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La discrimination à l’embauche, un phénomène "loin d’être isolé"

Au salon de l'emploi public le 12 juin 2014.
Au salon de l'emploi public le 12 juin 2014.
© Maxppp - Bruno Levesque

Des discriminations à cause de l'origine, du nom, de la couleur de peau ou de la religion... Ces barrières à l'emploi interviennent "souvent", voire "très souvent", d'après un rapport publié ce lundi par le Défenseur des droits. Il repose sur les témoignages de 758 personnes.

Le panorama est "particulièrement inquiétant". Dans un rapport rendu public ce lundi (ci-dessous), le Défenseur des droits Jacques Toubon dénonce "le parcours d’obstacles" que représente l’accès au marché du travail pour les personnes d’origine étrangère. Ils sont 758, âgés de 18 à 65 ans, à avoir répondu à un questionnaire sur internet.

Les discriminations à l’embauche se répètent

Pour plus de 60% des personnes ayant témoigné, les discriminations à l’embauche se sont produites "souvent" ou "très souvent" au cours des cinq dernières années. La fréquence est particulièrement élevée chez les hommes perçus comme arabes. Ils souffrent de l’association entre identité arabe supposée et confession musulmane, une religion qui selon les témoins attirent les préjugés.

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L’origine, le nom, la couleur de peau et la religion : principaux motifs de discrimination

L’origine est citée par une grande majorité des personnes interrogées comme la première source de discrimination. "Au lendemain des attentats de novembre, le patron m’a dit qu’il voulait travailler avec des Français et m’a licencié. Pour info, je suis Français", raconte un homme de 41 ans en recherche d’emploi.

Mais arrive très vite derrière l’origine, le nom et le prénom. Une demandeuse d’emploi de 25 ans témoigne :

"Il est clair que ni mon nom et prénom, qui sonnent très étrangers, ni ma couleur de peau ne m'aident. Quand je vois que j'ai à peine décroché 2 entretiens en 7 mois, en postulant tous les jours et en rappelant les entreprises, il y a de quoi se poser des questions."

Et pourtant, cette jeune femme était dit-elle "la première de la classe" et "recommandée" par ses anciens tuteurs de stages.

Chez les personnes noires de peau, la couleur est décrite comme un élément majeur de discrimination par 82% des femmes et 69% des hommes. En revanche, ce facteur n’est plus aussi déterminant pour les témoins qui se disent perçus comme arabes. Pour eux, les convictions religieuses et notamment l’appartenance supposée à la religion musulmane sont un frein essentiel à l’embauche.

Très peu de recours des victimes de discrimination

Seules 8% des personnes interrogées ont entamé des démarches pour faire reconnaître les discriminations dont elles ont été victimes. Plus préoccupant, ils sont quatre sur dix à n'en avoir jamais parlé autour d’eux.

Pour ceux qui n’ont pas accepté un emploi sous-qualifié pour finalement accéder au marché du travail, la solution se trouve parfois à l'étranger. Ils sont 40% à envisager l'expatriation, comme cette demandeuse d’emploi de 27 ans : "Je travaille dans l'informatique bancaire, j'ai 27 ans, un Bac+5, je parle quatre langues couramment, j'ai de l'expérience mais toujours pas de CDI... Actuellement, je pense à changer de pays et monter ma boîte à l'étranger".

Entre le faible nombre de recours et les envies d'ailleurs, le Défenseur des droits constate chez ces victimes de discrimination une "perte de confiance à l'égard des institutions de la République et en la capacité des politiques publiques à lutter contre cette situation".

A écouter : Peut-on recruter sans discriminer ? (Du Grain à moudre)