emporte pièce, semble suggérer le metteur en scène, qui aux émotions envahissantes préfère, de toute évidence, une salutaire mise à distance.

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Jusqu’au 12 juillet à 22 h dans la Cour d’Honneur

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