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La difficile nomination d'un directeur pour Sciences Po

La ministre de l'enseignement supérieur Geneviève Fioraso entame une partie d'échecs avec Sciences Po pour la succession de Richard Descoings.

sciences po
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- Yann Foreix

L'actuel directeur par intérim Hervé Crès semble bien parti puisqu'il vient d'être désigné candidat par le Conseil d'Administration et le Conseil de Direction.

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Mais le gouvernement, qui doit valider ce choix, avait demandé que la procédure soit reportée au 22 novembre prochain, date de la remise officielle du rapport de la Cour des comptes sur les finances de l'école.

Dans ces conditions, les jeux sont-ils déjà faits ? Hervé Crès sera-t-il le nouveau directeur ? Rien n'est moins sûr.

Déjà, le résultat du vote est très serré. Sa candidature a été validée à une seule voix d'avance lundi par le Conseil d'Administration de l'école.

Mardi, il a obtenu eu 13 voix en sa faveur, une seule contre lui, mais il y a eu 14 votes blancs, et un membre ne s'est pas exprimé.

Autant dire qu'il est très loin de faire consensus.

Ce qui confirme en fait le verrouillage de cette désignation par le président du Conseil d'Administration Jean Claude Casanova et le président du Conseil de Direction Michel Pébereau.

Le numéro 2 de Richard Descoings
Hervé Crès est un homme de 45 ans, titulaire de deux doctorats en mathématiques appliquées et en économie. Un diplôme de Sciences Po, une expérience à l'internationale à l'université de Pennsylvanie et toutes les capacités requises.

Mais ce qui pose problème, c'est son passé auprès de l'ancien directeur de l'école Richard Descoings. Il a été quatre ans son adjoint, période durant laquelle les dépenses de Sciences Po en termes de salaires et de primes versées aux dirigeants ont explosé. Des pratiques qui font l'objet d'une enquête et d'un rapport de la Cour des comptes qui sera remis officiellement le 22 novembre.

Geneviève Fioraso
Geneviève Fioraso

C'est là qu'intervient le ministère de l'enseignement supérieur puisque c'est lui qui va valider ou non la candidature d'Hervé Crès. Un choix qui doit être officialisé par un décret de l'Elysée.

La ministre Geneviève Fioraso avait demandé à Sciences Po d'attendre pour désigner le candidat le 22 novembre la remise officielle du rapport de la Cour des comptes. Une consigne non suivie. On est donc désormais dans une opposition frontale entre l'école et le gouvernement.

Mais il ne faut pas s'attendre à ce que la ministre révoque Hervé Crès. Elle ne veut pas rentrer dans une querelle de personne et nommer un candidat qui serait celui du gouvernement :

Je n'ai pas à me prononcer, ni juridiquement ni de par les compétences qui sont accordées au ministère de l'enseignement supérieure et de la recherche. Sur la nomination du directeur par les deux conseils.

Ce que veut la ministre, c'est imposer une tutelle financière de l'Etat sur Sciences Po pour éviter les dérives qui ont eu lieu sous l'ère Descoings :

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C'est là que tout va se jouer : avec ce rapport de la cour des comptes qui sera remis le 22 novembre. La ministre sait qu'elle est en possession d'une arme puissante puisque sur la base de ce rapport il pourrait y avoir des poursuites judicaires.

Dans ces conditions, comment maintenir un candidat qui était en poste en tant que directeur adjoint au moment des dérives budgétaires initiées par Richard Descoings ? Ce sera certainement très difficile, il faudra peut-être, gardons le au conditionnel, recommencer la procédure de désignation.

En résumé, la ministre ne rentrera pas dans un conflit frontal avec les dirigeants de Sciences Po, mais elle a les moyens de leur forcer la main.

Et puis il y a une chose que Geneviève Fioraso ne digère toujours pas : ce sont des propos qu'aurait tenu le président du Conseil d'Administration, Jean Claude Casanova lundi. Il a expliqué avoir l'accord de la ministre sur le nom d'Hervé Crès et aussi l'assurance qu'il n'y aurait pas de poursuites de la cour des comptes. Ce qui est complètement faux selon la ministre :

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38 sec

La nomination du futur directeur de sciences po paris est une affaire "compliquée", avec un fort aspect politique, et qui est très loin d'être terminée.