Les Idées Claires, la croissance est-elle nécessaire ?
Les Idées Claires, la croissance est-elle nécessaire ?

La croissance est-elle nécessaire ?

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La croissance est-elle nécessaire ?

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Les Idées Claires | Peut-on se passer de croissance sans risquer de voir notre économie s'effondrer ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Le taux de croissance, c'est le chiffre auquel tout gouvernant est attaché, peut-être plus encore que celui du chômage. Que la croissance perde une décimale par rapport au chiffre prévisionnel et c'est la sanction, qu'elle en gagne et ce sera au contraire la victoire.

C'est qu'il faudrait de la croissance pour relancer l'économie, l'emploi, la demande, l'offre ou encore pour faire baisser la dette. Preuve en est, la récente chute du PIB chinois à 6,5 %, au plus bas depuis près de 10 ans, qui entraîne avec elle toute l'économie mondiale. Mais la croissance est-elle le seul horizon de toute forme d'action publique ?

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Pour en parler, nous avons invité Anne-Laure Delatte, économiste et directrice adjointe du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII).

La croissance est-elle nécessaire ? 

Anne-Laure Delatte : "Oui, la croissance est nécessaire au développement parce que l’activité économique est comme un gâteau et quand on a une population qui augmente il faut que le gâteau augmente. Mais il y a des régimes de croissance qui sont insoutenables tels que le régime de croissance dans lequel on est aujourd’hui, qui a des effets absolument désastreux sur notre planète."

Est-ce qu’on a toujours connu la croissance?

"Il y a des historiens de l’économie qui nous montrent que depuis la nuit des temps jusqu’à la révolution industrielle on a une croissance quasiment nulle. C’est-à-dire que la population augmentait mais le gâteau n’augmentait pas, voire augmentait un peu moins que la population ou à peu près au même niveau. Par exemple en France, on a les chiffres entre 1200 et 1800, la croissance du PIB par tête est de 30% en 600 ans, ce qu’on est capable de faire aujourd’hui en 15 ans environ."

On peut donc se passer de croissance...

"C’est absolument nécessaire pour que le niveau de vie augmente et à partir de la révolution industrielle, le niveau de vie de la population a augmenté."

Quels sont les effets négatifs de la croissance ?

"Les deux effets principaux de notre régime de croissance depuis la révolution industrielle et en particulier depuis les années 1950 sont : l’effet sur la planète, sur l’environnement, sur le changement climatique et le deuxième effet, qui commence plutôt dans les années 1980 avec l’émergence des marchés financiers, ce sont les effets de notre régime de croissance sur les inégalités. Et aujourd’hui les chiffres qui ont été reconstitués par Thomas Piketty dans la suite des travaux très importants d'Atkinson, c’est qu’on sait aujourd’hui que dans nos économies on a retrouvé le niveau d’inégalités de la fin du XIXe siècle, et ça c’est dramatique parce que si on a de la croissance, c’est pour améliorer le niveau de vie de la population, or il y a certaines populations qui ont bénéficié bien plus de la croissance que d’autres.

En quoi ces effets sont-ils dangereux ?

"Il faut absolument mettre en place un régime de croissance qui ait une distribution sur les différentes tranches de revenus qui soit égalitaire, parce que sinon il est insoutenable politiquement. Il y a plein de travaux qui ont montré que la montée des extrêmes, la montée du fascisme, la montée du populisme est extrêmement liée à l’augmentation des inégalités et au sentiment d’injustice sociale."

Peut-on changer notre type de croissance ?

"La première solution, c’est Nordhaus, le fameux prix Nobel d'économie de 2018, qui nous dit que pour changer les comportements et pour adopter un régime de croissance qui n’a pas d’effet sur la planète, il faut mettre en place une taxe carbone et il faut la mettre en place dans tous les pays simultanément. On va taxer plus les activités consommatrices et productrices de carbone. Quelle est la solution aux inégalités ? C’est justement d’essayer d’opérer un autre type de distribution par un système de fiscalité qui permette de redistribuer les gains des plus riches vers les populations les plus pauvres."

Et si la solution était la décroissance ?

"Sur le gâteau qui devrait augmenter au fur et à mesure de la population, si vous avez de la décroissance, les parts vont diminuer et ce qu’on a compris en réalité c’est que en plus les parts ne diminuent pas de la même façon pour les différentes populations. Si vous êtes propriétaire de ressources limitées, si vous êtes propriétaire de la terre et du capital, vos revenus peuvent augmenter alors que si vous n’êtes pas propriétaire, si vous êtes ouvrier ou fermier, vos revenus vont se réduire. Donc en réalité, sans croissance on n’a pas d’augmentation des revenus et donc pas d’amélioration du niveau de vie, ça n’est pas souhaitable donc ça n’est pas enseigné en économie. "

"Les Idées claires", un programme hebdomadaire vidéo et audio.

Parce que la vérité est plus lente que le mensonge, parce que la désinformation est plus séduisante que les faits vérifiés, Les Idées Claires démêle le vrai du faux. Chaque semaine, dans une vidéo et en podcast, un.e expert.e et Nicolas Martin (producteur de La Méthode scientifique sur France Culture) remettent de l’ordre autour d’une idée reçue. Retrouvez l'intégralité des épisodes dans le dossier "Les Idées Claires".

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Les Idées Claires sur la croissance

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