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La "dark information" et son influence sur la présidentielle

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Manifestation à Paris le 17 juillet 2021 contre le pass sanitaire. Pour Antoine Bayet, "ces manifestations dans les rues de France, pas grand monde ne les avait vues venir. C'est l’exemple parfait de la 'dark information' qui pénètre le vrai monde".
Manifestation à Paris le 17 juillet 2021 contre le pass sanitaire. Pour Antoine Bayet, "ces manifestations dans les rues de France, pas grand monde ne les avait vues venir. C'est l’exemple parfait de la 'dark information' qui pénètre le vrai monde".
© AFP - Thomas Morel-Fort / Hans Lucas

Entretien. Antoine Bayet est directeur éditorial de l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Il a enquêté sur la "dark info", ces informations fausses et fabriquées qui circulent sur les réseaux et en dehors des circuits classiques, à un mois de la présidentielle française et en pleine guerre en Ukraine.

Passé par Europe 1 puis franceinfo, le journaliste Antoine Bayet vient de publier une enquête sur les fausses informations qui ont marqué ces derniers mois, la pandémie et le mandat d'Emmanuel Macron et sur "les faussaires de l'info".

Comment définissez-vous la "dark information" ?

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C’est un terme que j'ai inventé. C’est une manière pour moi de qualifier toute l'information qui va ressembler à de l'information, qui a le goût et la couleur de l'information, mais qui n’en est pas. Bref, c'est un peu comme le "Canada Dry" et l'alcool ! Tout simplement, c'est de l'information qui a été manipulée par un faussaire avec une  intention malveillante. Cette intention peut être motivée par des considérations politiques, par des considérations économiques, par des considérations personnelles. C'est le cœur du livre. J’ai voulu rencontrer ces faussaires de l'information. 

Où fabriquent-ils ces fausses informations ? Sur les réseaux sociaux ? Ou ailleurs ?

Effectivement, il y a des lieux spécifiques. L'application de messagerie Telegram par exemple. Une plateforme vidéo qui s'appelle Odysee, qui ressemble à YouTube, mais qui n'est jamais modérée. Et donc sur ces lieux spécifiques vont se coordonner des actions qui, ensuite, émergent sur les réseaux sociaux traditionnels, qui là touchent le  grand public : YouTube, Facebook, l'Internet de Monsieur et Madame Tout-le-monde. 

Mais ces fausses informations émergent aussi dans la vraie vie, dans la rue, dans des manifestations. J'ai beaucoup documenté les manifestations antivax et anti pass sanitaire de 2021. Ces manifestations qui le 17 juillet 2021 ont rassemblé jusqu’à 140 000 personnes dans les rues de France, pas grand monde ne les avait vues venir. Pour moi, c'est l’exemple parfait de la "dark information" qui pénètre le vrai monde. 

Nous sommes à moins d’un mois de la présidentielle française. Quel rôle joue ou a pu jouer cette "dark information" dans cette période électorale ? 

Il y a un rapport de certains candidats avec cette sphère de la "dark information". Certains vont avoir tendance à l’encourager ou à la relayer. Si je prends l’exemple du pseudo documentaire "Hold up" qui avait été très largement relayé au dernier semestre 2020, et si je reprends ce qu'en écrivait Éric Zemmour à l'époque, il se montrait bienveillant à l’égard de de documentaire. À l'époque, il n’était encore que journaliste et pas candidat. 

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Si je regarde des manifestations plus récentes, par exemple la tentative du "convoi de la liberté", on voit qu’une partie de l’extrême-gauche a encouragé ce mouvement et pu fermer les yeux sur certains propos dérangeants, à certains moments. 

Il y a aussi évidemment, dans cette "dark information", des motivations politiques. J'ai rencontré des acteurs qui sont clairement situés à l'extrême-droite de l’échiquier politique. Deux exemples : une chaine YouTube qui s’appelle "Livre noir". Elle est très proche d'Éric Zemmour. Je raconte également dans mon livre le cas d'un ancêtre de cette "dark information" qui s'appelle "TV Liberté". Ces différents acteurs ont pour ambition d'imposer un agenda politique pendant cette campagne présidentielle, en poussant des thématiques comme l’immigration. Ils le font, quitte à se saisir de certains sujets d'hyper actualité comme la guerre en Ukraine notamment.

La guerre en Ukraine est une période où il y a une profusion de fausses informations ? 

J'ai vu se retourner certains acteurs de cette "dark information" que j’avais interrogés pour le livre et qui à l’époque étaient très mobilisés sur le pass vaccinal. Mais dans les trois ou quatre premiers jours de la guerre en Ukraine, je les ai vus se retourner et devenir des diffuseurs d'une petite musique qui en gros faisait : "On ne nous dit pas tout". Et puis c’est vite passé à autre chose, à la défense par exemple de la chaine Russia Today, RT France, avec une importante cristallisation autour de cet interdit, considéré par eux comme une censure. Dans le même temps, on a vu fleurir de nombreux messages pro-Poutine. Il y a eu incontestablement une forme de glissement de ces acteurs de la "dark info" sur le conflit en Ukraine. 

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