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La dernière séance au cinéma de Léonora Miano, Pomme, Bastien Vivès, Barbara Cassin...

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Et vous, vous souvenez vous de votre dernière séance au cinéma ?
Et vous, vous souvenez vous de votre dernière séance au cinéma ?
© Getty - Ariel Skelley

Vous souvenez-vous de votre dernière séance au cinéma ? Nous avons posé la question à des écrivains, des artistes, des universitaires…

Sophie Mirouze a pris l’habitude depuis 2003 de noter tous les films qu’elle voit sur grand écran et, surtout, de garder précieusement ses tickets de cinéma. Aujourd’hui déléguée du Festival de Cinéma de la Rochelle, Sophie Mirouze a réalisé à l’aide de son téléphone un joli petit film de confinement, en utilisant d’une manière originale sa collection de 2 196 tickets. 

D’une durée de 3’40’’ et sur une musique de Bernard Herrmann (le thème de Taxi Driver), ce film ludique et mélancolique, mis en ligne depuis le 1er mai, fait partie du projet WIND(ow), lancé par les enseignants d'option cinéma du lycée Rotrou de Dreux et hébergé par la plateforme Par ma fenêtre lancée un mois plutôt par le réalisateur et producteur Benoît Labourdette. Outre Dernières séances de Sophie Mirouze, on peut voir sur la page WIND(ow), parmi les essais des jeunes, des films inédits et de confinement créés pour eux par Mathieu Amalric, Michel Gondry, José-Luis Guerin, Benoît Forgeard, Maud Alpi, Rolf de Heer, Danielle Arbid, Bojina Panayotova, Frédéric Mermoud, Nicolas Lasnibat, Raphaël Jacoulot, Serge Bozon ou Thierry de Peretti…

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A l’occasion de notre grand week-end cinéma, Sophie Mirouze a bien voulu partager avec nous son film et se remémorer, avec d’autres invités, sa dernière séance au cinéma.

Je garde un souvenir assez étrange de ma dernière séance au cinéma. C’était la première fois, je crois, que je prenais le train pour aller voir un film ! Pour "Vivarium", un film islandais sélectionné à la Semaine de la critique de Cannes 2019. C’était le mercredi 11 mars, jour de la sortie en salles du film. J’étais avec mon assistante au Festival La Rochelle Cinéma, Aliénor Pinta, un ami critique Jacques Kermabon et sa femme Maya. C’était au Ciné Centre de Dreux, que je découvrais… J’étais invitée à l’ouverture du Festival Regards d’ailleurs de Dreux, dirigé par un ami, critique et enseignant de cinéma, Thierry Méranger. Dans le train de Paris à Dreux, le coronavirus faisait déjà la une des journaux et nous craignions d’arriver dans une salle vide. Quelle belle surprise de voir une salle pleine de centaines de spectateurs venus découvrir le film d’un jeune cinéaste islandais. Je n’ai pas été vraiment convaincue par "Vivarium" mais cette séance me laisse quand même un souvenir très particulier, comme un avant-goût de cette période de confinement. Dans le film, très critique de notre société de consommation, les personnages, confinés dans un lotissement, cherchent à échapper à un cauchemar… 72h après, les salles de cinéma fermaient… 

  • Todd Shepard, universitaire :

C’était le jeudi, 5 mars, je venais de rentrer chez moi à New-York, après trois jours à Baltimore où j’enseigne et mon copain insistait pour qu’on aille voir "The Invisible man", de Leigh Whannell. Il faisait froid mais j’avais envie de voir ce remake féministe du “sci-fi B movie classic”. Avec mon copain, on est parti à pieds à Broadway, dans le grand cinéplex Regents Cinemas. Il n’y avait presque personne, à peine une douzaine dans la grande salle prévue pour le blockbuster qu’on était venus voir. Les places sont très confortables et le film m’absorbait. Cinq jours plus tard, le 11 mars, je suis rentré de Baltimore à New-York en urgence. Cette fois-ci pour commencer un confinement avant l’heure. 

  • Bastien Vivès, auteur de BD :

Avec un enfant de 2 ans, c’est compliqué d’aller au ciné comme avant. Ma dernière séance remonte à l'été dernier au cinéma Grand Large, à Fecamp. Le plaisir du cinéma continue après la séance cinéma, quand on parle du film sur le chemin du retour, si le film est bon bien sûr et ce fut le cas avec "Sybil" de Justine Triet : mise en scène impeccable, supers acteurs, on peut en discuter des heures une fois le film fini… En marchant, c’est très agréable et si en plus on est bien accompagné c’est inégalable. J’étais avec ma chérie… 

  • Léonora Miano, écrivaine et romancière : 

Mon dernier film vu au cinéma est "Bacurau", de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Un western futuriste do brazil, vu le 3 octobre 2019 au mk2 Beaubourg, après une signature ce soir-là aux Cahiers de Colette. J’étais avec un ami togolais de passage à Paris. Nous avons dîné dans un de ces restaurants toujours bondés de la rue Rambuteau avant d'aller au cinéma. Nous vivions les uns contre les autres sans crainte, sans animosité particulière. C'était le temps de la bise à n'importe qui, on se touchait beaucoup. J'attends le vaccin qui nous rendra les uns aux autres. Qu'on s'engueule face à face et sans masque. Et qu'on s’embrasse. 

  • Barbara Cassin, philosophe :

Dernier film vu au cinéma ? "Les Misérables", de Ladj Ly, l’hiver dernier, je ne saurai pas dire quand avec précision. C’était dans une salle du 13ème arrondissement de Paris, L’Escurial, et j’étais seule, je crois. Un film à la fois bouleversant et normal, dans son rapport aux jeunes de milieux défavorisés. Je travaille beaucoup moi-même avec des jeunes, à Aubervilliers, à Marseille. Dé-confinons l’école, ouvrons les lieux fermés, offrons de la culture à ceux qui n’en ont pas beaucoup ! 

  • Marco Barbon, photographe :

Je vis à Marseille, j’ai vu il y a moins de six mois, le documentaire "Des hommes", de Jean-Robert Viallet et Alice Odiot, sur l’enfermement de détenus dans la prison des Baumettes, tourné quelques jours avant sa fermeture. Ça m’a beaucoup plu. C’était la dernière séance. J’ai vu ce film avec un ami à La Baleine, Cours Julien, à Marseille où je vis. C’est dans une toute petite salle qui a toujours une belle programmation. Ça me manque aujourd’hui. 

  • Faïza Guène, romancière : 

La dernière fois que j’ai mis les pieds au ciné c’était une semaine à peu près avant le confinement même si ça me paraît il y a une éternité... Avec mon compagnon et ma fille, on a vu un film pour enfant "Le voyage du docteur Dolittle" avec Robert Downey Jr. dans un UGC à Rosny-sous-Bois. Le film raconte les aventures d’un médecin qui a le don de communiquer avec les animaux. Si on m’avait que le monde se figerait quelques jours plus tard et qu’on serait tous plus ou moins confinés, je n’y aurais pas cru ! La possibilité de parler à des animaux m’aurait paru moins invraisemblable !

  • Pacôme Thiellement, vidéaste et essayiste : 

J’ai revu "Casanova" de Fellini, à Paris, au Champo, c’était en janvier. Bouleversant. C’est un film que je connais par cœur, mais que je vois comme si je ne l’avais jamais vu. Les images sont tellement pleines, c’est comme un tableau : l’expérience de Fellini en grand écran, le détail, l’expérience de la salle, la sensation d’immersion dans le film. Le cinéma est un espace, je me promène dedans.

  • Pomme, chanteuse :

Ma dernière sortie ciné c’était pour "Dark Waters" de Todd Haynes, vu le 2 février, avec trois amies, à Paris, au mk2 Gambetta. Aujourd’hui, cette sortie ciné m’évoque une vie plus douce, des moments de déconnexion totale. Le cinéma est pour moi un endroit sacré, un endroit de pénombre et d’oubli de la réalité.

  • Nina Bouraoui, romancière : 

Je suis allée voir "Un divan à Tunis" de Manele Labidi, fin février, au mk2 Beaubourg, à Paris, seule. Je me souviens d'une grande émotion et d'un grand rire aussi, avec l'envie irrésistible de retourner en Algérie et de retrouver cette ambiance si attachante et parfois si surréaliste. Même si le film se déroule en Tunisie, j'y ai reconnu tant de choses d’Alger. 

  • Marion Rampal, chanteuse jazz : 

J’ai vu "La Comtesse aux pieds nus", de Joseph L. Mankiewicz, au Ciné-club Jean Douchet, à La Cinémathèque, à Paris, il y a six mois, avec mon mari. C’est extraordinaire cette salle, ce grand écran, ce film sur la femme aussi, extraordinaire, avec ce couple Humphrey Bogart, Ava Gardner ; un traitement très moderne de la relation entre un homme et une femme.

  • Marie Desplechin, romancière et scénariste :  

Mon dernier film c’était "Hors normes", d’Éric Toledano et Olivier Nakache, peu après sa sortie, en octobre dernier, au Ciné Cité les Halles. J’ai emmené la jeune ado de douze ans qui vit chez moi. J’ai vu deux fois le film. J’aime beaucoup ces deux réalisateurs, j’ai l’impression qu’ils me racontent les histoires que j’ai envie d’entendre, que je vais me retrouver avec des amis. C’est pour ça qu’ils ont beaucoup de succès. J’aime leur rapport aux acteurs, et j’adore, comme eux, Omar Sy.

Propos recueillis par Corinne Amar et Tewfik Hakem