Publicité

La danse là où on ne l’attend pas

Par
Dans leur atelier, des ouvrières d'une usine de Yerville dansent leurs gestes de travail
Dans leur atelier, des ouvrières d'une usine de Yerville dansent leurs gestes de travail
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Reportage. Faire entrer l’art et les artistes à l’hôpital n’a rien de nouveau. Depuis 1999, de très nombreux établissements hospitaliers développent des projets culturels pour humaniser les lieux de soins. En Normandie, le CHU de Rouen va encore plus loin en liant hôpital, artistes et entreprises. Reportage.

A l'usine de Yerville les employés dansent leur travail

3 min

"Au-delà des murs, Ensemble"

Depuis 11 ans, le service culturel du CHU de Rouen porte des projets ambitieux pour humaniser l’hôpital. A l’instar des labels "culture santé" qui, l’année dernière, ont récompensé 16 établissements d'Ile-de-France, l’hôpital normand porte non seulement une politique culturelle pour rompre l’isolement des malades mais aussi une politique de territoire destinée à ouvrir l’hôpital aux salariés des entreprises de la région. Dans les deux cas, il fait appel aux artistes. Pour ce projet "Au-delà des murs, Ensemble", les collectivités territoriales et surtout les mécènes privés ont donc débloqué 20 000 euros par an pour faire dialoguer l’hôpital, les entreprises et les arts. Le professeur Pierre Michel, chef du service hépato-gastro-entérologie :

On s’est dit que pour humaniser l’hôpital, il fallait aller chercher à l’extérieur : dans les entreprises, chez les salariés. Tout le monde a entendu parler du cancer alors pourquoi ne pas en parler ensemble ?

Publicité

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Danser son travail

Cette année, la compagnie de danse MAD, du chorégraphe Sylvain Groud, fait partie des trois partenaires artistiques de l’hôpital. MAD est connue pour faire danser tout le monde et mettre la danse partout où on ne l’attend pas : dans les maisons de retraite, dans la rue, ou dans les salles de spectacle mais avec les spectateurs. Pas question, pour autant, de faire de ces danseurs amateurs des phénomènes de foire, des coups médiatico-artistiques. L’idée de Sylvain Groud (un ancien des ballets Preljocaj) est beaucoup plus éthique : c’est de faire ensemble.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Au départ, on a vu arriver Sylvain Groud dans l’usine, pied nus. Il faisait des gestes bizarres en tentant d’imiter nos cadences de travail. Moi, j’ai cru qu’il était un peu fou.

Nathalie, chef d’atelier chez S-industries

C’est à Yerville, au nord de Rouen, dans l’atelier de S-Industries, une usine d’assemblage de cordons électriques que le projet a commencé en février dernier. La méthode du chorégraphe est toujours la même : partir des gestes quotidiens de chacun pour en tirer une émotion sincère et donc un geste poétique.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

"On n’est pas des artistes, on le fait pour les malades !"

Pas facile pour les employés volontaires de S-Industries de faire admettre à leur collègues que cette danse, apprise et répétée pourtant en dehors de leurs heures de travail est un engagement de solidarité. l'entreprise marche à flux tendus avant l'été.

Surtout, la démarche fait tomber les tabous : les murs hiérarchiques, les fonctions établies, le fossé qu’il y a dans l’usine entre l’atelier où il n’y a que des femmes et les bureaux où il n’y a que des hommes. Elle met en place une dynamique de groupe avec des rires et un dialogue alors que pendant le travail personne ne se parle. Et puis, danser rime avec trac, dépassement de soi, rencontre avec d’autres danseurs amateurs d’autres milieux professionnels : des soignants de l’hôpital, des malades du service addictologie. Danser, enfin, rime avec corps et ça c'est un vrai tabou. Une ouvrière témoigne :

Au départ, quand Sylvain nous a demandé de nous rouler par terre, de se toucher moi je ne voulais pas. C'était trop intime, il y avait mon patron dans le groupe.

Les ouvrières de S-Industries dansent leurs gestes de travail pour distraire les malades du cancer au CHU de Rouen
Les ouvrières de S-Industries dansent leurs gestes de travail pour distraire les malades du cancer au CHU de Rouen
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Tous ces danseurs ont accepté de danser et de chanter ensemble dans le hall du CHU de Rouen avant la performance plus intimidante mais aussi plus forte émotionnellement avec les malades alités du service des cancers hépatho-gastriques. Christine, une danseuse du projet :

Je crois que danser permet de mieux se regarder et de mieux regarder l’autre. C’est comme renaître une deuxième fois.