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La "documenteuse" Agnès Varda en 5 "couples" de films

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Pellicules des films d'Agnès Varda exposées en 2018 à la Galerie Nathalie Obadia à Paris
Pellicules des films d'Agnès Varda exposées en 2018 à la Galerie Nathalie Obadia à Paris
© Getty - Pierre Suu

"Je ne sais pas pourquoi j'ai voulu faire un premier film" racontait en 1978 une Agnès Varda qui réalisera pourtant par la suite près de 50 films, faisant preuve au passage d'une créativité et d'un sens de l'innovation remarquables. Retour sur une oeuvre d'exploratrice en 10 films.

Comment appréhender l'oeuvre filmée d'Agnès Varda, celle qui a inventé la Nouvelle vague et qui vient de mourir à l'âge de 90 ans ? De 1955 à 2019, son oeuvre de réalisatrice comprend presque 50 films, courts et longs-métrages. Au premier abord, on pourrait être tenté de les séparer en deux séries distinctes, films de fiction d'un côté, documentaires de l'autre. Pourtant, dans les deux catégories, des films se répondent, comme un écho à la thématique du miroir traversant une filmographie où le titre est souvent double (L'Une chante, l'autre pas) et les sorties ont parfois eu lieu simultanément (Jane B. par Agnès V. et Kung fu master en 1987, par exemple). Mais le double c'est peut-être surtout la façon de tourner, puisque Varda a régulièrement revendiqué le fait d'être soi et son contraire, de penser l'autre pour se penser soi-même.

Voici donc une liste de cinq films façon binôme, 5 "couples" de cinéma dans sa filmographie, qui se répondent l'un l'autre creusant chaque fois un même sillon dans une oeuvre importante : 

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Nouvelle vague : "La Pointe courte" (1955) et "Cléo de 5 à 7" (1962)

Avec ses deux premiers longs-métrages de fiction, Agnès Varda donne un coup d'envoi décisif au vent de liberté sur le cinéma français et mondial que sera la Nouvelle vague (même si la reconnaissance interviendra bien tard). En particulier avec La Pointe courte, tourné avec très peu de moyens et beaucoup de culot, dans lequel sont juxtaposés la vie des pêcheurs de Sète et l'histoire d'un couple interprété par deux acteurs au style très théâtral. Cléo de 5 à 7, histoire d'une femme qui attend le résultat d'examens médicaux, se pose aussi à rebours du cinéma académique de l'époque, avec son utilisation du temps réel, et cette manière de faire surgir de nouvelles héroïnes, des femmes qui ne sont plus simples spectatrices de leur vie.

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Californie : "Mur murs" (1981) et "Documenteur" (1981)

Deux films de la période "californienne" d'Agnès Varda : l'un est un documentaire sur les belles fresques murales tracées par les ouvriers mexicains sur les murs de Los Angeles, l'autre l'histoire d'une femme seule à Los Angeles avec son jeune fils. Là encore, comme en écho, la face solaire de la Californie, en miroir avec une dimension plus désespérée marquée par l'exil et la solitude.

Empathie : "Sans toit ni loi" (1985) et "Les Glaneurs et la glaneuse" (2000)

Certes les deux films sont tournés à 15 ans d'écart, et le premier, Sans toit ni loi, permettra à la réalisatrice d'obtenir l'un de ses plus grands succès critique et public, récompensé par un Lion d'or au Festival de Venise et une série de nominations aux César. Mais dans les deux cas, c'est un regard plein d'humanité sur la pauvreté qui s'exprime, un "cinéma de l'hospitalité" qui renvoie aussi au court-métrage L'Opéra-Mouffe (1958), dans lequel Varda se filmait enceinte et comme partagée entre l'opulence du marché et la misère frappant ceux qu'on n'appelait pas encore "SDF". Dans Les Glaneurs et la glaneuse, des gens ramassent des légumes par terre sur les marchés, de la même façon que l'héroïne de Sans toi ni loi est filmée sans psychologie, avec une part de mystère pour préserver sa dignité.

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Style Demy : "Jacquot de Nantes" (1991) et "Les Demoiselles ont eu 25 ans" (1993)

Deux films hommage à la personnalité et à l'oeuvre de son mari, le réalisateur Jacques Demy. Jacquot de Nantes s'appuie sur le récit, par Demy, de son enfance heureuse et raconte comment celle-ci peut influencer la naissance d'une vocation de cinéaste. Les Demoiselles ont eu 25 ans est un documentaire lumineux sur une comédie musicale historique, qui mélange de joyeuses images tournées à 25 ans d'écart. Dans les deux films, le style de Demy est évidemment très présent, mais il faut souligner à quel point c'est exceptionnel car leurs parcours de cinéastes ont toujours été extrêmement séparés. Tout au long de leur vie, leur complicité fut plus amoureuse que cinématographique.

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Autoportrait : "Les Plages d'Agnès" (2008) et "Varda par Agnès" (2019)

Enfin le temps de l'introspection, du portrait, avec un regard très subjectif qu'on peut appeler "auto-documentaire". Pas un journal intime filmé mais des bribes de films passés, des causeries qui emmènent jusqu'à ses activités d'artiste projetant ses images dans des "cabanes". Et, comme le Jean-Luc Godard façon JLG, voilà le moment où Agnès Varda invente pour raconter sa vie un double de cinéma, un personnage qui lui ressemble mais n'est pas tout à fait elle.